[ITW] Entre un foot et un live, discussion avec Isaac Delusion

Entre une brésilienne et un concert fou à la Rock School Barbey, la bande d’Isaac Delusion nous a expliqué quelques trucs qui nous chatouillaient l’esprit. On a parlé entre autres du groupe Jungle, d’athlétisme, de zouk et de Star Wars.

Après plusieurs EP et un album paru en juin dernier, les quatre français d’Isaac Delusion ont attiré plus d’un journaliste sur leurs productions. Pas mal d’adjectifs sont utilisés pour décrire ce qu’ils créent, on en gardera deux : « pop rêveuse » et « zouk paranormal ». Du coup, à l’occasion d’un live le 28 novembre à la Rock School Barbey, on les a rencontrés pour mieux capter leur univers.

Pour le report du concert, ça se trouve plus bas.

Le FC Delusion avant leur concert. Crédit photo : Slapzine
De gauche à droite : Antoine (manager), Bastien, Loïc et Perceval (ingé son). En bas : Nicolas et Jules.
Crédit photo : Slapzine

 

Vous êtes toujours très discrets sur le nom de votre groupe, c’est une façon de laisser l’imaginaire travailler ?

Loïc : Exactement ouais. On aimerait que chacun ait sa propre interprétation du nom.
Jules : En fait on a la nôtre, mais elle est assez « légère ». Si jamais on la balançait aussi facilement, ça pourrait apparaitre comme quelque chose de très recherché, prise de tête, alors qu’en fait pas du tout. Donc on préfère laisser les gens se faire leur propre idée.
Loïc
 : On peut aussi raconter une connerie différente à chaque interview… (rires)

Est-ce que certains moments de votre vie ont influencé votre musique ?

Loïc : La naissance de mon fils, le soir de la release-party de l’album à la Gaîté Lyrique, ça a un peu influencé les paroles ouais. Quand t’es créatif, tout ce qui t’arrive t’inspire. Même glisser sur une peau de banane et tomber sur le cul, ça va peut-être faire bouger ta plume plus rapidement et tu vas écrire un texte plus beau parce que t’as pris un choc sur le coccyx ! Non plus sérieusement, les voyages aux Etats Unis, en Inde, les aventures qu’on a eues, c’est un peu ça qui a créé notre son.

C’est du vécu cette histoire de peau de banane ?

Loïc : Un jour j’ai glissé sur une feuille mouillée, j’étais en costard et j’me suis vautré dans la boue en allant à un entretien d’embauche.
Nicolas : Depuis, il fait de la musique !
Loïc : Mais j’ai eu le job ! La morale de cette histoire : c’est toujours mieux de faire rire même si on est pas beau et qu’on est sale (rires).

Rituel pré-concert : la brésilienne pour mettre branlée à Frànçois & The Atlas Mountains Crédit photo : Slapzine
Rituel pré-concert : la brésilienne pour mettre une branlée à leurs rivaux mais amis de Frànçois & The Atlas Mountains.
Crédit photo : Slapzine

 

Vous avez fait la première partie de Jungle,  comment ça s’est passé ?

Bastien : C’était de la balle !
Jules : On adore tous les quatre ce qu’ils font, et on attendait ça avec impatience, on voulait voir c’que ça donnait en live. On a été très agréablement surpris. Ils arrivent à reproduire extrêmement fidèlement les sons de leur album, c’est bluffant, même si certains peuvent être déçus d’avoir un live si proche de l’album. Vu qu’on est fan, on a été les voir après le concert. On leur a demandé s’ils étaient sponsorisés par Adidas ! [Les mecs ne portent que cette marque, ndrl] Et en fait non pas du tout. Ils adorent juste la marque, ils claquent toutes leurs thunes dans les survet’ pour leurs clips !

Quel est votre rapport avec les maisons de disques ? Vous êtes signés chez Cracki Records parce que les majors ne vous ont pas approché ou que vous les fuyez ?

