Cuvée Sonore #61 – Poésie

Consolons-nous des imbéciles en écoutant de la poésie.

On se plaît à déraciner un arbre qu’on chérit depuis des millénaires. Mieux encore, aujourd’hui nous ne coupons pas seulement la branche sur laquelle nous sommes assis, mais fournissons la scie au bûcheron qui ne voit en cette plante qu’une matière première et son pendant utilitaire. Non contents de détruire notre héritage au gré d’erreurs usuelles bientôt communément admises, nous faisons tomber cette structure naturellement magnifiée par le temps, emplie d’une sève qui par l’ambre qu’elle serait devenue, aurait préservé un fragment de ce qui nous fait aujourd’hui nation. Sans tomber dans des écueils extrémistes, il semble pourtant évident que la mutation que l’on assène est l’amorce d’une boucle… à la fin d’une corde nommée ignorance.
Qu’auriez-vous à me dire ? Ne remettons pas en question des méthodes d’enseignement désuètes et incontestablement faillibles, mais voguons au fil d’une génération qui s’affranchit sans scrupule de son passé ? On peut prétexter le libre-arbitre, intenter un procès contre les conservateurs, leur expliquer que dans la contrainte subsiste le choix, et avec lui la liberté de s’exprimer au travers de ces conventions archaïques. Nous sommes en train de donner raison à une génération dont l’illettrisme n’était déjà plus à prouver, et pour qui la bienséance linguistique se résume à un vaste souvenir, aussi pourri que cet arbre centenaire transformé en manche de ventouse à chiottes. Et merde.

Alors on se console, tant bien que mal, nous, vieux cons avant l’heure avec quelques titres honorant la poésie que vous reniez allègrement.