4L Trophy 2015 – Carnet de Bord de l’Equipage n°16

Comme plus de 2400 étudiants, Arthur Madec et Kevin Lize (leur interview ici) participent à la 18ème édition du plus grand raid humanitaire d'Europe, le 4L Trophy. Un trio plutôt qu'un duo, cette expérience ne pouvant se vivre sans "Lola", leur 4L blanche et rouge. Chaque jour, nous publierons leurs notes pour faire état de l'aventure, leur aventure, entre petits plaisirs anodins et grosses frayeurs passagères.

 

Kevin Lize et Arthur Madec, aux côtés de Lola.
De gauche à droite : Kevin Lize, Lola, Arthur Madec. Crédit : Alexandre Sellem

Prologue :

Ça y est, nos trophistes ont quitté la France. Jeudi 19 février, aux alentours de 15 heures, Arthur Madec et Kevin Lize ont échangé le confort citadin contre la vie sur la route. Portant fièrement le numéro 16, ils ont franchi la ligne de départ à Biarritz aux côtés des 1200 équipages présents. Un rêve qui a failli se réduire en miettes moins de 48 heures avant : prologue de leur aventure 4L Trophy.

Mardi 17 février, un départ de Nantes par autoroute était convenu entre plusieurs trophistes de la région sur les coups de 14 h 20. Changement de programme pour les Nantais : « par souci économique, on a finalement décidé d’emprunter les nationales ». Même si la voiture roule bien, ils constatent une fuite à leur premier plein ; juste une durite débranchée. Arthur et Kevin ne se laissent pas démoraliser pour si peu, le problème est résolu en 5 minutes, et c’est reparti ! Quelques kilomètres plus tard, un bruit suspect se fait entendre à l’avant-droit de « Lola ». « C’est à ce moment-là qu’on a regretté notre choix de rouler seuls ». Le salut ne viendra que bien plus tard, « après 4h en solitaire avec des montées de stress, une voiture nous double à fond : un autre équipage, enfin ! ». Les compagnons d’infortune se suivent jusqu’à Bordeaux, arrivés vers 19 h 20, pour y trouver pizza, bière, et lit bien confortable.

C’est munis de cafés qu’Arthur et Kevin commencent leur journée à Biarritz. Crédit : Kevin Lize

La nuit n’en a pas été si agréable pour autant. Mercredi 18, « réveil à 6 h 15 après une courte nuit, l’excitation et le stress nous ont empêché de bien dormir ». Ils checkent le bruit suspect entendu le jour d’avant, « un soufflet de cardan s’est barré ». Heureux d’avoir trouvé l’origine du problème, la décision est prise : « rallier Biarritz et réparer ça là-bas, où l’on aura le temps, l’aide et le soutien ! ». Pas de problème sur la route de la ville-départ, où ils arrivent peu avant 10 heures. La vérification administrative et mécanique se fait sans souci. Et pourtant : deuxième coup de stress. Une soudure doit impérativement se faire sur un triangle de suspension, sinon pas de 4L Trophy pour l’équipage n°16. « On demande de l’aide à l’orga, ils nous donnent une liste recto-verso de garages aux alentours : seul un d’entre eux prenait des trophistes ». Galères sur galères, le sourire renaît une fois arrivés chez le garagiste : « certains équipages avec qui on avait fait un bout de route étaient là ! On a organisé une entraide pour pas se faire griller sa place, tout le monde se filaient des coups de mains, la bonne ambiance est déjà présente ». Il est 17 heures, les réparations sont faites – autant sur leur 4L que sur celles des autres -, Kevin et Arthur rejoignent le village départ pour respirer et décompresser avec les 1200 équipages. Enfin un moment de répit. Qui n’aura pas duré longtemps ! Sur la route pour rejoindre l’habitant chez qu’ils vont passer la nuit, la température du moteur ne s’affiche plus. Plus de peur que de mal, encore un fusible à changer. « On prie pour que ça soit la dernière panne. » Allez, à la douche !

