[ITW] Carbon Killer : de la Darkwave aux robots sociopathes

A la fois passéiste et futuriste, la synthwave fait la part belle aux synthés rétros et aux dystopies littéraires des années 80. Parée de néons et de personnages badass, elle est autant influencée par l'esthétique de John Carpenter que par les romans de Dashiell Hammet, le tout dans un savant mélange musical qui fait le renouveau des scènes électroniques et des clubs sombres.

Rencontre avec un artiste bordelais, aux multiples casquettes et aux sneakers colorées : Carbon Killer

Quand on tape Carbon Killer sur Google …

Ouais, Slip 2000 c’est le premier résultat. Déjà le fait que ça s’appelle Slip c’est drôle, mais surtout 2000, comme une sorte de concept hérité des années 80 … On ne pouvait pas faire plus dans le thème ! Le côté un peu film noir puisque c’est un outil pour revolvers c’est bonus. Le hasard était parfait.

Carbon Killer c’est quoi ?

C’est un projet cross média, musical et websériel. Les Carbon Killer sont une élite guerrière à la solde d’une secte qui s’appelle l’Eglise du Soleil Noir, et qui luttent, dans un 1983 alternatif, contre le déploiement massif de robots humanoïdes. Ces robots sont fabriqués par Carbon Inc, et portent donc le nom de Carbon(s). Dans les grandes lignes, voilà l’histoire de la websérie dont les deux premiers épisodes sont en production.

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Comment un gars qui sort d’une formation supérieure en musique en vient à créer un projet de Synthwave ?

J’ai fait une formation axée jazz, mais je faisais partie des mecs qui étaient plus intéressés par des trucs plus Rock’n Roll, comme le Post Rock, le Doom ou le Stoner. Une partie non négligeable du public Synthwave est issue du Metal ou du rock donc il y a une logique. La Darkwave ou Darksynth, les déclinaisons un peu plus ténébreuses, peuvent être assimilées à du Metal à la sauce électro. Tu le vois rapidement dans les structures d’ailleurs, qui sont souvent plus complexes que dans le milieu House ou Techno où t’as un pattern en boucle et quelques rentrées d’instruments.

Faut être issu du milieu métal pour comprendre la Synthwave ?

Je ne pense vraiment pas. Effectivement t’as plein de métaleux qui vont écouter de la darksynth, mais t’as des déclinaisons qui n’ont rien à voir : le courant issu de l’ItaloDisco se rapproche de la House et va attirer des nostalgiques issus de l’Electro, la Synthpop est plus enjouée intègre du chant et des harmonies majeures, et va plaire aux amateurs de chansons avec la petite touche 80s. Le genre dans son ensemble est assez large, et peut s’adapter à tous types de publics je pense. Synthwave c’est le terme un peu fourre-tout qu’on a inventé pour regrouper plusieurs styles sous une même étiquette, mais il y a une grosse partie des artistes de la scène qui ne s’y retrouvent pas forcément et qui font juste ce qu’ils aiment peu importe l’étiquette.

Est-ce qu’il y a un morceau qui t’a fait dire : « c’est ça que je veux faire ! » ?

Roller Mobster de Carpenter Brut ! Pour la petite histoire, j’ai d’abord entendu Le Perv et je me suis dit : « c’est vraiment bien ce truc, c’est quoi ? », ce à quoi un pote DJ m’a répondu « C’est Carpenter Brut, et d’ailleurs tu devrais écouter un morceau que je trouve vraiment bien » … et j’ai découvert Roller Mobster. A ce moment-là j’ai des réminiscences des films de John Carpenter, de l’ambiance des 80’s avec des films géniaux et des bandes-son épiques … C’est pas juste l’écoute de ce morceau qui m’a lancé dans la synthwave c’est tout ce qu’il m’a renvoyé comme image. Genre madeleine de Proust tu vois ?

Quels titres te semblent essentiels pour se familiariser avec le genre ?

Liste des titres cités dans cette playlist :



C’est vraiment pas exhaustif mais ce sont ceux qui me viennent en tête directement.

Ton personnage est mystérieux et détaché de ta personnalité. C’est le cas de plein d’artistes du genre. Est-ce que c’est une prérogative dans le milieu ?

Carbon Killer c’est pas juste les morceaux de musique, c’est tout un lore avec la websérie. Moi, en tant que personne, je n’en fait pas partie. Je suis pas sûr que tous les projets synthwave soient comme ça.

Sur les deux titres dispos aujourd’hui sur ton Bandcamp, on a deux ambiances très différentes. C’était pour toi une manière de poser les bases de Carbon Killer?

Oui complètement. C’était pas forcément un objectif mais dans les faits on a composé deux trucs qui vont fouiller dans des ambiances hétéroclites. Bolt c’est un truc assez rentre dedans comme on a cité précédemment, et Under The Skin c’est plus une ambiance. C’est chanté, très imagé, et surtout on avait pour idée de le mettre en scène dans la websérie. Finalement non, donc pas de spoil, mais on voyait un épisode sur un Carbon Killer qui se fait abattre, qui découvre ce qui se cache sous sa peau et qui en vient à se questionner dans son existence …robot ou humain ? Le questionnement sur la caractérisation de l’humanité c’est un peu la thématique principale de Carbon Killer

On est dans une période musicale qui revient au bon vieil analogique après une explosion numérique. T’as pris un parti où tu mélanges les deux ?

