Christophe Négrel, destin de photographe

Ancien champion d’Europe et vice champion du Monde, ce taekwondoiste et docker Marseillais reconverti photographe raconte comment jouer de l’obturateur est devenu une passion et un deuxième métier.

Autoportrait de Christophe Négrel.
Autoportrait de Christophe Négrel.

Le destin ? Chistophe Négrel y croit. Son déclic pour le huitième art n’est pas « tombé du ciel » mais est plutôt le fruit d’actes et de choix au cours de sa vie. Sans forcément le savoir, il a toujours eu ce comportement observateur, curieux, en retrait, propre aux photographes. Sa silhouette aux épaules carrées se remarque de loin. L’ancien athlète attend au pied des escalators des Terrasses du Port, le regard à l’affut, immobile et calme dans sa combinaison de motard trempée par la pluie.
En face à face, il garde encore sa réserve, son regard croise mais ne s’attarde pas, ses phrases sont un peu difficiles à finir, et ses mains se frottent sans cesse. Puis, sa timidité laisse place peu à peu à un sourire franc, toujours ses yeux qui scrutent les moindres mouvements dans le café. L’attention qu’il porte à son environnement peut se prêter à ses habitudes de combattant. Sauf qu’il a toujours agi ainsi.

« Quand j’étais élève, j’étais tellement timide qu’aller au tableau était inimaginable. Je rougissais et je me mettais au fond de la classe, pour tout regarder de loin. J’étais un cancre. Vraiment. Alors ma mère a décidé de m’inscrire dans une salle de taekwondo. Ma carrière a commencé quelques années plus tard. »

Après sept titres internationaux en poche, il sent que sa carrière de champion touche à sa fin. Un jour, Christophe Négrel a une révélation dans un avion, lors d’un de ses nombreux déplacements pour des compétitions: c’est en feuilletant un magazine d’Air France qu’il s’aperçoit que les photos « sont comme des peintures ».

« Là je me suis dit, c’est ce que je veux faire ». 

Un lutteur sénégalais. Crédits : Christophe Négrel.
Un lutteur sénégalais. Crédits : Christophe Négrel.

Son appareil le suit déjà simplement pour garder des souvenirs, lui qui a fait le tour du monde, mais il décide de se jeter dans le bain et d’apprendre. Il photographie des lutteurs sénégalais, des boxeurs de La Savine (quartier de Marseille), des New-Yorkais en pleine rue, des prisonniers aux Jeux Pénitentiaires, des mariés, de parfaits inconnus comme sa famille et ses amis, etc. Tout ce que son oeil capte, son argentique l’attrape. Le sport est le fil rouge de ses reportages. Son autre métier, docker sur le port de Marseille, est une mine de « moments volés », comme il aime appeler ses photos. Christophe Négrel y décèle de la sensibilité dans un métier encore très masculin où les travailleurs effectuent des tâches pénibles. Les ouvriers qu’il côtoie lui fournissent un véritable patchwork humain. « C’est l’authenticité, la vérité, que je cherche dans la photographie. Je raconte une histoire. »

Caché derrière son matériel, il entretient une relation ambivalente avec ses sujets. Il cherche à la fois l’intimité mais se cache derrière l’objectif pour se faire oublier et créer de la distance. « Je peux ne pas parler de la journée quand je prends des photos ». Comme quand il était gamin. Surtout, la photographie lui permet de faire des rencontres, « un besoin ». Certaines ont bouleversé sa vie, dont celle avec Karim Ben Ismaïl, reporter à L’Equipe. « Karim a su me donner goût à la lecture, et cela m’a marqué humainement. Un jour, il m’a offert un livre de Matthieu Ricard, Plaidoyer pour le bonheur. Il a traîné un an et demi, et puis un jour, quand j’étais dans une mauvaise période pendant ma carrière de sportif, j’ai commencé à le lire. Juste parce que j’ai vu le mot « bonheur ». J’ai été marqué ». « Marqué », c’est le mot qu’il répétera le plus. Sans doute parce qu’il a toujours fait attention à ce qui laisse des traces.

Pour aller plus loin : 

le flickr de Christophe Négrel

le reportage pendant les jeux pénitentiaires, avec Europe 1

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