Good Grooves #4 / Avishai Cohen – Almah

Du haut de ses 43 ans, l'israélien comptabilise 14 albums, de sa jeunesse d'élève appliqué de Chick Corea à la notoriété qu'on lui connaît aujourd'hui.

Contrebassiste de génie, multi-instrumentiste et chanteur, Avishai Cohen est une personnalité saisissante du jazz actuel. Il est une réelle allégorie du métissage, alliant soigneusement des sonorités latines aux percussions et rythmes orientaux, en passant bien souvent par le chemin sanctifié d’Israël et du langage hébreu. Du haut de ses 43 ans, l’israélien comptabilise 14 albums, de sa jeunesse d’élève appliqué de Chick Corea à la notoriété qu’on lui connaît aujourd’hui. Le dernier en date s’appelle Almah, sorti sur un label français du groupe Warner, Parlophone Music France.

 

Avishai_Cohen_BFJ_2

 

Comme à son habitude, Avishai Cohen emplit ses compositions d’une poésie déconcertante. Tout en nuances, c’est un conte qui s’ouvre à nous, un voyage tendre et sensuel, tant envoûtant qu’entrainant. Cette pièce du grand tableau qu’il peint depuis quinze ans est indubitablement intimiste. Almah est une vue d’ensemble, le coup d’oeil du peintre sur sa toile et l’ajustement des dernières courbes, de quelques coups de pinceau ci et là. Du premier au dernier titre, l’artiste ne cesse de faire référence à ses projets précédents. Quand la mélodie est la même, c’est l’arrangement qui diffère, et procure, au sein même de la nouveauté, la sensation antinomique de déja-vu, inquiétant tout autant que réconfortant. L’auditeur aguerri reconnaîtra les visages et les personnages de la toile, seulement, l’arrière-plan qui se dépeignait derrière eux laissera place à un cadre totalement différent. Retravailler ces mélodies pour leur donner un sens et une couleur différente est l’essence de cet album. N’allez pas croire pour autant qu’il s’agit seulement d’une revisite de l’arrangement, la composition et l’inédit sont bel et bien au rendez-vous et sans nul doute vous délecterez-vous de leurs lignes.
Almah est une pièce maîtresse d’un travail long et consciencieux, d’une vie consacrée au jazz et à ses confluents. Quand l’or et les parures se dessinent sur Song for my brother, où le violoncelle officie une valse arythmique, c’est une danse orientale et des charmeurs de serpents qui vous appellent à les rejoindre sur Arab Medley, tentez-donc de ne pas vous prendre au jeu, c’est un défi. Quand A child is born s’affirme comme ode à la douceur et à la sérénité, Shlosre trahit un empressement de tous les instants, une hâte sans merci, une course contre le temps pour toucher du doigt Kefel et son apaisante assonance. Le reste de l’album vous appartient, et je ne saurais trop vous en dire, le délice en serait gâché, comme ces peintures classiques que vous étudiâtes au temps de vos jeunes études, et dont la magnificence ne laisse place qu’à un souvenir âpre, celui d’avoir décodé les lignes qui donnaient jadis à cette toile son caractère intemporel.

Voyagez dans ces contrées orientales, délaissez les tracas et le poids des regrets, explorez, visitez les paysages hauts en couleur d’Almah, remerciez Dieu pour le don qu’il a donné à Avishai. Laissez l’apôtre de la contrebasse accorder son instrument sur le piano qui l’accompagne, et explorez les merveilles du jazz, avant que la vie ne repense à vous poursuivre, son linceul à la main.

 

logo-deezer-home

A lire aussi

Cuvée Sonore #6 – Bestial

Il n’est d’appétit pour l’homme civilisé dans ce monde abrupt qu’est la jungle. Mais le chasseur, le vrai, sait qu’il ne sera jamais autant en phase avec son repas qu’en l’ayant observé gambadant innocemment par-delà les collines.

Lire l'article

Cuvée Sonore #25 – Fruitée

Cette cuvée sonore devrait être subventionnée par le Ministère de la Santé, ni plus ni moins. Elle est si bonne. Et pour ta semaine, garde la pêche !

Lire l'article

Adopter la sodomie en 4 minutes 30

Toi aussi, utilise le nouveau spray décontractant anal !

Lire l'article

[ITW] Heymoonshaker : sail or swim

Quelques jours après la sortie de NOIR, leur deuxième album, le duo anglais a posé ses valises à Bordeaux, prêt à se frotter à la cale de l’IBOAT. C’est dans le salon supérieur du bateau que Dave Crowe et Andrew Balcon ont accepté de nous rencontrer.

Lire l'article

Temps de lecture similaire

Bande-annonce à la moulinette : The Lobster

Le cinéaste grec Yorgos Lanthimos signe avec « The Lobster » un objet cinématographique à l’allure complètement absurde, pour lequel il a reçu cette année le prix du jury à Cannes.

Lire l'article

Bande annonce à la moulinette: Dallas Buyers Club

Jean-Marc Vallée revient avec Dallas Buyers Club, adapté d’une histoire vraie. Le film a déjà conquit l’Amérique. Le film sort le 29 janvier en France.

Lire l'article

Du même auteur

You are your butt

Une illustration de notre « butt » selon les expressions associées. Very funny John

Lire l'article

Good Grooves #19 / Bill Laurance – Flint

Flint est le premier album de Bill Laurance, claviériste émérite de Snarky Puppy. Jazz savant pour chronique admirative.

Lire l'article