Interview : Jil Is vraiment Lucky

IBoat, le 5 Mars 2015, aux alentours de 17h30, pas un nuage à l'horizon. Trois personnes poussent la porte de la terrasse. Parmi elles se trouve Jil Bensénior, alias Jil Is Lucky, lunettes de soleil et casquette vissées comme à son habitude sur la tête.

La joyeuse équipe, qui se remet d’un arrêt au Kokomo, vient à Bordeaux pour une date placée sous le signe de la solidarité. Quelques heures après, ils succèderont à Mars Red Sky, Le A et Naya pour la soirée Help Kampuchea!, pour un concert à la belle étoile (comme le signale l’affiche de la soirée). Le principe : trois membres du groupe triés sur le volet (Don Julio de La Vega à la guitare, le Tchèque – qui n’est pas Tchèque – au violoncelle et Jil, au chant, à la guitare et surtout à l’ambiance) jouent un set acoustique, sans setlist, à la bonne franquette. Une bonne occasion de (re)découvrir les petites pépites qui leur font office de compositions, dans leur plus simple appareil.

Jil Is Lucky // Crédit photo : Justine Dulhauste pour Slapzine
Jil Is Lucky // Crédit photo : Justine Dulhauste pour Slapzine

Ça fait un petit moment qu’on n’a pas eu de tes nouvelles, depuis le dernier album, quelques dates de la tournée, comment ça se fait ?

On a tourné jusqu’à l’année dernière, et depuis un an, j’étais vraiment refermé sur moi-même, en écriture du troisième disque.

Ça avance bien ?

L’écriture est finie ! On va rentrer en studio très prochainement, en avril normalement. J’ai très hâte d’enregistrer ce disque. Ce sera encore totalement différent des deux premiers. J’espère que ça va être fort. Après, on a toujours des angoisses. Chez moi, c’est maladif. Comme je fais jamais aucune concession, je n’exploite jamais aucun filon. J’fais de l’anti-marketing complet.

Tu n’as pas peur de perdre du monde en chemin ?

C’est clair qu’il y a des gens qui ont aimé le deuxième et qui n’ont pas aimé le premier, d’autres qui ont aimé le premier mais qui n’ont pas compris le deuxième… Je l’ai remarqué pendant les concerts, le public a un peu changé sur la deuxième tournée. Mais beaucoup de fidèles étaient là aussi, donc on verra pour la suite. Là ça va être encore autre chose, je sais pas du tout comment ça va se passer.

Tu as déjà eu l’occasion de faire quelques dates « à la belle étoile », c’est toi qui en as eu l’idée ?

C’est une demande que j’ai formulé, de pouvoir justement mettre en place un système pour qu’on puisse venir à l’improviste, dans une ville, sans justement tout le dispositif de promo, ni de logistique de tournée, d’amplis, complètement en acoustique. On fait ces dates-là pour se retrouver, pour garder un contact avec le public pendant l’écriture. C’est vraiment une expérience que j’avais envie de faire, dans des lieux atypiques.

Petite question «pression» : c’est par toi que j’ai découvert (ne me demande pas comment) Arcade Fire, qui est maintenant mon groupe préféré. Donc je voulais savoir, qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Moi j’ai complètement bloqué sur le dernier album d’Ariel Pink, Pom Pom. C’est une grosse grosse tarte. Enfin moi, j’ai adoré. A-do-ré. J’écoute ça et Liszt, beaucoup. En ce moment, c’est Ariel Pink et Liszt.

C’est un peu le grand écart !

Ouais, bah c’est ma spécialité ! (rires)

 

C’est maintenant le moment du portrait bûche made in Slapzine. Je te donne un mot ou une expression, et tu me dis ce qui te passe par la tête.

Sur la pochette de ton premier album, tu étais le seul qui n’était pas en combinaison seconde peau. Donc, si tu étais un super héros ?

Si j’étais un super héros… Je crois que je serais… J’ai une très mauvaise culture en super héros. Euh, comment il s’appelle là, l’homme araignée ? Spider Man ! Ouais, Spider Man, parce que j’aime bien le concept de pouvoir s’accrocher partout.

Si tu étais un TOC ?

Ah j’ai un TOC. Je surveille tout le temps que mon chat soit bien à l’intérieur de l’appart. Je regarde par la porte, je regarde sur le palier, je regarde sur le balcon… Je suis obsédé par la présence de mon chat.

Si tu étais une étoile ?

Si j’étais une étoile, je serais morte depuis longtemps. Tu sais, comme ces étoiles qui scintillent encore, mais qui sont plus là. Peut-être dans la galaxie d’Andromède. J’sais pas si tu vois, Andromède, ça fait comme une tâche dans le ciel. Un tout petit point blanc, mais ça ressemble pas à une étoile, c’est une tâche et au télescope, tu vois vraiment bien, c’est une petite tâche blanche. On a longtemps cru que c’était une sorte de nébuleuse mais en fait, c’est une galaxie semblable à la notre, immense…

En parlant d’étoile, de star, si tu étais Beyoncé ? Qu’est-ce que tu ferais ?

J’sais pas… si j’étais Beyoncé, genre 24 heures ? Interdit aux moins de 18 ans. (rires)

Il me semble que t’es un peu fan des Nuls, donc si tu étais un sketch des Nuls ?

Royal Rabbin. Définitivement.

Si tu étais une insulte ?

«P’tit con». Tout simplement. Ça m’irait bien.

Vu que tu fais pas mal de reprises, ça m’amène à te demander : si tu étais la meilleure reprise du monde ?

Ce que j’ai entendu comme reprise qui m’a vraiment plu, c’est Let’s Dance de Bowie, par M. Ward (l’autre moitié de She & Him, avec Zooey Deschanel, ndlr). C’est hyper downtempo,  j’crois que c’est piano ou guitare/voix, c’est très calme, très beau, ça donne toute une dimension du morceau qu’on n’a pas forcément, et il fait ressortir finalement l’écriture du morceau original.

Et la pire reprise du monde ?

Jenifer, «Poupée de cire, poupée de son». Je l’ai entendue à la radio malgré moi. J’ai été pris de spasmes, de nausée. C’était peut-être l’une des chansons pop en français les plus puissantes de l’histoire, et elle en a fait une merde infame, j’étais écoeuré.

Justement, si tu étais un album de reprises d’un artiste, par exemple de Goldman, Renaud,… 

Ah je supporte pas ça. Ça me fout un bourdon énorme. J’supporte pas ces trucs là. (rires)

En parlant de ça, si tu étais un Enfoiré ?

Si j’étais un Enfoiré, je me ferais : ceinture d’explosifs au premier concert, et je me ferais exploser sur scène à Bercy quoi. (rires)

On n’aura jamais le droit à Jil Is Lucky aux Enfoirés alors ?

Ah ça, jamais ! Moi de toute façon, même si j’écris un album en français, j’serais jamais dans la grande famille de la chanson française, jamais. J’fais bande à part.

Si tu étais un souvenir de voyage ?

Si j’étais un souvenir de voyage, je serais probablement dans une petite chambre, avec une fille, sous un milliard de couettes, à Cuzco au Pérou. Avec une vue sur les montagnes et sur les Andes autour, ça c’est un super souvenir.

Et si tu étais chanceux ? (Jil Is Lucky, chanceux, bref… )

Je serais en train de préparer l’enregistrement d’un nouvel album.

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