Rencontre avec Gomina

Ils avaient attisé notre curiosité il y a quelques temps déjà avec Stupid, une de ces pépites pop dont on pensait que seuls les Anglais en avaient le secret. Depuis, leur nouvel album, Prints, est sorti et commence à faire sérieusement parler de lui. Rencontre avec les quatre Caennais de Gomina, à quelques heures de leur passage remarqué dans le sous-sol de l'Hérétic pour la Get Wet Party, fin février.

On est le 28 février, il fait nuit et la pluie joue avec nos nerfs, pourtant aguerris depuis quelques jours. De l’autre côté de la rue, le concert improvisé d’Odezenne a rassemblé une petite foule de courageux devant l’entrée des Lectures Aléatoires. Devant l’Hérétic, tout est calme pour le moment. En bas, les balances se terminent. Dans l’appartement dortoir du dessus, les quatre Caennais de Gomina enchaînent les interviews depuis la fin de l’après midi. Par chance, on est les derniers à leur poser des questions. La fatigue se fait sentir, mais c’est avec le sourire que l’on entame cette énième et ultime séance promo de la journée.

Gomina dans le froid de l'appart-dortoir // Crédit photo : Justine Dulhauste pour Slapzine
Gomina dans le froid de l’appart-dortoir // Crédit photo : Justine Dulhauste pour Slapzine

Nicolas alias Gringo (batterie et chant), Peter (claviers), Julien (basse) et un autre Nico (claviers) forment ce que l’on appelle un groupe à suivre. Repérés chez nous il y a de cela quelques mois par Nova Sauvagine avec « Stupid », c’est maintenant au tour des Inrocks et MagicRPM de s’intéresser à leur parcours. Pourtant, les quatre Caennais n’en sont pas à leur coup d’essai. En 2012, ils sortent leur premier album auto-produit, Into The Sunny Gray, où figurent quelques pépites comme « Winter », « Too Long » ou « Everywhere » (elle aussi diffusée sur Sauvagine).

Le line-up n’a pas changé depuis cette époque. Gringo a eu le temps de se faire à sa fonction de batteur-chanteur, participant ainsi une longue lignée de légendes (Ringo Starr ou Phil Collins, pour ne citer qu’eux). Fonction qui, au final, est davantage un apport à leur musique qu’une contrainte. « Ça influence la manière de chanter, de composer. »

POP. Trois lettres, et un grand débat : Gomina est-il un groupe de pop ? Gringo pense que oui, même si « la manière dont notre musique est construite est pas forcément pop à la base. Elle est plutôt rock. Mais dedans, il y a des sonorités plus aériennes, proches des musiques psyché ». Mais ne les comparez pas à MGMT ou Tame Impala, sinon Peter se fâche tout rouge : « peut-être que le fait d’utiliser les synthés, ça peut faire rappeler le son de ces groupes-là. Même si je les aime bien, j’ai jamais compris et j’ai l’impression que c’est une facilité, même si ça arrive souvent… »

 

À l’écoute de leur dernier album, Prints, on est soudain envahis d’une violente envie de tout quitter et de prendre sa voiture direction la mer, toutes fenêtres ouvertes et musique à fond. Apparemment, pour Gringo, c’est normal : « souvent, les musiques que l’on écoute et qui nous accrochent évoquent des choses, que ce soient des images instantanées ou l’envie de partir en voyage. Cette évasion-là, elle fait partie aussi de notre son. Enfin, c’est ce que l’on essaye de faire. Et puis, on fait cette musique-là pour s’échapper, et quand on l’écoute, on s’échappe. » C’est donc tout naturellement que le premier single de Prints, « Stupid », a été illustré par une vidéo trouvée par hasard sur YouTube, où des jeunes gens sillonnent de longues et belles routes sur leurs skates.