Jules : Au début les majors voulaient nous signer en artiste, ce qu’on a refusé parce qu’on est chez Cracki. On a toutes les libertés du monde. On ne voulait pas que des mecs déboulent comme ça en nous disant quoi faire. On a signé en licence, eux s’occupent de la distribution et de la promo, nous du reste : la musique, l’image…
Antoine : Au final le groupe est très autonome. L’album est quasiment auto-produit quoi !
Loïc : En fait Cracki Records c’est un peu une étiquette. On a eu un parcours avec eux, ils ont écouté notre première démo, ils ont donné la première impulsion, après les choses ont beaucoup évolué de leur côté comme du nôtre… Comme une relation amoureuse, tu commences jeune, et arrivé à un moment tu veux peut-être passer à autre chose.
Jules : C’est aussi eux qui nous ont approché. Maintenant, on aimerait bien voir comment ça se passe ailleurs.

Votre musique est qualifiée de « pop rêveuse et de zouk paranormal ». À qui est-elle adressée ?

Loïc : Aux zoukeurs fous !
Bastien : Et aux zoukeuses surtout !
Jules : Quand on a commencé, notre musique n’était pas destinée à quelqu’un en particulier. C’était quelque chose qu’on faisait parce qu’on aimait ça. On avait jamais prévu de l’enregistrer, de jouer en live… Et c’est Cracki qui nous a poussés à produire nos morceaux et pas juste faire des maquettes dans notre chambre. On continue de faire ce qu’on aime, et c’est comme ça qu’on a le plus de chance d’impacter les gens.

Si vous n’aviez pas fait de musique, où est-ce que vous seriez ce soir ?

Jules : Bah perso je faisais de la vidéo avant, donc là je serais probablement à l’autre bout du monde en train de tourner des documentaires incroyables sur des cités cachées…
Loïc : Je serais surement sur un terrain d’athlétisme, ou dans une piscine. J’étais assez prometteur gamin en fait, j’ai gagné le championnat de France du 4x100m avec mon équipe.
Bastien : En même temps quand il marche il fait deux mètres à chaque pas ! (rires)

Crédit photo : Slapzine
Crédit photo : Slapzine
Loïc, le chanteur et Bastien à la percu. Crédit photo : Slapzine
Crédit photo : Slapzine

 

Si votre album était la BO d’un film, quel serait-il ?

Loïc : Ça serait… Les Monty-Pythons, Sacré Graal ! Ou Star Wars VII. Un film de Gondry, de Dorcel…
Antoine : Eternal Sunshine of the Spotless Mind… Un Miyazaki, Tarantino, Martin Scorcese…
Perceval (l’ingé son) : Pokémon…

Ca part un peu dans tous les sens niveau influences là ! 

Loïc : C’est sûr qu’entre Gondry et Marc Dorcel ouais y’a un pas !
Perceval : Y’a 20 centimètres quoi…

Qu’est-ce que vous écoutez dans votre van ? Est-ce qu’il y a un groupe que vous aimeriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Jules : En fait, on écoute c’qu’on a, c’est à dire pas grand-chose, ça tourne un peu en rond. On a un poste qui marche qu’à moitié.
Loïc : Ce qu’on écoute pas mal avec Jules en ce moment, c’est Rodrigo Amarante, et on recommande sa Deezer Session.
Jules : Francis Bebey, que j’ai découvert récemment dans un article des Inrocks, un mec des années 70’/80’, qui a fait de la musique un peu électro. Son album, African Electronic Music 1975-1982, c’est un peu la techno avant l’heure, avec des samples de musique africaine qui font très actuels.
Tous : Poolside aussi !
Jules : On a rencontré Mesparrow y’a pas longtemps. On a fait une date ensemble, c’était vraiment cool.
Loïc : Un autre groupe qu’on a rencontré pendant la tournée, Papooz. Tous deux sont français, j’pense que c’est toujours bien de se faire des clins d’œil entre groupes de la même scène.
Jules : Et puis les artistes étrangers qu’on découvre en France sont déjà bien connus. Quand on pense à des petits groupes, on pense d’abord à ceux rencontrés en concert, en festival…

Une chanson pourrie que vous avez un peu honte de chanter ?

