Ci-gît le Minitel.

Dans la zone industrielle de Portet-sur-Garonne est installée une entreprise pas comme les autres : une entreprise de démantèlement d'un rêve franco-français désormais dépassé. A côté d'un panneau « chien méchant », le portail du bâtiment du réseau Envie pourrait être orné d'une plaque de marbre gravée d'un « ci-gît le Minitel, rêve français déchu. 1982-2012 ». Depuis le 30 juin 2012, le Minitel n'est plus.

Directrice adjointe du site toulousain, Cindy Héronville n’en est visiblement pas à sa première visite guidée, preuve de l’engouement entourant ce décès programmé. Gilet fluo sur le dos, carte de visite en main, elle lance le récital « ici nous recevons les Minitels pour ensuite les transporter vers la chaîne de démantèlement avant de… »
Le flot de parole est continu, Cindy est rodée malgré elle, fatiguée de déballer le même speech à tout bout de champ. Du bâtiment administratif la guide file droit vers le hangar dans lequel tout le travail se fait. Devant, un grand parvis permettant aux camions de déposer les cadavres électroniques.
A l’entrée du hangar, un mec récupère les grands bacs dans lesquels sont entreposés pêle-mêle ordinateurs usés, Minitels, et autres objets obsolètes et les dépose au début d’une chaîne d’une dizaine de mètres de long. Le travail est rapide, cadencé. Francis Bellinga est le préposé au démantèlement des Minitels. Pour cet employé affichant 8 mois d’ancienneté dans l’entreprise ( la politique du réseau étant d’offrir des contrats de deux ans maximum, avec pour objectif une ré-insertion professionnelle des ouvriers), « casser les boîtiers, c’est le plus facile ». Joignant le geste à la parole, il en attrape un et d’un coup sec sur l’établis le désosse. Lui reste entre les mains la partie de plastique marron qu’il dépose sur le tapis roulant. Les circuits électroniques sont ensuite à leur tour séparés du tube cathodique et le tout s’en va sur le même tapis.
Avant cela, Francis avait pris soin d’enlever à l’aide d’un pince coupante les câbles d’alimentation et de les balancer dans un grand sac. « Tout se trie » dit-il avec le sourire. Finalement, joints par des bouts d’ordinateurs usés ou de téléviseurs d’un autre temps, les ossements du Minitel sont récupérés en fin de tapis par un autre gilet fluo qui balance sans ménagement tout ce qui est plastique dans une grande benne et tubes cathodiques dans de petits bacs qui seront ensuite livrés à une entreprise spécialisée dans le recyclage de ces objets. Point final d’une belle histoire, la légende française n’est désormais plus.

 On s’est rendu compte que la plupart des gens ont attendu le 30 juin pour ramener leur minitel

Pour l’entreprise, cette belle aubaine que d’obtenir le démantèlement de tous les Minitels de France est pourtant due au hasard. La directrice adjointe explique qu’Envie 2E est « prestataire pour l’un des principaux éco-organismes, écosystème, qui est chargé d’organiser la filière des déchets d’équipements électriques et électroniques en France, dont font partie les Minitels ».
France Télécom, en association avec Ecosystème, a choisi de rassembler les Minitels sur un site montalbanais. L’entreprise spécialisée la plus proche étant celle de Toulouse, elle a donc hérité de cette tâche et envoie ses camions récupérer les machines à Montauban, à moins d’une heure de route. On y attendait près de 700 000 Minitels pour avril 2012, estimation rabaissée à 400 000 « car on s’est rendu compte que la plupart des gens ont attendu le 30 juin pour ramener leur minitel » avoue Cindy Héronville.
Même s’il en arrive depuis décembre 2011, le grand boum était pour les mois de juillet et août 2012 avec 400 000 à 500 000 Minitels à traiter. Cependant, malgré tout le bruit que cela a pu faire, la directrice adjointe de cette dépendance du réseau Envie 2E explique que la mise en morceaux du boîtier marron n’est qu’une petite partie de leur activité. Cette entreprise sociale et solidaire prônant une ré-insertion par le travail démantèle et trie toutes sortes d’objets contenant des tubes cathodiques.

Comble de l’histoire, le bourreau du Minitel, l’entreprise toulousaine Envie 2E… ne s’en est jamais servi !

 

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