Le projet n’est pas entièrement numérique, notamment par l’utilisation des synthés analogiques, mais on utilise énormément de numérique. On ne dispose pas de ressources illimitées donc c’est forcément plus facile de bosser avec des VST sur Ableton à 70€ que de se financer un vrai synthé à 5000€.

Au-delà de cet aspect musical, quelles œuvres ont servi d’inspiration pour ce projet ?

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J’ajouterais Blade Runner et Drive pour le ciné, Hotline Miami pour les jeux vidéos.
J’ai toujours aimé les projets musicaux qui dépassent le cadre du morceau de musique avec des album concept à l’image du Melody Nelson de Gainsbourg, de Ziggy Stardust de Bowie ou la majorité des albums de Pink Floyd. Faire toute une webserie pour creuser un peu plus l’histoire d’un album, je trouve que c’est un peu dans la continuité.

Quelles sont les sorties sur lesquelles tu bosses en ce moment ?

Il y a plusieurs trucs qui sont actuellement en préparation, dont un E.P 5 titres à paraître en cassette audio chez Crabe Records, un label parisien spécialisé dans ce format-là, le pilote de la websérie qui suivra, et enfin un album qui comprendra entre 12 et 14 titres pour plus tard. On bosse pas mal pour être fin prêts pour du live à la rentrée 2017.

Ta musique a-t-elle été un prétexte à la websérie ou s’agit-il d’un concept à part entière dans lequel ta musique vient s’intégrer ?

Ca dépend du contexte en fait. On est vraiment dans une conception cross-media. Je vais parfois composer des titres qui me permettent d’exploiter le scénar, tout comme les images devront par moments illustrer la musique.

Comment tu envisages la série ? A la Gondry avec les moyens du bord ou dans une optique plus premier degré ?

C’est complètement Do It Yourself mais on a aussi des moyens techniques. On bricole pas mal les lumières par exemple mais ça reste un truc sérieux. On a fait un travail de repérage pour les décors, du chroma key (fond vert) pour certaines séquences … On veut utiliser les outils qui sont mis à disposition des créateurs de vidéos par le biais de Youtube. Pour le côté démerde on fait aussi jouer nos relations proches pour aller tourner chez eux s’ils disposent d’un cadre intéressant.

Sur scène ça donnera quoi Carbon Killer ?

L’idée c’est d’avoir deux types de live différents. Un qui comprendra un live band avec batterie, guitare, basse, synthés et machines … un concert de rock à la sauce électro quoi. L’autre ce sera plus dans l’idée de ce que fait Squarepusher, avec une sorte de DJ Set agrémenté de guitares et basses jouées live. Je ne suis pas issu de la scène électronique donc j’ai fait comme j’ai toujours fait dans le rock, je sais pas trop comment les gars font dans l’électro alors j’improvise un peu.

 

Les années 80 sont revenues en force dans l’électro actuel. Tu vois ça comme un cycle musical ou comme un nouveau pan musical ?

Ca fait en effet quelques temps que la musique électronique reprend les années 80, et notamment parce-que cette décennie l’a popularisée. Mais spécifiquement, la touche gros synthé kitsch ou les batteries remplies de Reverb, je vois ça comme un phénomène assez récent et une sorte de mode musicale, mais certains artistes qui m’ont inspiré ne sont pas dans cette logique et composent simplement la musique qu’ils veulent faire, peu importe comment ça évolue autour.

NewRetroWave est une chaîne Youtube qui régit un peu le milieu de la Synthwave et propulse pas mal d’artistes. Tu vois ça de quel œil ?

D’un point de vue personnel j’ai découvert quelques artistes par le biais de cette chaîne. Après, dans le fonctionnement, c’est des mecs qui ont trouvé un bon business modèle, tu leur donnes tes droits sur tes compositions, et toi tu profites de la meilleure vitrine de toute la scène. Le problème c’est que c’est devenu, pour beaucoup de nouveaux arrivants de la scène synthwave, une sorte de fin en soi. Du coup les gens font exactement ce qui plait déjà à la plateforme et t’as un peu l’impression d’écouter tout le temps le même truc… Il y a quelques autres chaines dans le genre qui, elles, ont fait la démarche de monter un label qui accompagne les artistes, et ça me semble un peu plus cool.

Les artistes de Synthwave français sont très influents à l’échelle internationale, ça vient de quoi à ton avis ?

Ces dernières décennies, les français se sont illustrés comme précurseurs des tendances musicales en electro. Pour moi il y a deux grosses vagues historiques, c’est 1997 avec l’explosion des Daft Punk et 2007 avec l’électro qui tabasse d’Ed Banger entre autres. Est-ce qu’en 2017 on assisterait pas un peu à la même chose avec Pertubator et Carpenter Brut ? C’est sûrement moins tape-à-l’œil que les tournées de Justice à l’époque mais, à l’échelle, ça ne me semble pas si éloigné.

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