Good Grooves #34 – Tribeqa – Experiment

Entre hip-hop, jazz, sonorités africaines et funk, Tribeqa fait son grand retour en studio et sur scène avec Experiment, et vient, comme en 2008, porter un vent nouveau dans la catégorie fourre-tout de la world music.

Tribeqa - Experiment cover

Avec un goût amer, on avait quitté Tribeqa sur un Fab Five Years aux allures de best of posthume, contraints de ne plus pouvoir hocher du chef que chez soi. On se surprenait à retomber à l’occasion sur cet album, prenant le temps et le plaisir de chantonner allègrement les douces mélodies de Qaravan ou Sands Of Time.

Après six ans d’absence dans les studios et les scènes de France, le trio groovy nantais revient comme ce vieux pote de lycée que vous n’aviez pas vu depuis 10 ans, et qui vous dit de prime abord : « Putain t’as pris un coup de vieux toi ! ». Nouvelle gueule, nouveau logo stylisé, Tribeqa présente « Experiment », sorti ce 22 avril, et annonce 12 titres porteurs d’une volonté de renouveau.

Si l’on pouvait leur reprocher de faire des albums comme on ferait un barbeuc à la maison, ponctués d’interludes vocaux un peu fouillis, de mini titres où seul court un thème simpliste, on se sentait tout de même à l’écoute comme plongés dans un univers enchanté, où les rires d’enfants sont magnifiés par un soleil de brousse, et drapés d’étoffes chamarrées.

La magie opère toujours selon le même mode : des arpèges sur une guitare, un beat tranchant, un balafon qui dicte souvent la mélodie lead. Marchant avec leur temps, les Nantais intègrent ici des chants en anglais harmonisés proches de ceux employés par C2C (Farafina, Philadelphia, Blow, Noan), là où les vocalises en dioula jalonnaient jadis les spectres jazz. A croire que le remix de « Rose » par Greem et l’incomparable Atom, sorti en 2012, a parcouru les esprits du trio. A bien y regarder, les gênes étaient présents depuis le début puisque les deux DJ de C2C ont eux-mêmes œuvré au sein du groupe entre 2008 et 2010.

On pourra tout de même se languir du vieux thème d’Amali, ou du be-bop de A.d. La formule épurée du groupe ne leur permet plus de laisser libre cours aux improvisations cuivrées, voire même de laisser courir un chabada sensuel sur quatre minutes.

Si l’afro jazz s’est muté en afrobeat, on trouvera tout de même des pauses mélodiques bienvenues, avec des titres comme Titans, Anthem, et Zion. Le talent de composition de Tribeqa reste incontestable. Le groove de Never Stop en ouverture illumine notre terne printemps, avec une ligne épurée et un unisson entre balafon et sifflements. Côté électronique, le travail vocal et leurs insertions dans le morceau permettent de mettre en relief l’apport harmonique des voix féminines que l’on se plaît à réentendre.

Poursuite est sûrement la plus grande réussite de cet album. Surprenant en premier lieu, l’electro-groove de 5 minutes est exalté par ce même balafon qui approche à merveille de la saturation (tout comme sur Mr Hyde). Un brin de nostalgie nous traverse quand on atteint Tribute et la ligne de vocale de Diena Mogo revisitée dans un duo guitare-percussions en parfaite harmonie.

Experiment aurait pu être un piège, et transformer intégralement l’univers de Tribeqa en un électro facile et insipide, mais la ligne ténue qui sépare les deux mondes n’a pas été franchie. Le phœnix qui émerge aujourd’hui leur permet de présenter une musique plus accessible, en continuant de faire fi des frontières tonales et linguistiques, conservant ce brin d’Afrique dans un Nantes électronique.

Désormais, le groupe n’officie plus qu’à trois membres sur scène, mais le soutien des contrôleurs midi et du launchpad émulent sans difficulté une section rythmique. Les titres sont certainement plus structurés, et se présentent moins comme un espace libre de création. Jeu de scène épuré et nouvelle scénographie avec une mise en place lumineuse à l’effigie du groupe, la teneur live band de Tribeqa n’est plus, mais la formule fonctionne à merveille, en témoignent les deux vidéos officielles sorties en amont de l’album. 

Pour l’instant, Tribeqa n’a annoncé qu’une date à la Maroquinerie de Paris et la participation au festival Jazz à Oloron, mais laisse présager une tournée dans les mois à venir.

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