Tous en cœur : Les Rois du Monde ! (rires)
Jules : J’l’ai pas tout le temps dans la tête, j’peux pas dire ça. Wake Me Up, de Wham ! J’l’ai souvent dans la tête celle-là.

Crédit photo : Slapzine
Crédit photo : Slapzine

 

Est-ce que vous pensez déjà à votre prochain album ? Est-ce qu’il y a des directions de prises ?

Jules : On essaye de nouvelles choses depuis quelques mois, dont un titre inédit qu’on tourne en ce moment. On envoie des maquettes, et on a un nouveau studio sur Paris depuis peu, donc entre deux concerts on se pose là-bas.

Pas de deadline ?

Tous : 2016 ça serait bien !

Vous comptez faire quelques festivals cet été ?

Loïc : On compte faire de belles dates, comme les festivals qu’on kiff : Les Vieilles Charrues, Dour, Primavera… Faut se donner les moyens, merde ! (rires). La Route du Rock aussi, ça serait une belle date ! Tous les ans ils ont une prog’ hallucinante.
Jules : Les Francos aussi ça serait pas mal, le Sziget en Hongrie aussi ! Après y’a des festivals qu’on connaît pas forcément en France, en Croatie, en Belgique par exemple, qui sont super éclectiques. Là on va faire l’Eurosonic en Janvier, basé en Hollande, ça va être sympa !

Gros coup de coeur pour la track "Devil's Hand". Crédit photo : Slapzine
Gros coup de cœur pour la track « Pandora’s Box ».
Crédit photo : Slapzine

 

Vous êtes déjà passés à Bordeaux, comment vous avez trouvé le public ?

Loïc : On a fait un concert à l’IBoat, c’était dinguissime ! Les gens étaient tellement chauds !
Bastien : Et le festival Vie Sauvage était cool aussi, avec Fakear et Odezenne. Le cadre était magnifique.
Jules : Pareil, les gens étaient dingues, on a joué avec le coucher de soleil, ça collait hyper bien avec le live, très bon festoche !
Bastien : Ce soir j’pense que ça va être assez fat. Les mecs aux lumières ont préparé un bon set aussi, ça va être pas mal.
Jules : Et on a une revanche à prendre !

Une revanche ?

Jules : (rires) En fait on a eu pas mal de soucis techniques hier au Connexion à Toulouse. Tout allait bien, sauf quand on a commencé à jouer. Mais la première partie était vraiment sympa !

Le remix de « La fille aux cheveux de soie » de Frànçois & The Atlas Mountains que vous avez tapé est vénère. Vous avez de bonnes relations avec eux ?

Loïc : C’est marrant parce qu’on se tire la bourre mais on est pote quoi. On est un peu les petits nouveaux de la scène française face à eux. Ça fait un bout de temps qu’ils sont là et à chaque fois qu’on fait un truc, y’a quelqu’un qui nous dit « Frànçois l’a déjà fait ! » Justement, on parlait de Mesparrow, j’me suis dit que ça serait cool de faire un feat avec elle, donc j’ai retenu l’idée, et en écoutant son album, j’entends Frànçois dessus ! (rires)
Jules : On a partagé quelques dates avec eux, à Lyon par exemple. Après le concert on a fait un foot, donc on attend de se recroiser pour faire la revanche !
Loïc :  La dernière fois ils nous ont battus 5-4. On a perdu de peu mais là on s’est chauffé, y’a une paire de Converse jaune en jeu.
Jules : On a acheté une vraie balle en plus… On vous attend les Frànçois !

 

Interview Bûche 

Si j’étais une illusion ?

Loïc : Je serais l’eau de ton fleuve.
Jules : Je serais une vague.
Nicolas : Je serais Isaac.

Si j’étais une drogue?

Loïc : Je serais l’amour !
Tous : Ooooh c’est beau !
Jules : Tu peux plus rien dire après ça !

Si j’étais Éric Zemmour ?

Bastien : Je serais mort !
Jules : J’irais me cacher, loin. J’serais aigri.

Si j’étais un festival ?