Jour 1 : « Ça y est, on peut partir ? »

Le jeudi 19 démarre après une belle nuit de 9 heures, chez l’habitant. En route pour un magasin de bricolage, mais comme si ce n’était pas déjà assez, « la 4L tousse puis cale… On croit d’abord à un échappement encrassé, puis on suspecte l’allumage. Dans le doute, on appelle Michel. » C’est finalement bien l’allumage qui les lâche. Une fois démonté, direction Biarritz pour pouvoir le changer plus sereinement. L’entraide touche plus que les participants du raid,  « tout s’est passé comme prévu grâce à l’aide de mécanos passionnés venus voir le village départ. » Encore un problème constaté, le silentbloc du moteur fatigue. Pas si grave que ça, mais décidément, le sort s’acharne.

Dernières réparations avant le grand départ. ©H.H.
Dernières réparations avant le grand départ. ©H.H.
Carte 1           Carte 2

Il est 15 heures, Arthur et Kevin quittent enfin la France dans l’objectif de faire le plus de kilomètres. Ci-dessus, deux itinéraires conseillés par les organisateurs pour rejoindre Algésiras. L’équipage n°16 choisit le n°2, invoquant entre autres « un itinéraire plus long et éviter les bouchons en arrivant à Madrid ! » 400 kilomètres plus tard, les Nantais arrivent à Valladolid, vers 20 h 30 : « On a pris une chambre dans un petit hôtel et sorti le réchaud sur le parking pour un gros plat de pâtes ! » Étudiants un jour, étudiants toujours ! Programme chargé pour le vendredi 20, « on essaye de boucler la traversée de l’Espagne, ce qui nous permettrait d’avoir le temps de changer notre silentbloc samedi matin. » On vous laisse voir la galère que c’est ici. C’est bon, les gars sont lancés, « on se sent vraiment dans l’aventure ». À demain !

Trajet du Jour 1. Crédit : Valentin Pasquier
Trajet du Jour 1. Crédit : Valentin Pasquier

Jour 2 : ¿ Dónde está Algeciras por faveur ?

Aucune tuile sur les routes espagnoles ce vendredi 20, « on a super bien roulé ! Mais du coup on a moins de choses à raconter. » Et c’est tant mieux ! 11 heures de route où Arthur et Kevin se relaient au volant de Lola, traversant Salamanque, Mérida, Séville, pour enfin arriver à Algésiras. Et apparemment, c’est mouvementé : « Trois fois plus d’ambiance qu’un campement de festival ! » Une belle journée pour eux, qui s’achève par leur première nuit en tente. Demain, c’est ferry destination Tanger !

Trajet du Jour 2. Crédit : Valentin Pasquier
Trajet du Jour 2. Crédit : Valentin Pasquier

Jour 3 : Les bretons au Maroc

Samedi 21, c’est journée trois étapes. Matinée sereine avec le plein de provisions (quelques bières et du saucisson, parfait pour le Maghreb, hum), mi-journée chargée avec un briefing crucial sur le déroulement du raid au Maroc et l’embarquement à bord du ferry à 14 h 30, pour enfin arriver à Tanger vers 20 heures. Kevin et Arthur doivent maintenant se rendre à Rabat, ville du bivouac à 2 heures et demie de route. Il en aura fallu quatre, dûes au moteur V8 défaillant de la 4L et au petit désagrément sur le trajet : « notre courroie de pompe à eau s’est cassée. Rien de bien grave, on l’a tranquillement changée en 20 minutes. » Banzaï, vous dites ?

Trajet du Jour 3. De leur départ à Nantes, Arthur et Kevin ont parcouru plus de 2000km. Crédit : Valentin Pasquier
Trajet du Jour 3. De leur départ à Nantes, Arthur et Kevin ont parcouru plus de 2000km. Crédit : Valentin Pasquier

Nos deux compères, perdus dans Rabat alors qu’ils cherchaient le regroupement de trophistes, ont eu un coup de main des plus inattendus : « on s’est fait escorter par la police marocaine ! » Enfin parkés au campement, c’est l’heure de sortir le réchaud pour mitonner un dîner 4 étoiles. Une journée calme, normalement, les attend demain : environ 300km sont à tracer pour rejoindre Boulajoul, prochaine étape au Sud-Est.

