Fuzati et Orgasmic à l’I.Boat

La rentrée de l’I.Boat est riche. À l’aube de son troisième anniversaire, le ferry nous a balancé une programmation, comme à son habitude, de petits nouveaux et de vieilles gloires qui font encore et toujours du bon son.

Après une longue soirée jeudi clôturée par le père de l’électro française Laurent Garnier, c’était au tour de deux des papas du rap alternatif hexagonal de nous ambiancer. Vendredi 19 septembre, Fuzati et Orgasmic, cofondateurs emblématiques du Klub des Loosers au début du siècle, étaient là pour faire découvrir au public bordelais l’album de leurs retrouvailles, Grand Siècle, sorti fin avril.

Un peu décalqués de la soirée de la veille avouons-le, et après un plat de pâtes avalé sur le pouce, nous voici en selle pour les bassins. Une bière et en route pour la cale où la première partie se termine. Zerolex, 21 ans, nous a présenté un set de beats lourd et travaillé venu de Besançon. Le public est présent, on ne doit pas être loin de la jauge réglementaire des 268 personnes (si si, il y a un panneau).

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Fuzati, en live à l’Iboat le 19/09

Public éclectique, fait d’anciens qui ont grandi au rythme du Klub et de ses nombreux albums et de jeunes, d’une génération à laquelle nous appartenons ; ceux qui sont venus au rap alternatif plus tardivement, peut être par lassitude envers le rap commercial. Le truc qui nous a sauté aux yeux en entrant, c’est le mec bourré qui danse solo au milieu de la salle, même sur la musique qui passe pendant les changements d’artistes. Une ambiance loin d’être guindée alors que nous venons voir des Versaillais, ne l’oublions pas.

La performance du duo peut avant tout être qualifiée d’efficace. Courte – programmation oblige ? – mais efficace, un Fuzati égal à lui-même, proche de son public tout en lui chiant dessus pour son consumérisme. Un Orgasmic hilare devant les cris du public, faisant carburer ses beats à coup d’Absolut . L’album a été joué en quasi-totalité, mêlé à des sons d’un âge que les moins de trente ne peuvent pas connaître. Le public connait le(s) refrain(s).

30 min après ses premières rimes, Fuzati se lance dans une impro de plus de deux minutes à partir de trois mots venant du public : véhémence, bite/beat (« merci la génération NRJ 12 » rétorque le rappeur masqué) et vaginoplastie. C’est là qu’on reconnaît la force des textes et leur portée, lorsque Fuzati reste dans son modèle de pensée tout en faisant participer le public local à coups de Gambetta et d’I.Boat dans le freestyle. Évidemment, il faut être concentré pour capter les paroles qu’il crache hargneusement dans son mic’.

Côté beat, on retrouve un mélange chiadé entre les prods classiques du Klub des Loosers et l’apport d’un Orgasmic qui a su évoluer, mêlant électro et sonorités hip hop.

Seul bémol peut-être, la durée du concert, pas plus d’une heure quinze. Mais les férus du genre et du duo en auront eu pour leur argent et auront pu crier avec Fuzati leur scepticisme envers l’Humanité et la société de consommation. Qui a dit que Bordeaux était à droite?

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