Bruddha Music, les ratons-laveurs prêcheurs de bons sons.

« Bruddha est une communauté de personnes se consacrant à la musique, qui partagent leurs influences. Bruddha propose deux façons de découvrir son contenu: par ville ou par genre. La ville où vous vivez affecte votre vision et change votre oreille. Nous croyons que tous nos collaborateurs ont leur propre vision. » 

Voilà comment le site québécois Bruddha se présente sur sa page d’accueil. A l’instar de 22tracks, Bruddha Music propose des playlists d’une communauté éparpillée (pour le moment) entre Montréal, New-York, Bruxelles, Paris et Nantes. Hip-Hop, House, Disco, Techno, Blues, Jazz, Classique: tous les genres sont représentés. Il vous suffit de cliquer sur une ville ou un genre pour écouter la sélection proposée par les contributeurs.

Nous sommes partis en terre québécoise pour rencontrer Julien, le chef de file de cette bande de ratons-laveurs prêcheurs de bons sons.

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Avant de commencer les questions sérieuses, peux-tu te présenter à l’audience ?

Je m’appelle Julien, ­je suis français, pas d’une ville particulière, je suis né à Paris mais j’ai vécu un peu partout en France. Je sors d’une école de commerce mais c’est pas ce qui me définit le mieux. J’ai vécu à Montréal 6 mois avant de repartir en France et décider de revenir à Montréal de façon définitive. Je suis monte actuellement une agence de communication dans la musique. Et difficile de savoir ce que je suis maintenant à 25 ans précisément, mais je suis en chemin vers la création musicale et le marketing…

D’où t’es venu l’idée de Bruddha ?

C’est quelque chose qui est né assez naturellement. On a fait ça avec quatre potes à la base, on était des gros diggers de musique et on aimait bien le fait de chercher de la musique, d’aller vraiment creuser pour trouver une perle rare. On a fait beaucoup de battle Youtube en after, comme t’as dû en faire aussi. Ce qui est assez chiant pour les autres, mais assez cool pour nous. À la base Bruddha, c’était pour nous. Mais on s’est tous retrouvé dispatché géographiquement, et donc on a lancé ce projet pour continuer à partager des chansons. D’ailleurs le nom Bruddha vient du blaze que l’on s’était donné entre nous.

Si tu devais présenter le projet avec une métaphore?

Je peux le faire avec le raton laveur, qui est le logo du projet. Le raton laveur c’est un petit animal nocturne, qui va fouiller dans une poubelle pour aller chopper des trucs à bouffer et qui vont lui faire sa nuit … Donc voilà, Bruddha c’est une bande de racoons (ratons laveurs) contents d’avoir trouvé dans les poubelles un truc qu’ils veulent partager.

C’est parce que tout ce qu’on nous propose sur internet pour partager ne vous convenait pas, ou c’est autre chose ?

À la base, on a fait une page Facebook privée pour balancer les sons que l’on avait trouvés. Des sons dont on était vraiment fiers, qu’on voulait partager entre nous et pas forcément avec les autres. Il y avait un peu ce côté précieux, intimiste de la chose, c’est vraiment nos trouvailles, pour nous et entre nous. Et puis on a fait ce constat simple : nous n’étions pas les seuls à être hyper fiers de trouver des pépites sonores. On est donc partis sur l’idée d’un site web, plus chiadé et plus joli pour qu’il y ait vraiment une interface … mais c’est pas un site web qui est porté ou tourné vers l’utilisateur, comme un mec qui va venir pour écouter de la musique, c’est plus tourné vers le participant. C’est à dire que c’est le participant qui va venir, qui va être fier de poster une playlist. On n’est pas là pour montrer aux gens les playlists qu’on a sélectionnées, mais pour donner envie aux gens de participer.

Et comment choisis-tu les personnes qui publient ? Selon la ville ou selon d’autres critères ? Comment les gens se sont ajoutés ?

Ce sont des gens que l’on rencontre. C’est souvent la musique électronique qui nous a rapproché, puisque de base c’est ce que l’on écoute le plus. Nous avons été amené à rencontrer beaucoup de DJ’s, d’organisateurs de soirées, de dirigeants de labels, mais aussi des personnes qui finalement n’écoutent pas que de l’électro et qui ont des racines très différentes. La musique électronique est un résultat de plusieurs mouvements. C’est comme la croisée des chemins, on choisit des gens en fonction de leur intérêt pour des musiques un peu « oubliées », des gens qui ont une culture musicale, autre qu’un style à part entière, qui sentent les influences, et qui sont ouverts à ça.

Est-ce que tu sens des différences entre chaque ville ?

Même si chaque playlist a une couleur particulière, c’est difficile de mettre une étiquette dessus. On n’a pas fait les villes par désir de différenciation, mais plus par désir de mapping, pour représenter géographiquement la communauté Bruddha, pour voir un peu où les gens se situaient. Moi je suis essentiellement à Montréal, donc la communauté se situe plus ici qu’ailleurs, mais ça va se développer en fonction de qui veut rejoindre le projet.

