Good Grooves #23 / Funky DL – Du jazz au hip-hop

Funky DL est, initialement, un rappeur anglais, mais au travers de ses dernières productions, il s’est fait maître d’oeuvre d’un beatmaking lancinant et relaxant. A 36 ans, DL est un mec qui multiplie les casquettes, au sens propre comme au sens figuré. Producteur, rappeur, beatmaker, l’homme à la quarantaine de productions n’a pas fini de nous fournir en beats jazzy et frasques funky.

Ce 22 Septembre sortait February: A Rest in Beats Tribute to the Sounds of J Dilla & Nujabes, nouvel hommage à deux monuments hip-hop.

Pour la petite histoire, J.DILLA est un producteur de rap qui a contribué à l’avènement de bien des grands noms du hip-hop comme De La Soul, A Tribe Called Quest, Busta Rhymes ou encore Pharcyde. Dilla est décédé en 2006 d’une maladie du sang en laissant derrière lui un patrimoine conséquent, mais aussi de nombreux MC orphelins.

Nujabes, lui, est un beatmaker japonais, bien connu de l’univers manga pour sa contribution à la bande-son de la série d’animation Samurai Champloo. Jun Seba, de son vrai nom, a façonné un univers hip-hop unique en insistant particulièrement sur l’ambient jazz. DJ Nujabes est décédé à Tokyo en 2010 des suites d’un accident de voiture.

Vous l’aurez compris, avec cet album, DL tend a redonner vie à deux incontournables du beatmaking. Deux génies de la machine à tourner le vinyle à la carrière prématurément écourtée. Le boulot du DJ sur les titres initiaux est intelligent. Il ne se permet jamais de dénaturer le produit, et l’utilise au contraire comme un socle solide pour son travail.

L’album se divise en deux moitiés, comme hommage aux faces A et B des disques noirs d’antan (t’entends ?). Les 6 premiers titres sont consacré à Dilla et ses instrus sombres, droites et efficaces. On reconnait aisément certains titres, quand d’autres changent totalement de couleur. Stakes Is High, par exemple, reprend la ligne de basse emblématique du morceau de De La Soul, mais l’arrangement cristallin de DL dédramatise totalement le morceau. Au 7e titre, le chill caractéristique de Nujabes s’installe. Piano en tête et instrus remasterisées, Le génie de Jun Seba n’avait jamais aussi bien collé aux prods actuelles. Enfin, mention spéciale à la descente de piano de Slow Down, reprise maintes fois mais rarement aussi bien mise en relief.

Funky DL apporte, avec ce nouvel opus, la preuve que la morphologie et le pelage différents du Jazz et du Hip-Hop ne les rend pas moins compatibles, et leur donne même l’occasion d’arborer plusieurs vies.

Tant que DL retombera sur ses pattes, les matous du quartier marcheront à l’ombre.