[REPORTAGE] Jef Aérosol, 400ml de sagesse.

Début mars, Slapzine a eu la chance de suivre pendant quelques jours l’un des précurseurs du street-art en France, Jef Aérosol, en visite à Bordeaux pour inaugurer son unique exposition girondine et en profiter pour aller à la rencontre de jeunes en difficulté scolaire.

Si – par malheur – vous ne connaissez pas Jef Aérosol, on va commencer par vous présenter le personnage en quelques lignes. Cet artiste pochoiriste issu de la première vague d’art urbain française peint son premier pochoir à la bombe aérosol à Tours en 1982. Il reste et restera l’un des pionniers et chefs de file de ce mouvement. Son crédo ? Les portraits de personnalités issues des arts mais aussi ceux d’anonymes de la rue dont il peint les silhouettes en noir et blanc, toujours accompagnées de sa mythique flèche rouge, marque de fabrique de l’artiste.

Mais au fait, pourquoi être toujours resté en noir & blanc ?

Aujourd’hui, les pochoirs du Lillois au style dandy-rock des plus soignés ont conquis les murs du monde entier. Mais quand ce n’est pas dans la rue que l’on se retrouve nez à nez avec ses oeuvres, c’est désormais (seulement) à Marseille à la galerie David Pluskwa et chez Laurent Strouk à Paris que l’on peut admirer ses pochoirs en permanence. L’artiste vient en effet de signer un contrat d’exclusivité avec ces deux galeries.

Du coup, il fallait en profiter ! Jef Aérosol était à Bordeaux pour sa première et dernière exposition officielle dans la ville. Ce n’est toutefois pas un nouveau venu ici puisque les murs de Bordeaux l’ont déjà accueilli pour des fresques à l’hôpital Pellegrin ainsi qu’au M.U.R des Chartrons.

On veut savoir pour la flèche rouge !

C’est à la Galerie D.X que ses oeuvres, regroupées sous le nom « Life Lines », sont exposées depuis le 3 mars jusqu’au 9 avril. Le lieu naît en 2009 place des Quinconces ; les diverses expositions choisies s’inscrivent dans la recherche d’innovation et de modernité artistiques, les productions de Jef y trouvent alors bien leur place.

La veille du vernissage, nous avons pu assister au déballage des oeuvres en présence de la galeriste Marie-Christine Dulucq. Le jour J, les amateurs d’art ont répondu présent. L’événement, sur les réseaux sociaux, annonçait plus de 700 participants, que l’on a bel et bien vus profiter des seize toiles mises à disposition. Très humain, l’artiste urbain a pris le temps de répondre aux questions de son public au cours de la soirée et a semblé très touché par l’interêt porté pour son travail.

Également présent ce soir là : Francois Guijarro. Cet éducateur travaillant à l’Institut Don Bosco à Gradignan, a organisé le lendemain une rencontre entre ses élèves et Jef Aérosol. L’institution accueille, par le biais des services publics d’Etat, des collectivités territoriales et des établissements partenaires, plusieurs centaines de jeunes et adultes dans ses locaux. Le but ? L’insertion dans la vie sociale et professionnelle d’individus en difficulté. François Guijarro s’occupe du pôle artistique en étant l’instigateur d’ateliers et de rencontres. Il stimule alors le fond créatif de chacun de ses élèves, étant lui-même un artiste passionné, surnommé « le roi de la pince à linge ». Ses créations sont articulées autour de cet objet lambda mais universel auquel il accorde une signification particulière.

Nous avons ainsi pu assister à la rencontre entre une quarantaine d’élèves et le street-artiste également ancien enseignant. Et quel échange surprenant et plein de vie ! La candeur et la franchise des questions posées formaient un dialogue fécond et enrichissant des deux côtés. « Ça fait partie de mon métier, c’est important que ma pratique artistique aille dans tous les sens. J’ai réalisé que la plupart des questions m’étaient adressées mais que ces jeunes se les posaient à eux-mêmes » déclare Jean-François Perroy de son vrai nom.

Du déballage de ses oeuvres à la rencontre avec ces jeunes oubliés de tous en passant par le vernissage de sa dernière exposition, les images qui suivent retracent les quelques heures de Jef Aérosol passées dans notre ville. Et on l’espère, cela vous donnera envie d’aller jeter un oeil à cette superbe exposition.

Et si vous n’avez point le temps d’aller chérir vos pupilles à la galerie D.X, on vous livre deux explications d’oeuvres délivrées par le maître en personne. Cliquez sur le lecteur situé sous les photos.

Crédit photo : Slapzine
Crédit photo : Slapzine

 

Arthy Mad - Jef Aérosol - Pochoir et bombe sur toile - 150x120cm - 2016
Arthy Mad – Jef Aérosol – Pochoir et bombe sur toile – 150x120cm – 2016

 

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Say it loud, I’m Black and I’m Proud – Jef Aérosol – pochoir et bombe sur toile – 150×120 cm – 2016

 

 

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