Portrait balnéo-cosmique de L’Impératrice

Vendredi 13 février, Festival Vie Sauvage collection hiver à l'IBoat. L'Impératrice, signature de Cracki Records, ouvre le bal. Charles et Hagni livrent leur musique balnéo-cosmique des plus tapageuses. Certes, le groupe n'est pas au complet faute d'imprévu, mais le live est tout de même terriblement efficace. C'est une "solution d'urgence, une formule peu exploitée" qu'ils ont choisi de présenter ce soir là dans la cale bordelaise. Une alternative qui leur permet de se présenter sous un autre angle, en plaçant des morceaux qui auraient été incongrus en live à cinq, à l'image de Vanille Fraise, une track qui défoule, très fat, collant parfaitement au son club du lieu. Une demi-heure de scène et puis s'en va. Trop court diront certains, mais c'est ça un festival. Et puis Camp Claude et Fellini Félin ont eux aussi, envie de faire péter leurs kicks dans les enceintes du bateau.

 

Quelques minutes après la fin de leur set, nous retrouvons Charles et Hagni dans l’arrière boutique du club. C’est le moment pour nous de leur dresser notre portrait bûche, sorte de portrait chinois sauce bordelaise. Une spécialité de la maison. Juste après, petit aperçu vidéo.

Hagni à gauche et Charles à droite, les deux survivants de l’opération Vie Sauvage.
Crédit photo : Fanny Genty – http://vie-de-maux-passants.tumblr.com

Forcément, L’Impératrice a un amant. Si vous étiez un empereur ?

Charles : Napoléon. Pour faire de la merde et jouer où je veux quand je veux. Et puis parce qu’il a construit la France d’aujourd’hui quand même, civile en tout cas. Quand t’es musicien, t’as toujours envie d’accomplir quelque chose de grand. Même si on reste très humble, parce qu’on est toujours très impressionné par le public.

Hagni : Napoléon aussi. Mon musicien préféré est Beethoven, et il avait une admiration pour Bonaparte. Il a appelé son 5ème concerto pour piano « L’Empereur », en hommage à Bonaparte. La symphonie devait s’appeler « Napoléon Bonaparte », mais quand il a commencé à faire de la merde, il a supprimé « Napoléon » pour seulement l’appeler « L’Empereur ».

Quand on pense au mot Impératrice, on s’imagine ces femmes d’Etat, comme Élisabeth de Wittelsbach alias Sissi, cette républicaine utopiste. Si vous étiez une utopie ?

Hagni : Karl Marx (rires).

Charles : Le disco et le groove comme fils conducteurs d’une bonne soirée où tout le monde danserait dessus. Car la musique disco est une belle musique, avec une belle ligne de basse. Elle a été hyper populaire et elle trop vite oubliée, sacrifiée sur l’autel de la musique commerciale, c’est dommage. Alors que c’est la musique qui s’est le plus vendue, la plus éditée en disque. Nous on est là pour ça ! On aime le disco, on aime ce que ça représente, avec tout ce côté kitsch et à la fois joyeux, festif et qualitatif.

 

Nous avons demandé à Eugène, l’un des organisateurs de Vie Sauvage, de vous qualifier avec une couleur. Pour lui, vous représentez le violet. Si vous étiez une couleur donc ? 

Charles : Le bleu impérial. Parce que c’est ce qui représente le mieux L’Impératrice. Au tout début de notre carrière, on a sorti ce morceau qui s’appelle « Baron Rouge », mais qui à la base devait se nommer « Bleu du ciel », notamment parce que c’est le nom d’un roman de Georges Bataille. Mais on n’était pas sûrs d’avoir les droits pour utiliser ce nom (rires). Mais voilà, nous on penche pour le bleu. Dans nos lives les lumières sont généralement bleues, et puis c’est une couleur balnéaire et aquatique qui définit bien l’ambiance de notre dernier EP.

Hagni : Bleu aussi, pour le côté posé, accessible. C’est une couleur qui n’agresse pas.

Screenshot du report vidéo bientôt visible sur Slapzine
Screenshot du report vidéo visible plus bas

Justement, le groove balnéaire de Sonate Pacifique m’amène à vous demander : si vous étiez une plage ? 

Hagni : Je suis allé deux fois à la plage dans ma vie. Alors, je la ferme.

