Antoine, dernier taxidermiste de Marseille

Antoine Maiorano, la soixantaine, a un lion dans le congélo. Pas pour le bouffer non, mais pour le travail. Taxidermiste, il offre une seconde vie aux animaux quand, paradoxalement, son métier se meurt. Les têtes de biches et autres sangliers surveillant l'atelier voient certes passer quelques apprentis, mais ils se font rares. Sans parler du porte-monnaie de l'artisan qui ne se remplit plus. En plein coeur des quartiers Nord, rencontre.

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Antoine Maiorano, « le seul taxidermiste du département », reçoit dans son atelier, vers les hauteurs du 13e arrondissement, à Château Gombert. Sur le pas de la porte, la lumière laisse entrevoir une salle étroite où jonchent bêtes empaillées et outils de toutes tailles. Entrer ou rebrousser chemin, difficile de faire le premier pas. Le regard se perd, tant d’éléments indistincts s’imposent à lui. Un marcassin et une tête de cerf se démarquent. L’odeur animale se mélange à celle des produits chimiques que l’artisan utilise. Mais une fois le pied posé, ce grand gaillard, sourire franc et poigne de fer, accueille avec son chien, Hugo.

Tous les animaux y sont passés

Amoureux du genre animal, il les connait tous. Antoine ne s’occupe pas que des espèces endémiques, au risque de « finir sur la paille ». Outre le gibier tel que le sanglier, le cerf, le chevreuil, le chamois, le mouflon, le perdreau ou les domestiques chats et chiens, il les a tous travaillés.
Le rhinocéros blanc, le lion – dans le congélateur, il vient d’Afrique du Sud – le tigre – le cirque Pinder fait souvent appel à lui – tous les ours, félins, énormément d’espèces aquatiques, du hamster au capibara, le gnou, le zèbre… Tout. Sauf la baleine, son seul regret. Ses gros travaux prennent environ un an, et un tigre coûte 3 000 euros en moyenne. Des animaux protégés, mais il affirme avoir les papiers et être en tout légalité. Ce sont ses clients fortunés qui lui amènent leurs prises, après des safaris.

Pétri d’anecdotes, il raconte une demande insolite. « Un jour, un chevelu, enfin un artiste, est venu demander que je mette des pattes de sanglier en lieu et place des roues d’une voiture qu’il avait construite de ses mains. » Il en rigole encore, mais ce boulot lui a plu.

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Une part de la collection d’Antoine

La naturalisation

Alors qu’il était en train de fabriquer un socle pour le marcassin, à partir de bois, polyuréthane et éléments de la nature, il décide de sortir une tête de chevreuil fraîche, pour l’attaquer. Son couteau est agile, ses gestes précis. Une odeur de chair commence à poindre. Tout en maniant la lame, il explique les procédés de la naturalisation.

« Après le dépeçage, où on extrait la peau, les lèvres, les oreilles et le bois, je vais faire cuire la tête. Je lèverai les chairs – je pourrais en faire un civet mais j’en ai marre du chevreuil – pour garder le crâne. Et après je vais tanner la peau. Vient le remontage, qui va commencer par un moulage de la tête en mousse spéciale. Pour que ça fasse aussi vrai que nature. Et après, on recoud la peau par dessus. »

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En pleine action, le chevreuil y passe

Métier en fin de vie

Antoine est un des 400 derniers gardiens de cette pratique de naturalisation des animaux en France. Il fait partie du quart qui arrive à en vivre. À ses débuts il y a 25 ans, le taxidermiste avait quatre fois plus de clients. Il n’en a aujourd’hui plus qu’une vingtaine par an et voit son chiffre d’affaire dégringoler.

« C’est la faute de la crise, parce que mes animaux sont chers, mais surtout à cause des écologistes de ville, ces mecs qui font des lois qui nous empêchent d’exercer notre métier, qui nous accusent de détruire des espèces. Ces citadins jamais sortis de chez eux qui ne savent pas que ce sont eux qui détruisent le biotope. Et leurs constructions au bord de mer là? Ils y pensent ? »

L’artisan regrette aussi que plus aucun centre de formation n’existe. Son école, à Meaux, a fermé. Même si un jeune, intéressé par l’apprentissage, est venu le voir il y a quelques temps, il n’y a pas de diplôme. La transmission de ce savoir se fait de façon informelle, à l’ancienne.

Soudain, un ami, Bernard, fait irruption en plein milieu du rituel, pour lui raconter sa partie de chasse du week-end. Après avoir vanté la taille du sanglier abattu – au moins 100 kilos peuchère –  il repart comme il est venu. Antoine, en silence, reprend où il en était et d’un regard en coin, fait sympathiquement comprendre qu’il a du travail.

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