Bankrupt! – Phoenix

Quatre années se sont écoulées depuis le très grand Wolfgang Amadeus Phoenix, et les versaillais étaient attendus au tournant pour la sortie de Bankrupt ! le mois dernier.

Comme disait mon arrière grand-père, hipster avant l’heure, l’indé c’est plus ce que c’était.

Bankrupt ! Ose, surprend, déroute, mais surtout et avant tout, déçoit, pourtant l’album est produit chez Glassnote Records, comme le précédent, ce devrait être un bon signe. La couverture est minimaliste, soft, épurée (de patate). Elle représente une pêche sur un fond gris. Mais après écoute on se dit que c’est sûrement une compensation du manque d’énergie, de saveur et de couleur des 11 titres qui le composent ( ? ou 81 si on compte les bouts de titres pas finis de Bankrupt ! diaries).

Les sonorités nippones sont mises à l’honneur, comme on avait pu l’entendre dans Entertainment, le joli single formaté pour la radio. La chanson porte très bien son nom, elle divertit le monde tant et si bien qu’elle en ferait bander Pascal Nègre à la première écoute. Tout est surfait, les arrangements couvrent salement le produit, comme si la qualité passait par la surproduction. Ce serait presque aussi décevant qu’une boîte de foie gras remplie de pâté. Bien-sûr on se dit que ce n’est qu’un petit faux pas, un petit détour par le chemin de l’industrie sur une chanson ne veut pas dire que l’album ne roule pas sur la route de la qualité. Assez d’Entertainment , attaquons donc le fond du problème : tout le reste.

The Real Thing nous propose une petite intro suivie d’un GROS SON. Les basses sont lourdes, et font péter l’equalizer a chaque coup de grosse caisse. Le titre est très niais, et jamais on ne s’imaginerait que Phoenix est derrière cette mascarade si la voix de Thomas Mars ne venait pas nous le rappeler. Les synthés (omniprésents sur tout l’album) et les samples s’entrelacent dans un énorme brouhaha, avec encore un ou deux petits tours par le pays du soleil levant par moments pour clore le tableau.

S.O.S in bel air ressemble un peu plus à ce qu’on s’attend entendre sur le plan mélodique. Néanmoins, le problème persiste. Outre les ponts, il y a trop d’arrangements, trop de synthés différents, trop de son et ça vous pourrit l’écoute au bout de 10 secondes.

Trying to be cool ne casse pas trois pattes à un canard non plus. La chanson traine et lasse son public. Le beat « boum-clap » se veut entrainant mais rares seront ceux qui souhaiteraient bouger un orteil pour un pareil bordel auditif.

On arrive au moment où ça devient intéressant. Le titre éponyme se lance, 5e chanson de l’album. L’intro dure 2 minutes, et osons mettre les mots sur les idées : on se fait carrément chier. On peut les excuser, après tout n’est pas Pink Floyd qui veut. Le morceau se lance enfin et là … Jean-Michel synthé, accompagné de son fameux arpeggiator, vient nous balancer des grosses basses à nous flinguer les oreilles. C’est très très loin de la conception commune de la « mélodie ». Heureusement ça ne dure pas longtemps, puisque PLEIN de synthés « arpeggiés » viennent se monter dessus pour créer quelque-chose que seuls eux ont du comprendre. On réalise enfin, au bout de 4mn30 qu’en fait c’était toujours une intro. On regrette de s’être bouffé les lèvres, arraché les sourcils, et tiré les poils du nez pour ne plus y penser, on aurait juste du faire l’impasse dessus. Le chant arrive, dans un moment plutôt calme où il n’y a qu’un synthétiseur (OUI ILS L’ONT FAIT), puis on voit venir la fin de la chanson, au bout d’une minute de chant, une fin improbable en decrescendo qui nous amène à cette conclusion : pourquoi ? (prenez une feuille et un stylo vous avez deux heures!)

Drakkar noir, Chloroform et Don’t se refilent les grilles d’accord et la mélodie. On croit entendre 3 versions du même titre. Et même si on l’aimait bien cette chanson, faut pas se foutre de notre gueule, on est pas venus pour écouter Jean-Jacques Goldman. Aucune des trois ne vaut le détour, alors écoutez-en une ça suffira.

Bourgeois s’illustre comme la balade de l’album. La mélodie est plutôt sympa si on fait abstraction des passages qui font des « cha-la-la-la-la-la-la » tout à fait faux. Le refrain est encore une fois tout à fait niais et, once again, on se tourne les pouces pour passer le temps.

Enfin Oblique City, qui ne déroge pas à la règle. Tout est réuni, le vacarme, un beat à la Cindy Lauper (et encore c’est pas sympa pour Cindy), des synthés à balle, un petit changement de tonalité à la fin histoire de dire qu’ils ont travaillé un minimum sur la mélodie. On aperçoit une guitare à la fin de la chanson, qui s’enfuit aussi vite qu’elle est arrivée pour clore 10 titres qu’on voudra oublier et ne jamais avoir connu, surtout de la part d’un groupe qu’on aimait vraiment bien.

Je m’abstiendrai de développer le Bankrupt ! Memories, exclusif à la version « Deluxe »,qui se compose de 71 bouts de chansons de 10secondes, qui se coupent tout à fait soudainement, et n’ont aucune logique les uns envers les autres. Je ne subirai pas la perte d’une heure de ma vie à écouter cette mise en abime ou je ne sais quoi, j’en ai ma claque.

Je considère à ce jour que Phoenix est mort, mais j’espère secrètement qu’il trouvera la force, un jour, de renaître de ses cendres …

 

J.B.M

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