Charles : Saleccia en Corse. C’est une espèce d’immense plage qui est assez marrante car elle est symbolique pour une raison pourrie. Outre le fait que ce soit une plage idyllique avec du sable blanc et des lagons, elle a servi de lieu de tournage pour le débarquement des américains dans le film Le jour le plus long, alors que ce n’était absolument pas en Corse. Les réalisateurs ont vachement fantasmé dessus parce qu’elle était juste belle. Et je trouve ça cool de donner un sens aux choses juste parce qu’elles sont belles.

 

En tant que grands adeptes de vinyles et de remixes en tout genre,  si vous étiez le featuring parfait ?

Hagni : James Murphy.

Charles : Moi j’irais plus taper dans les musiciens de sessions comme Steeve Gadd, un excellent batteur avec un groove particulièrement touchant et précis. Il a fait les plus grands tubes disco, jazz, funk ou même pop. C’est le mec qui joue sur « 50 ways to leave your lover » de Paul Simon. Il a aussi joué avec Miles Davis, etc. C’est un mec qui avait tellement de délicatesse dans son jeu qu’il pouvait être partout, sur n’importe quel morceau, et ça c’est beau. À tel point qu’on ne savait pas ce qu’il kiffait comme musique tellement il faisait de choses différentes. C’était lui l’unité dans les morceaux. Aujourd’hui on est dans une société où on a tendance à être spécialisé, alors qu’à l’époque pas du tout.

Hagni : Attends, y’a Jean Jacques Goldman quand même maintenant (rires) !

 

Charles, tu as balancé dans une interview au Mellotron que « les garçons peuvent avoir des émotions féminines ». Si vous étiez une émotion ?

Charles : La joie. Parce que c’est une vraie émulatrice. C’est ce qui te permet de voir que tout va bien. Quand t’es joyeux, tu kiffes sur absolument tout. C’est pas de l’hypocrisie, c’est juste que c’est un sentiment qui est tellement agréable, que tu vas te sentir hyper léger, tu vas avoir confiance en toi, confiance en tout.

Hagni : Totalement d’accord.

 

On sait que vous êtes fans de François de Roubaix. Si vous étiez une musique de film ?

Charles : Sans hésiter justement, « Dernier domicile connu » de François de Roubaix. Parce que c’est la base de tout. C’est une musique sur laquelle il a tout joué et qui me touche beaucoup. Avec ça, tu t’imagines sous l’eau, sur la plage, dans un lit avec une meuf, sur la lune, le roi du monde mais aussi le mec le plus triste du monde, parce que c’est hyper mélancolique. Et c’est pas pour rien qu’il a autant été samplé derrière, par des artistes très pop qui voulaient vendre comme Robbie Williams ou Lil Bow Wow, qui a fait son tube débile yippie yo yippie yay dessus. Indépendamment du film qui est un peu médiocre, y’a un truc magique dans ce morceau.

Hagni : Moi ça serait Nino Rota pour le premier Parrain. Le rapport de la musique à l’image est fou. Notamment lors du premier passage dans le film où on arrive en Sicile et où cette musique est balancée. Les deux fonctionnent très bien indépendamment, mais ensemble, c’est la quintessence du rapport de la musique à l’image. Même si ce n’est pas forcément mon compositeur préféré, ce moment cinématographique est quand même extraordinaire.

 

Vous réalisez très peu de clips. Du coup, on a un peu de mal à mettre un visuel sur votre groupe. Si vous étiez une image/photo ?

Charles : Je m’identifie pas mal à la pochette de notre EP en vrai, qui est une image montée. C’est un peu une planque je sais, mais bon (rires). Une image, c’est assez figé, dès l’instant où tu en prends deux et que tu crées une union avec, tu laisses place à un imaginaire deux fois plus grand. Cette image sur la pochette signifie beaucoup plus de choses que n’importe quel clip. Elle illustre chacun des morceaux de ce disque. Elle dit tout et son contraire. Il y a deux mondes qui s’opposent complètement et qui font qu’on est incapable de choisir entre un univers hyper balnéaire et un autre plus cosmique.

Hagni : Moi j’suis fan de Star Wars, lui de Roubaix qui est mort en plongée donc ouais, cette pochette colle bien à notre état d’esprit.

