[ITW] D.Lights, le coup de projecteur sur Détroit qu’il fallait

Après la leçon de rap des Lords Of The Underground une semaine plus tôt, on a assisté à celle tout droit venue de Detroit le 30 octobre à l'IBoat. À peine le temps de changer la cartouche de notre stylo-plume qu'on rencontre D.Lights, nos nouveaux profs, bien décidés à diffuser l'esprit de la Motown.

En préambule de leur cours, un documentaire d’Arno Bitschy était projeté. On vous en parlait dans l’édito de mercredi 4 novembreResilience donne une lucarne sur la réalité de Detroit. À travers l’ambiance pesante de cette ville à l’impression désertique, on y découvre le quotidien de plus de 700 000 personnes qui luttent depuis la crise de 2008. Exclusions de logements, coupures d’eau, mais formidable solidarité entre les Detroitiens, le tout sur une bande son garantie 100% d’origine.

Interlude bière, le concert commence sans même qu’on s’en rende compte. Rien qu’en descendant dans la cale, on sent la fougue monter au rythme des basses hip hop oldschool qui résonnent… contre les parois. Il est là, le problème : le son ne ricoche sur presque personne. Aussi intenses soient-ils, le flow et la maîtrise des trois MCs et des deux beatmakers ne toucheront qu’une vingtaine de curieux.

Après un concert-claque des plus mémorables, on ne peut pas manquer l’occasion d’aborder Finale, Miz Korona, Intrigante Dialecte, YoggyOne et Charles Trees pour comprendre le fond de ce projet.

 

Interview

 

Comment vous êtes-vous retrouvés sur le documentaire Resilience ?

Finale : On vient tous de Detroit (sauf YoggyOne, français, ndlr), le réalisateur nous a tous rencontrés pour tourner un documentaire traitant de la crise qui sévit a Detroit. On les a emmenés là où on a grandi, dans la ville… C’était l’idée : montrer Detroit et que ce qu’il s’y passe vraiment.

Intricate Dialect : Shigeto était censé remixer un morceau pour l’album de D.Lights. Finalement ça ne s’est pas fait, mais c’est via lui que Charles Trees et moi-même somme rentrés dans le projet.

YoggyOne : Jarring Effects, mon tourneur, m’a proposé cette idée de film sur Detroit, et m’a demandé si j’avais des idées de noms : je leur ai dit « plein ». J’avais vu Finale et Invicible aux Eurockéennes, ils avaient mis le bordel, et j’ai dit « je le fais si vous le prenez lui ». Charles avait sorti un EP sur le label parisien Musique Large, tenu par des copains à moi… Je les ai rencontrés en janvier 2015 à Lyon et on a fait dix jours de studio.

Avec le concert auquel on a eu droit, on n’a pas l’impression que vous vous soyez rencontrés au début de l’année…

F : On a une good vibe, ça a pris du temps mais on l’a maintenant ! On devait apprendre à travailler ensemble car peu d’entre nous faisaient partie d’un groupe avant. On était au studio de 7 heure du matin à 7 heure du soir pendant deux semaines, il fallait que ça marche. Je pense que ça nous a aidé à créer un ensemble, et en regardant nos précédents concerts, on a beaucoup grandi. On sonne bien ouais !

Est-ce que la durée de vie de D.Lights est égale à celle du documentaire ?

M : J’aime l’énergie du groupe, j’aime ce qu’on sort, mais ils le savent tous… je n’aime pas le nom. (rires) Je ne pense pas que ça soit quelque chose qui marche aux Etats-Unis, mais ça a l’air de mieux marcher en France. Aux Etats-Unis, quand on parle de D.Lights, c’est une blague pour eux. Parce que la Motown est connue pour le R’n’B, le Doo-Wop… Mais ils n’ont pas entendu le projet et je sais que la musique parle pour nous. En tout cas, musicalement parlant, les gars du groupe sont bons, créatifs…

F : C’est un bon projet. Pourtant je suis contre les groupes ! Mais on a eu une belle opportunité, on l’a saisie et on en profite à fond. Et grâce à ça, on accentue aussi nos propres sons, donc finalement c’est gagnant-gagnant. Vous nous verrez peut-être séparément, mais un autre album ou une autre tournée D.Lights… C’est à Jarring Effects d’en décider.

C’est compliqué de montrer la vraie image de Detroit à des Français qui n’en connaissent souvent que la techno et Eminem ?

Miz Korona : Non, je ne trouve pas. Je pense que les Détroitiens sont résilients – sans mauvais jeu de mot. Si tu sais un peu ce qu’il se passe aux Etats-Unis, tu sais qu’il y a toujours une image négative à Detroit. Qu’Arno Bitschy et son équipe viennent filmer la ville de l’intérieur, comment on travaille ensemble en tant que communauté, comment on se bat pour aider les gens à garder leur maison, l’eau courante… je pense que c’est une belle chose et les premiers concernés en sont très reconnaissants. Même si ce n’est pas aussi scintillant que New-York ou Los Angeles, on vit dans cette communauté aimante et attentionnée, où l’on sent une appartenance et une vrai solidarité. Ils ont fait un très beau boulot avec de belles images, et une bande son qui reprend des artistes clés qui sont eux aussi impliqués dans cette communauté.

Finalement, c’est quoi la vie à Detroit ?

F : Politiquement, on a beaucoup d’obstacles. La gentrification est un problème, ça l’a toujours été. Les pauvres sont mis dehors et les riches les remplacent. Le documentaire met en vitrine cette idée. Le cœur du problème : les politiciens avares qui soutirent l’argent de la ville, des gens qui ne sont pas de Detroit qui viennent nous dire ce qu’on doit faire de notre ville… Aussi, les gestionnaires ne savent pas prioriser et l’argent est mal dépensé ! D’un côté, les routes doivent être réparées, de l’autre, les classes sont surchargées et il n’y a pas assez d’enseignants. Pourtant, l’argent ira plus dans les routes que dans les écoles. Tant que ce problème ne sera pas réglé, j’emmènerai mon fils de 5 ans ailleurs.

Comme la conclusion du documentaire, vous pensez que les choses s’y améliorent ?

Tous : Absolument, doucement mais sûrement, ça prend du temps.

MSlow progress is better than no progress.

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