Good Grooves #19 / Bill Laurance – Flint

Flint est le premier album de Bill Laurance, claviériste émérite de Snarky Puppy. Jazz savant pour chronique admirative.

Snarky Puppy, on vous en a parlé ici et , mais on est loin d’avoir fini. GroundUp, leur label attitré, nous gratifie une fois de plus d’une production riche et savante.

Aujourd’hui, ce n’est pas vraiment du supergroupe qu’il s’agit mais d’un projet monté par un de leurs nombreux musiciens ; Bill Laurance. Compositeur, arrangeur, producteur, mais avant tout pianiste, Laurance sortait Flint ce 6 Mai, un premier album à la palette de couleurs jazzy, indubitablement lié à son expérience chez Snarky Puppy.

Flint est un bijou de poésie et un exemple d’arrangements. Accompagné de son imposante armée de musiciens, Laurance a réfléchi aux moindres détails et à pensé ses compositions avec une certaine aversion pour la monotonie. Les thèmes se succèdent dans la fluidité pour faire monter chaque étape d’un cran jusqu’aux dernières secondes climaxiques. Chia, la pièce maîtresse de cet album, est le meilleur exemple de ce schéma. Laurance commence et finit seul sur son piano en entonnant le thème principal. Au milieu, les sections de cordes et de cuivres viennent crescendo saisir nos tripes sur l’impulsion de Zach Brock au violon.

A chaque pièce son influence, son ambiance.

En ouverture, Neverending City annonce une ambiance cinématique et appelle à s’ouvrir aux émotions à venir. Money In The Desert insiste sur une intro patiente, avant de claquer un pattern groovy détonant. Flint jongle entre la parure jazz des thèmes, la marche funèbre des cordes et une rythmique simple et efficace. Swag Times arbore la mélodie la plus simpliste de l’album. Techniquement indiscutable, la syncope en ternit un brin l’accessibilité. Le titre sert surtout de prétexte à la prouesse de Robert « Sput » Searight sur sa batterie, dont le court solo n’a rien à envier aux belles heures de Jojo Mayer. The Good Things patiente sur un piano reverbé et une batterie jungle avant de surprendre l’auditeur par un final électronique lascif parfaitement amené. Le flanger poussif de Smoker’s Castle introduit une ambiance Dub faisant la part belle à une ligne de clavier aérienne et un solo de Laurance qui ne peut laisser que rêveur. Gold Coast et Ready Wednesday ne sont pas sans rappeler les projets de Laurance avec Snarky Puppy. Le premier revêt tout l’attirail du groupe quand le deuxième est tout simplement une approche différente d’un titre de 2011. Il est d’ailleurs intéressant d’observer la reconception de Laurance vis-à-vis de l’arrangement initial. Audrey offre enfin un court épilogue terriblement dur pour les coeurs fragiles, une ballade émotive castratrice. 

Flint fait la part belle à ses compagnons de route. L’album met en lumière une incroyable justesse d’interprétation et nous laisse entrevoir constamment l’aisance technique de chacun. Cohésion occultée, c’est à notre cher Bill que revient l’essentiel du mérite. Flint est épuré, mûri dans les fondements du Jazz, et nourri d’influences intelligemment incorporées. Il restera, sans aucun doute, un sommet des pièces Jazz de cette année.

En moins de deux jours, l’album s’est hissé en tête du top Itunes Jazz aux Etats-Unis et en Angleterre. En France il n’apparaît même pas sur la liste. Le comble ? Y squattent encore les placements intelligents d’Universal, style Gregory Porter. N’allez pas croire qu’on dénigre les majors ou leurs « produits », mais quand l’album le plus « trendy » du Itunes Jazz France est Jazz Relaxant, une compilation Jazz/Lounge qui fait la part belle aux papis du genre, sur fond de cocktail rose pétasse, il y a de quoi devenir dédaigneux. Conclusion aigrie, excusez du peu.

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