Nicolas : Midnight Sun, un festival de transe en Norvège, qui dure une semaine en plein jour non-stop, avant que le soleil ne se couche pendant 6 mois !
Bastien : Coachella.
Jules : Calvi on the Rocks.
Loïc : Je serais Iceland Airwaves.

Si j’étais un gouvernement ?

Loïc : Un gouvernement nordique, genre Suède.
Jules : Ouais, un truc peace. Y’a des trucs cool ailleurs… Mais y’en a pas beaucoup !

Si j’étais le fils de Dieu ?

Loïc : Je serais aussi un fils de pute !

C’est tout, pas d’inspiration les autres ?

Loïc : En fait je lâche tellement de grosses punchlines qu’ils ne peuvent pas enchainer après !

Et si j’étais une bûche ?

Bastien : C’est bientôt Noël, je dirais une bûche aux trois chocolats !
Loïc : Je serais une jolie petite bûche de chêne qu’on met au feu pour se réchauffer un soir de grand froid.

 

Juste avant de commencer l’interview, le trailer de Star Wars VII venait de sortir. Les sachant cinéphiles, on leur demande s’ils l’ont vu. Négatif. On chargea donc la vidéo dès notre arrivée pour la matter après une trentaine de minutes.

Les dialogues qui suivirent le début de la bande annonce ont essentiellement été à base de « WOOOOW », « HAAAN », « BOOOM », « REMET ! REMET ! » « Putain, un an à attendre, j’vais me pendre les gars, salut ! »

Fin de l’interview, petite session photo, diner pour tout le monde. Kébab ingurgité, il est temps de retourner à Barbey histoire de voir ce qu’ils donnent en live : « les actes valent mieux que les mots ». Salle blindée au changement de plateau, tous cherchent la meilleure place pour apprécier au mieux la pop d’Isaac Delusion. Les lumières s’éteignent, l’album d’Alt-J en fond sonore disparait peu à peu. Que la magie commence. Ils nous avaient prévenu qu’un morceau inédit serait joué, pas qu’il ouvrirait le concert ! L’ambiance se réchauffe, la foule découvre la track, ça colle. Même si les premiers applaudissements sont timides, le groupe est là pour désinhiber tout ça. Les gouttes de sueur apparaissent sur les fronts et cela dès les premiers morceaux, gage de qualité. Pas de setlist au sol, les gars sont pros : on sent qu’ils connaissent le show sur le bout de leurs instruments. Rythmes planants, riffs entrainants et voix minérale : l’équation parfaite pour un public qui bouge, qui danse, qui vit.

Plus le live avance et plus un parallèle entre les sons studio et le rendu live se dessine. L’album éponyme était déjà bon, les voir le jouer face à nous, c’est prendre une claque. Les influences Patrick Watson-esque dans le timbre cristallin de Loïc font chaud au cœur. On le remarque particulièrement dans les titres que sont Children of the Night ou She Pretends. Jules, dans sa chemise à col rond, ressemble à un chirurgien du son. Un rôle qui lui sied à merveille, tant les gestes sont affutés et précis. Deux grosses mentions spéciales : une à The Devil’s Hand, grâce au solo de basse endiablé signé Nicolas ; une autre à Pandora’s Box, avec un Bastien déchainé sur le djembé qui viendra terminer le set. C’est avec un sourire « un peu imbécile » qu’ils quittent la scène, pas pour longtemps tellement l’audience en veut. « Here comes the noise » susurré au micro, et c’est l’hystérie. Sleepwalking clôture un show survolté. Une heure et demie de live ne suffiront pas pour assouvir la soif d’évasion du peuple, un second rappel était même attendu par la salle.

Comeback en coulisses, Nicolas nous confie qu’ils ne sont pas trop fans des deuxièmes retours sur scène, « on est plus du genre à garder le meilleur pour la fin ». On ne sera pas de ceux qui s’en plaindront. Isaac Delusion s’est lâché, le public aussi, et c’est tout ce qu’on demande pour passer une bonne soirée.

Fin du concert. Le FC Delusion a mouillé le maillot.
Crédit photo : Slapzine

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