Bordeaux GMT+1 : GOGO Penguin @IBOAT

L'IBOAT et le BATOFAR, les bateaux-concerts respectivement bordelais et parisien, accueillaient début Avril GOGO Penguin, les petits prodiges du jazz anglais. C'est dans la cale bordelaise que la claque technique de ce début d'année nous a été brutalement administrée. On revient pour vous sur ce concert, en l'agrémentant de notre (trop) courte interview du groupe.

En marge de la programmation habituelle, a tendance électro, les apéroboat de l’embarcation bordelaise nous offrent des concerts éclectiques, de 19h à minuit. Le 06 Avril, la soirée prend une couleur jazz/ambient, avec Julien Marchal, compositeur et pianiste bordelais, accompagné de son quartet à cordes, et GOGO Penguin donc, en tête d’affiche.

Quand nous foulons le pont aux alentours de 20h, une petite formation jazz manouche anime l’entame de soirée. Loin du traditionnel DJ aux platines dansantes, le petit ensemble colle au thème de la soirée, et permet de rentrer en douceur dans l’ambiance. Malheureusement, nous n’aurons le temps d’observer que deux morceaux, ratant par la même occasion le nom de scène de ces jeunes gens (pour notre défense, ils n’étaient pas annoncés sur le programme de la soirée).

20h30, Julien Marchal monte sur scène. Il s’installe à l’extrême gauche, derrière son piano, et face à ses 4 musiciens. Casque vissé sur les oreilles, ils attendent les signaux envoyés par leur maître de scène sur ses pads pour débuter la valse des archers. On entre sans détour dans un univers cinématographique. On y perçoit du Michael Giacchino (compositeur favori de J.J. Abrams), ou du Ludovico Enaudi. Julien Marchal agit en vrai chef d’orchestre, en se retirant du premier plan, laissant libre le spectateur d’apprécier la justesse technique de ses violonistes et de sa violoncelliste. Néanmoins, il n’hésite pas à compléter la section harmonique à l’occasion, par quelques interventions au piano, ou en lançant des boucles rythmiques. L’équilibre est ténu entre l’électronique et l’acoustique, tant dans la manière de concevoir la musique que dans son exécution. Le compositeur nous fait savoir que sa prestation du soir s’est organisée au dernier moment, et que ses musiciens, arrivés au compte goutte et à la dernière minute, subissent la fatigue. Il ne manquera pas, au terme d’un set millimétré empli de lyrisme, de rendre hommage à leur investissement, quittant la scène dans une grande humilité.

Julien Marchal 1

Quand GOGO Penguin investit la scène, la cale de l’IBOAT s’est remplie. La salle n’est pas comble, mais le nombre de spectateurs en dit tout de même long sur la qualité du set qui nous attend. Le trio arrive, claviériste toujours à gauche, batteur à droite, et contrebassiste au milieu. Le trio entame les hostilités sur un titre inédit, sobrement nommé F, confirmant leur désir de distiller un jazz technique et vigoureux. On enchaîne sur Murmuration et l’arythmique One Percent, dont la géniale fin ne tarde pas à baffer chaque mélomane dans l’assistance. Les morceaux s’enchaînent, et la claque ne cesse d’imprimer sa marque rouge sur notre peau crédule. Les thèmes sont parfaitement distillés, jouant d’une parfaite communion entre piano et contrebasse. Rythmiquement, c’est probablement là que tout se fait. GOGO Penguin pourrait, sans son batteur, se transformer en un groupe post-jazz/ambient, mais le fait est que chaque morceau explose quand il rentre.

Gogo Penguin 2

Au total, le set sera composé de 8 titres de V2.0, 5 inédits et seulement deux titres de leur premier E.P. Fanfares. Peu à peu, GOGO Penguin semble se détacher de sa première production. Fanfares ne verra que son titre éponyme, et Last Words émerger de la setlist. GOGO Penguin est tourné vers l’avenir, assurément. Le concert ne semble avoir duré qu’une fraction de seconde quand le trio quitte la scène. Le public en redemande, et sait bien qu’ils ne tarderont pas à nous distiller un rappel énorme. Avec toute cette technique, on avait presque oublié qu’Hopopono n’avait pas été joué. Dernière baffe dans nos joues déjà meurtries par cette énorme prestation, et on se quitte pour mieux se retrouver à l’espace merchandising où le groupe donne rendez-vous au public.

Gogo Penguin 1

Interview sans partition

On laisse passer la file d’auditeurs conquis, et désireux de récupérer leur album signé. Notre tour venu, on demande au groupe s’il nous est possible de leur poser quelques questions. Ils acceptent et nous donnent rendez-vous en loges. Quand nous les retrouvons, accompagnés de leur manager, nous apprenons qu’ils n’ont qu’un court quart d’heure à nous consacrer, alors, on s’assoit comme on peut et on entre sans tergiverser dans le vif du sujet. On demande à Rob de nous expliquer son jeu atypique pour un batteur jazz. « Cette façon de jouer est venue assez naturellement, inconsciemment je dirais, et s’est vite imposée à notre musique… Sans le vouloir, j’ai été très influencé par l’électro anglaise. J’ai notamment énormément écouté Aphex Twin« .

Gogo Penguin 3

On discute du prix Mercury qu’ils ont gagné l’an dernier avec V2.0. Etait-ce un réel coup de pouce ? La réponse est un « YES » général. Pour eux « ce prix est déconsidéré, et critiqué à tort, puisqu’il constitue un énorme tremplin« , Nick (contrebasse) ne manquant pas de nous rappeler que des mecs comme Arctic Monkeys et Elbow sont eux aussi passés par là. On comprend cet avis quand on regarde leur futur. Le trio prépare actuellement la sortie de son prochain album, qui paraîtra chez l’incontournable Blue Note, et sera défendu dans les plus prestigieux festivals de Jazz mondiaux. On en a eu un aperçu ce soir, et cet opus devrait tenir toutes ses promesses. En finissant avec un titre comme Hopopono dont 95% de la salle devait connaître le nom, on en vient à leur demander comment ils choisissent les titres de ces morceaux instrumentaux. « Au feeling » nous répond Chris (piano). « Ça illustre un état d’esprit, où du moins ce qu’on a ressenti au moment où on l’a composé. Généralement, ça se fait sur l’idée de l’un ou de l’autre, en rapport avec sa conception du morceau« . Ça aide sûrement quand on navigue sur des thèmes redondants comme ils le font. On vient nous presser, le transport les attend. Dernière question pour nous, plus légère, plus courte. S’ils devaient choisir un groupe avec qui partager la scène, sans condition, lequel serait-ce ? Rob répond sans hésitation « Stevie Wonder« , artiste détesté de son manager, a qui il lance un regard espiègle en nous expliquant qu’il s’agit là d’un private joke. « Plus sérieusement, on aimerait beaucoup cotoyer des gars comme Bjork ou Radiohead. Avec Radiohead et Aphex Twin, vous allez finir par croire que nous sommes des grands patriotes ! Mais non, c’est pas particulièrement le cas ! (rires) »

Ils nous remercient de notre intérêt, et nous de les féliciter pour leur musique. On quitte rapidement la salle, laissant le groupe finir de préparer sa rentrée à l’hôtel. Ils jouent le lendemain à Paris et vont devoir reprendre la route tôt.
On repart en gardant en mémoire un énorme concert, une prestation technique impeccable, et une rencontre avec 3 mecs qui se sont rendus disponibles au dernier moment, juste par amour pour la musique, et par respect pour ceux qui font la démarche de venir la faire exister.

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