 Je t’entends dire le mot « communauté », c’est important ?

C’est vraiment ça oui. C’est à dire qu’il n’y aura aucun but commercial, on n’est pas entrain de se dire que l’on va monter un label, organiser des soirées, des albums ou monter des artistes etc. De base, partager un son que tu as trouvé, c’est un truc intime. Par définition le projet est intimiste donc on veut garder ce côté, on est pas là pour toucher la masse, on est là pour agrandir la communauté pas-à-pas, avec des gens que l’on choisit intelligemment. Loin de nous l’idée du maximum de vue, de visite, etc. C’est un esprit plus qualitatif que quantitatif.

Donc l’ergonomie du site n’a pas été créée pour une visibilité externe, mais pour une visibilité interne ?

Exactement, c’est fait pour donner un sentiment d’appartenance à une communauté un peu exclusive, que le mec se dise « ok, j’aime le projet, je veux en faire partie ». Donc on va lui rendre la pareille, on va sélectionner une photo qui lui correspond, des mots-clefs qui correspondent à sa playlist, lui trouver une couleur particulière, et essayer de contenter le mec qui veut participer plutôt que de l’adapter pour l’externe.

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Julien , créateur de Bruddha Music. Crédits: Emma Guerchon

 

Tu en as un peu parlé, mais comment on peut faire pour rejoindre Bruddha ? Tu disais que tu faisais quand même attention, que tu sélectionnais ?

C’est ça. Etant donné qu’on vise pas la masse, ça avancera comme ça avancera. Mais en général, même si un mec aime le projet, c’est qu’il adhère à la mission, et à la vision. Ça m’est déjà arrivé de dire non à des gens.

Comme un videur : « Non, toi, no way » ? 

Ahah, Ouais voilà. C’est quand même assez rare qu’un mec aime le projet, et ne soit pas capable d’apporter une pierre à l’édifice. Et mine de rien plus ça avance, plus les gens viennent vers nous naturellement, pour nous demander de participer, soit pour faire une playlist, soit pour simplement poster sur la page Facebook etc.

Qu’est ce que sera la suite de Brudhha ?

Une signature. Idéalement, j’aimerai que les gens se disent au moment où ils écoutent une chanson: « ah oui je l’ai déjà écouté sur Bruddha ». Une sorte de label de digging, de relais.

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Vous n’êtes pas les premiers à faire ce genre de choses. Est-ce qu’il y a d’autres plateformes que tu apprécies, que tu envies ? 

J’aime bien 22tracks. L’idée me plait beaucoup. La clarté du site. Justement, sur Brudhha c’est le gros défaut qu’on a pour l’instant, on comprend pas trop les intérêts, et c’est pas vraiment mis en valeur. Pour eux, leur concept est hyper clair : 4 villes – 22 DJ’s – 22 chansons par style musical, et c’est ça qui nous manque un peu, le côté clarté. On a un esprit, une vision claire, mais est-ce que le rendu l’est tout autant? Je me pose la question. Sinon, j’aime bien le blog Input Selector qui est un blog parmi tant d’autres, mais qui a une « touch » particulière, qui a de très bon chroniqueurs, qui choisit intelligemment ses articles, etc.

Donc le but de Bruddha, maintenant, à l’heure actuelle ?

C’est de garder notre esprit, puisque même au sein de l’équipe, qui a changé depuis la création, on est pas forcément d’accord. Y’en a qui veulent viser plus large, viser plus gros dans la masses, mais moi je me bats pour garder la vision, j’aimerais la garder le plus longtemps possible. La mission c’est : les mecs qui postent sur Bruddha (à 90%), ressentent le besoin de montrer l’influence de la musique électronique, par tous les courants musicaux depuis 100 ans. J’en suis persuadé moi même, si y’a une grosse créativité dans le milieu de la musique électronique aujourd’hui, c’est grâce à tout ce qui s’est passé depuis longtemps. L’électro est le point de rendez-vous de tous les styles musicaux, et qu’il faut digger … et cette communauté de ratons-laveurs fouilleurs j’en suis vraiment fier.

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Si t’étais un site porno, ça serait lequel ?

Dorcel. L’accès gratuit pendant 48h après la victoire de l’équipe de France contre l’Ukraine ça avait de la gueule.

Si t’étais un animal avec des poils, lequel ?

Un thon rouge. un beau thon rouge, élégant et majestueux comme moi.

Si t’étais un plat William Saurin, lequel ?

Un plat micro-ondable. Ça doit être sympa un micro-onde de l’intérieur.

Si ta mère c’était Chantal Goya ?

J’aurais demandé à mon panda adoptif de répondre à tes questions.

Si t’étais un personnage du Loup de Wall Street ?

La blonde. Je m’amuserais beaucoup toute seule.

Si t’étais une bûche ?

Non pas une bûche. C’est ennuyant une bûche. Une tige de bambou plutôt, pour droguer mon panda.

 

https://bruddha.squarespace.com/

 

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