Jour 4 : Le 4Luge Trophy bat son plein

Dimanche 22, réveil animé à 6 heures par le doux accent des policiers marocains encadrant le bivouac. L’équipage n°16 prend rapidement la route de l’Atlas, « on mange des bornes sans problème ! » Pause-déjeuner au milieu de nulle part, accompagnés de six autres participants, d’un berbère et de ses moutons… « Magique. »

Crédit : 4L Trophy
La route de l’Atlas enneigée. Crédit : 4L Trophy

Le périple continue sur les cols marocains enneigés, mais les bretons ne sont décidément pas faits pour les flocons : « on a fait de la luge ! Mais on a manqué d’écraser des singes… » Ils arrivent finalement à Boulajoul entre 15 et 16 heures, par un après-midi froid et humide, mélangeant boue et fatigue. Arthur et Kevin se couchent tôt cette fois-ci, 21 heures 30, pour récupérer des longues journées et des courtes nuits qu’ils ont affrontées jusque-là. « Demain, cap à Merzouga pour la remise des dons ! »

Trajet du Jour 4. Crédit : Valentin Pasquier
Trajet du Jour 4. Crédit : Valentin Pasquier

Jour 5 : Point d’orgue du 4L Trophy : la remise des dons

Après une nuit glaciale, c’est l’heure de décoller pour Merzouga. Au programme de ce lundi 23, remettre les fournitures apportées à l’association des « Enfants du désert ». Ému, Arthur revient sur l’aventure 4L Trophy : « Le lever de soleil au milieu du désert était incroyable. À l’heure où j’écris ce message j’ai les larmes aux yeux. C’est vraiment l’aboutissement d’un travail énorme, on vit un truc de malade, il faut vraiment se lancer dans le Trophy pour savoir ce que c’est. » Après une « magnifique route de 60km » seuls au milieu de nulle part, l’équipage n°16 arrive à 13 heures pour assister à une remise de dons joyeuse et dansante, en compagnie d’enfants marocains. Un grand feu avec cinq autres équipages vient clôturer cette « bonne journée ».

On s'éclate au 4L Trophy ! Crédit : 4L Trophy
Arthur, tête de file de la chenille. On s’éclate au 4L Trophy ! Crédit : 4L Trophy

Jour 6 : Premier tour de piste dans les bacs à sable

La nuit du lundi 23 au mardi 24 aura été revigorante : « on dort enfin ! » La route, constituée exclusivement de pistes, va être ardue. Parmi les trois premiers équipages à batailler face aux « 93km de pièges sableux, bosses et autres oueds », les étudiants finissent par se perdre dans une mer de sable. Un mal pour un bien : « on prend notre pied au volant ! ». Les habitants des environs proposent leur aide – moyennant rémunération – qu’ils refuseront aimablement. Ils en sortiront après 3 heures de labeur, accompagnés de deux autres 4L. Retour au bivouac à 17h, pour apéro et bon repas concocté par les chefs marocains. La première boucle de piste est faite, à demain pour la deuxième !

Arthur et Kevin, pied au planché de Lola.
Arthur et Kevin, pied au plancher de Lola. Crédit : 4L Trophy

Jour 7 : Le calme avant la tempête… De sable ?

Mercredi 25, deuxième boucle aux alentours de Merzouga. « 113km que l’on a terminés en 3 heures, sans problème. Les paysages sont sublimes, on ne compte plus les heures ni les jours. » Et les panoramas ne sont pas les seules spécialités de la région, « on s’est fait un super tajine en sortie de piste ! » Modeste luxe l’après-midi : une rafraichissante douche froide, par la vingtaine de degrés ambiants. Et comme une majorité se fête, c’est soirée au coin du feu pour les 18 ans du 4L Trophy.

Trajet du Jour 7. Crédit : Valentin Pasquier
Trajet du Jour 7. Crédit : Valentin Pasquier

Dernières vérifications sur Lola avant le grand départ de demain : l’épreuve marathon d’orientation, tant redoutée par les trophistes. Au programme, deux jours lâchés dans le désert pour parcourir les 600km reliant Merzouga à Marrakech. C’est équipés d’une boussole, d’une carte et du fameux roadbook qu’ils rallieront la destination finale. Toutes les zones ne sont pas couvertes par le réseau téléphonique, mystère donc : aurons-nous des nouvelles de l’équipage n°16 demain ?

