Good Grooves #33 – StaticObserver – Rabbit’s Run

Après un superbe premier E.P éponyme, le duo bordelais Static Observer nous revient empli d’une mélancolie saisissante et intriguante. Aux confins d’une pop alternative pessimiste, nourrie de trip-hop et de neo-noir, Rabbit’s Run appuie sans retenue les contrastes, et met en lumière nos plus beaux démons.

La référence au lapin n’est pas anodine… Comprenez, avec ce premier album, StaticObserver s’amuse, 45 minutes durant, à insuffler un vent d’insécurité, voire de paranoïa dans un univers parfois merveilleux, parfois fantastique, et parfois horrifique.

Si le White Rabbit poursuit sa route, c’est sans se presser cette fois. Onirique, lancinant et souvent aérien, Rabbit’s Run met en relief des mélodies minimalistes, aux fréquences élevées et aux voix haut perchées, comme seuls remparts face à une adversité omniprésente. Plus mature que le premier album, le piano y fait office de leitmotiv. Par la gamme qu’il propose, il permet au duo de passer aisément et sans complexe de percussions graves à des envolées aigües plus légères.

Faulkner s’illustre en pièce maîtresse, juste milieu d’un album aux deux faces. Un coup de carillon introduit le thème prophétique du piano, entrecoupé d’interludes vocaux, trippants sous acides dans une torpeur alcyonienne. Quand les cordes entrent en scène, elles annihilent lentement une rythmique en demi-teinte pour laisser place à une fin cataclysmique aux abords du Jungle.

Ces cordes, Static Observer en use avec parcimonie, souvent dans le but de créer le malaise, et pour annoncer la tempête redoutée après un calme aussi esthétique que dérangeant.

Un mot d’ordre nous prend la main dans ce périple labyrinthique, l’équilibre. D’une vue d’ensemble, on aperçoit des morceaux contemplatifs, aériens à souhaits, tels qu’ils n’osent toucher le sol (Open-Heart Zoo, When, Misfit), des pièces tempérées, au contraste poussif (Rorschach Litany, Elderly Piano, Peroxyde Denial) et des instants bruts proches d’un climax Hitchcockien (Faulkner’s, Clank, Nauseated). Cette succession d’ambiances harmonieusement réparties, à défaut de contribuer à la constance de notre humeur, nous permet de naviguer plus posément dans cet écrin qui nous est étranger.

Rabbit’s Run n’est pas un album pour midinettes. S’il l’est du moins, ne resteront en fin d’album qu’un talon brisé et quelques traces d’hémoglobine sur un rideau de douche, vestiges de la jeune biche qui s’y pavanait niaisement en son début. Les sentiments fusent à l’écoute. Qu’ils soient mélancoliques ou funestes, nul doute qu’ils ne revêtiront que rarement la teinte de l’espoir.

Pour autant, Rabbit’s Run reste un pièce haute en couleur dans un univers en noir et blanc, comme un film sans son, comme une bande-son sans écran.

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