J’ai essayé de comprendre : les soirées ados

Après une longue hésitation, je me suis lancé : je suis allé à la Christmas Party bordelaise des 13-17 ans, samedi 20 décembre. Grâce à mon jeune âge, j’ai pu passer deux (très longues) heures incognito au Théatro. Pourquoi ? J'en ai encore aucune idée. Peut-être pour savoir ce qu’il se passe dans la tête de ces jeunes gens avides des folies de la majorité. Infiltration.

 

Excentré, le Théatro de Bordeaux a accueillit de 17h à 22h30 les 13-17 ans
Excentré, le Théatro de Bordeaux a accueilli de 17h à 22h30 les 13-17 ans

Cet aprem, c’est l’grand soir. Débardeurs un poil trop courts et maquillage acheté la veille pour les filles, chemises à carreaux et sourires de beaux gosses pour les mecs, le Théatro se remplit depuis 17h. Aussi appelées Safe Clubbing en Angleterre, ces « soirées ados » existent depuis une dizaine d’années outre-Manche. En France, c’est plus récent que ça. Quatre ans que ce phénomène fait cavaler les plus ou moins pubères de leurs chambres et à moindre coût : 20 balles l’entrée VIP (en province hein, à Paris ça monte à 40, sans parler de l’option limo), pour vestiaire, open-Bonbon, Mister Cocktail à volonté et bracelets fluo assortis aux boissons. DJ Hardy’s est de sortie, des guests triés sur le volet (Anges de la Télé-Réalité featuring Secret Story) sont attendus pour une séance de dédicaces et de selfies à bagues… La soirée promet d’être LOURDE.

Il est 19h, dans la rue de la boîte je croise des bouteilles de Madras Punch D’amour et Château Ste Marie : on avait dit sans alcool, merde ! Devant le club, personne. « Ils sont déjà tous à l’intérieur » m’assure le videur. Ok, on va voir c’que les jeunots ont dans le ventre. L’un des organisateurs me dit spontanément où sont Vanessa Lawrens et Julien Brun, les stars de la soirée, comme si tout le monde était là pour eux. Et c’est un peu le cas : ils sont amassés par dizaines, tout Snapchat dehors, à attendre que ces idoles croisent l’objectif de leur iPhone. Une présence qui a un coût, 500 euros chacun, sans compter déplacements et cafés additionnels.

DJ Kevin B a ambiancé la foule en effervescence
DJ Kevin B a ambiancé une foule en effervescence

Lycée Famille Party

Bizarrement, tous les mecs se ressemblent autant sur la coiffure que sur les vêtements. Les filles, elles, ont sorti les leggings et les robes de soirées. Gros sentiment malsain que de les voir découvrir la pole dance. La taille moyenne tourne autour du mètre 65, problématique pour commander un coca. Cependant, l’open-Bonbon, c’est LA réussite de la soirée. Tagadas et autres sucettes à la pomme partent comme des Vodka – Red Bull dans nos sauteries. Niveau musique, on s’en doute, ça vole pas bien haut. Les enchaînements à base de Nicki Minaj, David Guetta, et Fatal Bazooka font fureur : « Ce matin va être une pure soirée » colle bien à la scène. Helmut Fritz, sérieusement ?

Même s’ils préfèrent les soirées chez eux, un groupe de lycéens m’explique : « on est seulement venus passer un bon moment ensemble ». C’est en partie grâce à DJ Kevin qui a pris le relais, en sortant sa Geox secrète : lâché de gros tubes fluorescents et chorégraphie parfaitement au point.

"Alors, c'est pas compliqué : vous balancez vos bras sur la droite 3 fois, un tour sur vous-même, vous faites deux pas sur la gauche, quatre pas en arrière, vous balancez vos bras 2 fois à gauche..."
« Vous balancez vos bras sur la droite 3 fois, faites un tour sur vous-même, deux pas sur la gauche, quatre pas en arrière, puis vous balancez vos bras 2 fois à gauche… »

Orgueil et préjugés

Le personnel du Théatro, constitué de jeunes adultes, est formel : « Que les ados voient à quoi ressemblent les soirées des adultes, c’est génial ! » Au sujet de l’alcool, la barmaid n’est pas dupe : quelques-uns boivent « un peu » avant de venir, mais ils restent très minoritaires. A la sortie, l’un des portiers physionomistes, 52 ans, approuve la démarche : « ça leur met le pied à l’étrier, ils sont doucement amenés aux fêtes qu’ils connaîtront plus tard ». Selon lui, environ 260 personnes ont franchi son contrôle impartial, le même qu’il impose le reste de la semaine.

La photographe de la soirée et les quelques parents venus récupérer leurs enfants en avance sont aussi de cet avis. « C’est une bonne initiative, ça a l’air bien encadré, s’ils s’amusent et que tout se passe bien, je ne vois pas pourquoi je serais contre ! », témoigne un père de famille. Finalement, est-ce qu’il n’y aurait pas une part de vérité ? Si l’on passe outre le côté business de ces sorties jeunes, le surplus de fard à paupières, les litres de gel et les guests en guise d’hameçons, ces soirées ados pourraient être un moyen plus « soft » de faire rentrer les jeunes dans le « droit chemin » de la vie nocturne, s’il existe…

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