Good Grooves #5 / Dirty Loops – Hit Me

Dirty Loops: trio suédois qui aime se jouer des codes, déconstruire les apparences pour mieux tromper l'audience et entremêler les influences dans le groove

Une fois n’est pas coutume, le single est à l’honneur pour cette chronique.

Dirty Loops Logo

Dirty Loops, n’est pas un groupe d’électro, comme pourrait le suggérer son nom et son logo, mais de pop fusion (BAH OUAIS CA EXISTE). Fondé en 2008, Dirty Loops est un trio suédois composé de Jonah Nilsson au clavier, mannequin à ses heures perdues, Henrik Linder à la basse, dont la coupe de cheveux est passée Through The Monsoon, et enfin Aaron Mellergårdh à la batterie, le frère caché de François Xavier Demaison. Beau tableau ! Mais ici, on aime se jouer des codes, déconstruire les apparences pour mieux tromper l’audience, entremêler les influences dans un funk vraiment dense, et tu danses, yeah.

Après quelques jam sessions, le groupe se fait suggérer des titres par son entourage. Amusé autant qu’inspiré par certaines propositions, ils vont réorchestrer des tubes pop U.S qui ont figuré parmi les top charts des semaines durant. Le secret : une bonne dose de pop avant tout et du jazz/funk comme élément intangible de leur orchestration.

En Décembre 2011, après 3 ans d’existence, Dirty Loops décide de publier, sur sa chaîne youtube, une vidéo homemade d’une cover de Baby, le tube intergalactique de Justin Bieber. Bon, au premier abord ça sent le truc bizarre, des mecs qui reprennent une ode à la puberté, à l’allure aussi éclectique que stéréotypée et qui font de la pop/fusion. Ca fait 3 tours dans le cerveau, on est curieux, et comme dirait l’autre, alors on clique.

Quand c’est l’hiver, quand ça fait froid, qu’une chose à faire gars, écoute ce groove !

Les 3 premières intonations vocales te glacent. Que fais-je ici ? Hé bien non, tu as tout à fait raison d’être venu : intro jazzy à fond, que j’t’en claque un break qui direct te fait bouger la tête en avant, le deuxième en arrière et VLAN, le mouvement ne se gère plus ! Bon c’est sacrément bien (auto)produit, très intelligemment et professionnellement arrangé, tant sur l’instrumentation que sur les voix. Même si le visuel nous donne une impression de prise live, c’est bien un clip que l’on regarde, ou du moins une prestation minimaliste qui ne reflète pas le rendu sonore.

En terme de communication, c’est un gros coup. En trois mois ils atteignent plus de 2 millions de vues et leur chaîne youtube grouille de commentaires tous plus flatteurs les uns que les autres, à tel point qu’un beau jour, Jonah reçoit un coup de fil d’Andreas Carlsson, producteur suédois ayant travaillé avec Madonna et Janet Jackson, et un accord est signé.

Une idée d’album émerge. Mais comment un groupe motivé par le jazz fusion peut-il satisfaire un public qui l’a vu évoluer dans des reprises pop … Tout simplement, en traduisant ces reprises en un processus de composition. « On veut écrire des chansons pop très simples au début et, par la suite, les chambouler à notre façon {…} on ne commence pas par les accords sophistiqués, on les rajoute une fois le titre composé », Henrik Linder. A noter que Carlsson laisse au groupe une totale liberté de composition.

L’album sortira en 2014 et pointe déjà le bout de son nez avec le single Hit Me sorti en Octobre 2013 . Verdict : les promesses sont tenues. Une mélodie synthétique incontestablement pop en ouverture, deux ou trois vocalises pour donner le ton, et mis à part la descente frénétique de basse à la fin de l’intro, on est dans l’univers électro-rock qui peuple les ondes radiophoniques et télévisuelles des grandes firmes du domaine musico-médiatique. La première partie du couplet met en scène kick, arpeggiator et voix, et décuple cette sensation jusqu’au premier break où tout devient alors « fancy », du rythme groovy aux accords dissonants. Jamiroquai, dans un style plus conventionnel, détenait jusqu’alors le monopole du titre funk-pop qui ravit autant l’auditeur occasionnel que le mélomane, mais il n’a qu’à bien se tenir.

Musicalement, c’est fourni, avec un gros son bien gonflé et des arrangements très présents qui font tout de suite grosse prod. On attend patiemment l’année prochaine, le groupe doit être en train de choisir ses titres et/ou de les mettre dans la boîte en ce moment-même. On espère entendre ce genre de sons à la radio, qui devrait se reconnaître dedans, tout autant que les jazzmen en phase avec leur temps, entendez par là, ceux en quête de sensations nouvelles.

Affaire à suivre de près !

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