 

Cette chanson, c’est un peu le tube que tout petit groupe rêve de sortir. Accrocheur, aérien, il a tout pour plaire. Et d’ailleurs, il a plu, non seulement aux radios (lors de leur date au Cap Ferret l’été dernier, le public pensait qu’ils jouaient une chanson qu’ils avaient entendue sur Nova) mais aussi aux publicitaires. On sait qu’être synchronisés sur un spot télé n’est pas vraiment quelque chose dont on se vante, en tant que groupe. Ça n’a d’ailleurs pas été simple à accepter, comme nous l’explique Peter : « c’est vrai que si on pouvait s’en passer… Mais la campagne ne durait pas trop longtemps, on n’entendait pas le morceau dans sa globalité, il était assez monté. Et puis, comme on est un petit groupe, on n’a pas beaucoup de marge de manoeuvre pour faire notre projet, donc ça nous permettait aussi de le financer. C’est un compromis, finalement. »

Le visuel occupe une place importante dans le travail du groupe. Et cela se vérifie en live, puisque pour appuyer leur morceaux, ils ont mis en place un système de vidéoprojections inspirées des visuels des années 60. Gringo explique qu’ils ont « samplé des morceaux de montages avec des produits chimiques qu’on a filmés nous-mêmes et qu’on a séquencés. On a plusieurs techniciens qui font la synchronisation en temps réel de ces visuels-là, pendant les concerts. Ça implique de ramener beaucoup de monde. »

gomina 2
Gomina live à l’Hérétic // Crédit photo : Justine Dulhauste pour Slapzine

Dommage pour nous : l’Heretic est une petite salle, et il était impossible de transposer ces visuels en ce 28 février. Mais on a facilement pu se consoler avec leur set énergique et maîtrisé, leurs morceaux puissamment enrichis et toujours sacrément bien foutus, qui ont su cueillir le public dès les premières minutes. Ils ont fait le job, et reçu les honneurs du jury, confirmant ainsi la rumeur qui courrait dans la ville : Gomina, en live, c’est génial.

Note Bienils entameront leur tournée des festivals le 4 juillet prochain à Beauregard (Caen), poursuivront leur route jusqu’aux Déferlantes (Argelès-Sur-Mer) le 11 et finiront le 12 à Musilac (Aix-Les-Bains). En attendant, allez écouter leur dernier album, Prints, paru chez Bordeaux Rock et WW2W en début d’année. Sur Deezer, sur Spotify. Ou encore de l’acheter juste .

A lire aussi

« Like a Rolling Stone » a enfin son clip.

Bob Dylan, fraîchement décoré de la Légion d’Honneur, vient de mettre en ligne un visuel pour « Like a Rolling Stone », une de ses chansons les plus marquantes et influentes.

Lire l'article

Cuvée Sonore #58 – EL CHAPO

La défonce à portée d’oreille grâce à cette cuvée sonore spéciale drogue de synthèse.

Lire l'article

OVNIS : une soirée avec les ufologues bordelais

On a passé une soirée avec des chercheurs d’ovnis et des gens persuadés qu’un complot mondial se trame pour nous maintenir dans l’ignorance.

Lire l'article

Cuvée Sonore #13 / Bande Originale

Laissez tourner en fond cette petite sélection de millésimes du grand écran.

Lire l'article

Temps de lecture similaire

Cuvée Sonore #55 – Wallabies vs Kiwis

Le savais-tu : les Néo-Zélandais sont aussi appelés « kiwis ». Non pas en référence au fruit poilu qu’il t’arrive parfois de déguster par pur sentiment de culpabilité, mais en rapport à un oiseau au physique ingrat devenu symbole de tout un peuple. Un peu comme l’image que tu auras de toi en débarquant au […]

Lire l'article

Cuvée Sonore #46 – Festival Vie Sauvage

La Cuvée des festivals de l’année s’intéresse aujourd’hui à la troisième édition du festival Vie Sauvage, qui débutera vendredi 12 juin à Bourg Sur Gironde.

Lire l'article

Du même auteur

[LIVE REPORT] Arthur Beatrice et Apes & Horses au Badaboum, Paris

Mardi 16 février, on était au Badaboum, à Paris. Et on était content d’y être, parce qu’on a assisté à deux très jolis (mais très courts) concerts, assurés par Apes & Horses et Arthur Beatrice.

Lire l'article

[PLACES À GAGNER] Foxygen et My Ant à la Rock School Barbey

Foxygen et My Ant à la Rock School Barbey le 3 Juin, ça vous tente ? Ça tombe bien, on vous fait gagner des places.

Lire l'article