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Nous sommes au festival Vie Sauvage ce soir. Si vous étiez l’animal sauvage qui sommeille en vous ?

Charles : Je serais un lion, avec ma tignasse c’est obligé. Et je pense que j’ai trop facilement cette rage, ce rugissement quand il y a quelque chose ou quelqu’un qui m’énerve. Si on me titille, je vais tout de suite montrer les crocs.

Hagni : Je peux le confirmer !

Charles : Mais ce n’est pas un problème pour le groupe. Le groupe c’est la maison, la sagesse. Moi j’aime pas m’imposer comme leader même si c’est mon initiative à la base. Il y a une démocratie visible qui est hyper spontanée et en même temps, il y a un respect mutuel entre chaque musiciens qui fait que chacun sait ce qu’il doit faire.

Hagni : Ouais, ce n’est pas du tout une dictature. On est tous sur la même longueur d’onde. Tout le monde sait où est sa place et tout le monde est respecté et apprécié pour cela. Personne ne cherche à empiéter sur les plates-bandes de l’autre. C’est cette union qui fait vraiment la force. Et moi pour l’animal, dans mes fantasmes je dirais le dragon parce que c’est mon signe chinois. Mais sinon mon surnom c’est l’iguane, parce que ça fait un jeu de mot avec mon nom (Hagni-guane) et puis parce que je suis assez froid en général, discret, donc ça me va bien.

 

Une des tracks sur votre EP s’appelle 1998. Si vous étiez une date ?  

Charles : Celle-ci bien sûr ! Et je revivrai deux instants très marquants de cette année. Déjà, les deux coups de tête formidables d’un chauve (rires). En octobre 2013, on a commencé un live en Inde où j’introduisais un morceau en disant au public de manière très solennelle « Le 12 juillet 1998, la France a battu le Brésil… » et y’a Hagni derrière qui jouait I Will Survive au piano, c’était hyper drôle (rires). Et 1998, c’est aussi la date où Daft Punk a sorti son dernier single pour Homework, Revolution 909. C’est un single qui m’a vachement marqué parce que c’est la quintessence house. C’est une référence totale, même si je ne l’ai compris que plus tard. Les mecs ont rendu la TR-909 mythique. C’est cette boite à rythme qui a créé le mouvement techno. Ce qui me plait dans ce morceau, c’est surtout ce côté mashup barré sans limite d’autorisation comme avaient fait les Beatles dans Revolution 9. 1998 ouais, c’est une date butoir pour moi.

Hagni : Je serais tenté de dire 2006 plutôt. Ouais je sais, on est deux gros footix de canapé (rires). 2006, parce que je préfère les défaites. Dans un sens où ça te fout tellement le seum que t’es obligé de t’activer derrière.

 

Vous décrivez votre musique comme « élégante et chic ». Partant de là, si vous étiez une insulte ?

Charles : Une putain. Même si ça ne s’utilise plus trop, c’est tout de même plus élégant que « pute ». L’Impératrice c’est un peu une putain en réalité. C’est une squatteuse de canap’, c’est la meuf qui va s’incruster dans ton lit, qui va te faire bander jusqu’à ce que t’en puisses plus pour finalement se casser. C’est la meuf que tu ne pourras jamais avoir, qui va jouer avec toi, qui va t’allumer jusqu’au dernier souffle. L’Impératrice c’est un peu l’inverse de cette scène dans Sailor et Lula, où ils sont dans un motel et y’a William Dafoe qui rentre et qui vient chauffer Lula en lui susurrant à l’oreille « Say fuck me ». Elle résiste au départ et au final elle se laisse faire, elle s’abandonne complètement. Et là, il s’arrête, il se fout de sa gueule et il se casse. Une scène ignoble, mais tellement jouissive quand t’es du bon côté (rires).

 

Enfin, si vous étiez une bûche ?

Charles : Moi je serais celle dans la forêt qui serait en plein milieu du sentier où courent les joggers pour leur casser les couilles.

Hagni : La bûche de Noël pour l’esprit, même si je déteste le goût. Parce que Noël, c’est un jour où tout le monde se force à être content et que c’est toujours bien au final.

T’as loupé la soirée ? Pas de problème, Slapzine s’occupe de tout :

L’Impératrice, EP Sonate Pacifique, Cracki Records, disponible à la mer comme dans l’espace. 

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