Jour 8 : Nom de code – Etape Marathon

Départ à 10h en ce jeudi 26 ensoleillé. Une journée de pistes intense, « les boucles de Merzouga c’était l’échauffement ! » Arthur et Kevin se relaient au volant, poussent la 4L… « Lola roule super bien malgré les épreuves, les hors pistes cassants, les bosses… et un bout de ligne d’échappement en moins ! » Juste une broutille. « Mais qu’est ce qu’on se régale ! Tracer sa route au milieu de nul part, nuage de fumée derrière nous… on se sent seul au monde ! »

Après plus de 2500km parcours, une bonne douche s'impose. Crédit : Arthur Madec
Après plus de 2500km parcours, une bonne douche s’impose. Crédit : Arthur Madec

La première journée de l’étape marathon se termine à 30km de Zagora. Sous un arbre, les bretons sortent la douche solaire pour un shampoing « très appréciable ! » Plat de semoule et pâte ingurgité – oui, c’est équilibré -, l’équipage n°16 admire le ciel marocain pour se coucher vers 21 heures 30, la tête dans les étoiles.

Jour 9 : Maillot à pois rouges

Tels de bons matinaux, le réveil est mis à 6 heures le vendredi 27. Quelques complications sur Lola, « optique de feu fracturé, plus de niveau d’essence, clignotants qui lâchent… Bon, rien de grave ! » Devant eux, environ 30km de pistes dans un paysage magnifique, suivi de 360km de route « à la marocaine ». Deux cols à affronter après un passage par Ouarzazate, l’un d’eux s’appelle Tichka, réputé pour être compliqué et dangereux. Le stress, la fatigue et le vertige montent à bord. Arthur et Kevin les abandonnent sur le bord de la route, amarrés à Marrakech vers 16 heures.

Lola, en camouflage désert. Crédit : Arthur Madec
Lola, en camouflage désert.
Crédit : Arthur Madec

« On a franchi la ligne d’arrivé ! On l’a fait ce 4L Trophy ! » De France, l’émotion est presque palpable. Direction l’hôtel quatre étoiles pour douche, bière et buffet à volonté, « gargantuesque ! » C’est plus de 3000km que l’équipage nantais a derrière lui, mais il reste cependant une dernière étape : quelques dizaines de mètres à braver pour atteindre le lit, et ainsi prendre un repos bien mérité.

Jour 10 : Et pour quelques euros de plus

Samedi 28, c’est détente ! Ou presque. « Après une bonne nuit et un énorme petit déjeuner – encore a volonté -, on décide d’aller au souk jouer les touristes. » Bonne idée ? Pas sûr. Arthur et Kevin essayent de s’y perdre, font quelques emplettes, mais coupent court à la balade : « ça nous gave vite, c’est beaucoup trop touristique et pas mal de marocains en profitent vraiment. » Ils reviennent à l’hôtel en taxi, mais en bon escroc, on leur demande « 10 fois le prix d’une course normale. Sur le coup de l’énervement, on a laissé tous nos achats dans la voiture » Une péripétie de plus, qui n’entamera pas leur moral pour passer une bonne soirée de clôture.

Crédit : 4L Trophy
Crédit : 4L Trophy

Jour 11 : On The Road Again !

« Maintenant, c’est le retour. » Dimanche 1er mars, un peu moins de 600km attendent les bretons, pour rejoindre Tanger et prendre le ferry jusqu’à Algésiras. Demain, ils seront sur le macadam espagnol et se frayeront un chemin vers l’hexagone. L’aventure 4L Trophy touche à sa fin, l’équipage n°16 a enfin vécu son rêve. Kevin Lize et Arthur Madec n’ont qu’une hâte, « retrouver au plus vite amis, familles, copines, et raconter tout ce qu’on a vécu ! »

Carte du trajet complet. Plus de 3000km ont été parcourus depuis le départ de Nantes. Crédit : Valentin Pasquier
Carte du trajet complet. Plus de 3000km ont été parcourus depuis le départ de Nantes. Crédit : Valentin Pasquier

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