Gesaffelstein – Aleph

Ecouter du Gesa revient à s'embourber dans une guerre longue et éprouvante. Les balles fusent, et plus on avance vers le front, plus le calibre est gros. C'est une guerre physique et psychologique entre vous et votre caisson de basse. Si vous ne connaissez pas le Général à la gueule d'ange, au treillis toujours bien taillé et la clope vissé au bec, ne commencez en aucun cas par ce premier album. Vous risqueriez de ne pas revenir du front. Pour les novices, on va y aller en douceur. Prenez donc d'abord une petite dose d'EP, pour ne pas trop vous bousculer  (disponible en homéopathie ou en suppo, vous choisissez).
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Romantisme allemand + physique quantique = Gesaffelstein

Mike Levy est né en 1985 à Lyon. Le gamin taquine le synthé dès l’adolescence mais ne fut jamais « bercé ni prédestiné par la musique. Cela est venu assez tardivement et très progressivement » précise t-il lui même. C’est en 2008 que Gesaffelstein naquit. Il sort alors son premier maxi, Modern Walk, sur le label Goodlife Records, propriété de son pote grenoblois The Hacker (avec qui il fondera plus tard le label Zone). Les sonorités de Modern Walk le rapprochent d’emblée du style électro de son pote et de l’allemand Hell, producteur emblématique de l’électroclash. Niveau de cartouchage: gros coup d’AK-47 dans tes tympans.

Son pseudonyme, il le sort d’une troncation entre « Gesamtkunstwerk », terme allemand signifiant « oeuvre d’art totale » (aussi le nom d’un album de Dopplereffekt, groupe électro de Détroit des années 90, courant très influent dans sa musique) et d’Albert Einstein. Pour s’expliquer sur ce léger excès d’égocentrisme, Gesaffelstein précise: « C’est un nom ambitieux qui reflète ma conception de la musique […] Je veux que ma musique soit un art, qu’elle raconte une histoire mais qu’à l’image de la physique quantique elle soit aussi entendue comme l’arrangement d’éléments infimes dont la précision et les détails feraient toute la différence. »

Les EP’s s’enchainent pour  entre 2009 et 2011. On retiendra Variation (2010) qui arrache -déjà- méchamment la moquette.

 

Si vous avez survécu à cette boucherie auditive, alors vous devriez commencer à aimer ce « serpentard de l’électro vénère ». Pour les autres, on va la jouer plus smooth. Si vous êtes dans le refus, désolé je ne pourrai plus rien faire pour vous.  En 2011, Gesaffelstein co-fonde le groupe Flying Turns, « un mélange de synthés électro, de guitare avec pédales d’effets, de lignes de basse ronflantes, d’une voix grave et de chœurs envoûtants. » (extrait de l’interview de Flying Turns par Paulette). Gesa n’apparait pas sur scène avec le groupe mais participe largement à la prod.

Un son glacial, sombre, violent, mais transcendant.

2011 sera l’année de la consécration. Avec les EP’s Conspiracy Part. 1 et Part. 2, Gesaffelstein expose sa maestria. Putain c’est beau. On y retrouve Hatred (chars d’assauts calibre M41 gros dégâts à prévoir) et Viol, qui aurait pu être livré avec le manuel « Comment se faire violence en 6 minutes ». 2011 est aussi l’année de sa « relation étroite mais non sexuelle » avec Brodinski. Ils signent à eux deux l’EP Bromance#1 (Bromance records) contenant deux titres dont Control Movement. Gros, gros niveau de cartouchage.

Au rayon des remixes, Gesaffelstein a aussi de grosses munitions en poche: Justice ou encore Lana del Rey. 2012 sera également une année glorieuse pour « l’Astre noir », en participant à l’album de Kanye West sur deux tracks dont Black Skinhead. 

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2013. Aleph: l’Empire du côté obscur.

C’est « la première lettre de l’alphabet hébreu, langue que je sais lire et écrire » précise-t-il. « Elle correspond aussi à l’Alpha qui, en sciences, désigne le début, l’origine. » Cinq ans après son premier maxi, le Général déjà bien décoré, sort son premier album. Vous l’avez compris, cette techno n’est pas pour les puterelles qui twerkent à Ibiza. Sa marque de fabrique ? Un son reconnaissable, personnel. Une artillerie lourde à base de son métallique qui fait peur à ta mère. Avec Aleph, on plonge dans la noirceur la plus pure dirait IAM.

Le sombre monarque débarque et étale
Son pouvoir, la puissance de l’ombre s’installe
Non, ne résiste pas, ne lutte pas
Ne te détourne pas de la main tendue vers toi

Ou je vais explorer le royaume de tes peurs
En devenir le dictateur pour mieux te dominer

 

Ecouter l’album d’une traite relève du défi. Tu en sors rincé, épuisé. Ton cerveau te dit merde mais tes oreilles en redemandent. Dès le deuxième titre, Pursuit, on se demande comment un mec si classe peut dégager autant de violence et de puissance. Aleph est une plongée dans des eaux glaciales. Mention spéciale pour les branlées industrielles d’Obsessions, suivie d’Hellifornia. On se croirait dans la Menuiserie de Stupeflip. Attention soldat, niveau de cartouchage très puissant.

Aleph, c’est le genre d’album que tu n’écoutes pas tout seul la nuit, marchant dans une zone industrielle désaffectée. Non non. C’est plutôt le genre de son qui irait parfaitement pour la B.O d’un film d’horreur futuriste ou alors d’un rapport sexuel forcé non protégé. Aleph est à l’image de sa pochette: à la fois sobre et complexe, un labyrinthe électronique duquel on ne peut échapper. Mais Gesa sait aussi faire dans la finesse avec des sons plus posés, mais non moins angoissants. On retiendra le magnifique Piece of future dans le style.

On attend avec impatience le live. Va falloir serrer les dents. En concert le 28 novembre au Rocher de Palmer et le 30 novembre au Bikini à Toulouse.

Les extraits de son interview sont tirés du JDD.

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