Good Grooves #25 / Hozier – Hozier

Andrew Hozier-Byrne

Il y a un an, un jeune irlandais sortait un E.P nommé Take Me To Church. Passé inaperçu dans nos contrées, la production du dénommé Hozier devient vite virale sur Youtube. Le clip du titre éponyme, qui dénonce la discrimination institutionnalisée contre la communauté gay en Russie, dépasse les 35.000 vues dès le lendemain de sa mise en ligne. Ballade pop sombre, Take Me To Church prend des accents gospel et se pare d’une plume acérée pour fulminer contre l’hypocrisie religieuse et la cécité de ses fidèles.

Voilà maintenant un an qu’Hozier incubait sans se faire remarquer jusqu’à cet album, sorti il y a un mois en Irlande et dans nos bacs à disques depuis deux semaines. Hozier est un double CD, qui comprend une pièce maîtresse de 13 titres et un complément de 4 titres. En tête de file, le morceau qui a révélé son auteur ouvre de la meilleure des manières un objet à l’inspiration multiple. Si l’on met de côté quelques écarts sur la route pop-rock (Jackie & Wilson, Someone New, Sedated, Foreigner’s God), Hozier manie habilement une folk sobre, teintée de gospel et de blues (Work Song, Like Real People Do, Cherry Wine). Entre espoir et dépression, clarté et noirceur, la poésie contenue dans chacun des titres est justement appréhendée par une instrumentation et un arrangement minimalistes. In A Week en est la meilleure illustration : d’arpèges et de percussions parcimonieuses, le romantisme du texte se retrouve exalté par la douce voix d’Alana Henderson, ce qui constitue en outre la seule collaboration vocale de l’album. Plus pêchus, des titres comme To Be Alone, Angel Of Small Death & The Codeine Scene et It Will Come Back mettent à profit ce lyrisme initial en l’agrémentant d’une esthétique mélodique plus rock et d’une rythmique plus fournie.

Le blues de l’Irlande, ces terres pluvieuses et ces mecs du Nord qui grommèlent à longueur de temps, se retrouve intimement lié aux rocking chairs des wastelands américains. De complaintes en odes et d’une rive à l’autre, Hozier ne fait que peu de faux-pas dans ce premier album ambitieux. Au-delà d’une production juste et d’un sens avisé de la mélodie, il nous confirme qu’aux âmes bien nées,  la valeur n’attend pas le nombre des années, et signe d’une empreinte reconnaissable une entrée réussie dans la caste restreinte des songwritters talentueux.