On ressort les VHS de ta grand-mère: True Romance, Tony Scott, 1993

Envie de redécouvrir les films qui ont bercé ton enfance? Avec la rubrique ciné Les VHS de ta grand-mère, Slapzine propose de dépoussiérer les vieilles cassettes qui pourraient traîner dans ton grenier familial. Chaque semaine, nos critiques se pencheront sur une pépite, avec deux contraintes:
- Le film doit être sorti avant le 31 décembre 1999, date symbolique du début du génocide des VHS par le Digital Versatile Disc
- Chaque critique doit être liée à la précédente par le réalisateur, l'un des acteurs ou la thématique.

Après la chronique de la semaine dernière, consacrée à Waterworld, nous avons choisi de suivre l’acteur Dennis Hopper, qui incarne le grand méchant borgne du film post-apocalypto-aquatique.

La carrière du génial Hopper, décédé en 2010, est peuplée de personnages déséquilibrés: le Diacre de Waterworld, mais aussi les psychopathes de Blue Velvet et Speed, ainsi que le photographe d’Apocalypse Now. Mais cette semaine, nous nous penchons sur un film où il joue un de ses rôles les plus complaisants de sa filmographieTrue Romance, dans lequel Hopper incarne le gentil papa du personnage principal. Le film, réalisé par Tony Scott, est sorti dans les salles françaises en novembre 1993. Si vous ne connaissez pas, alors le casting devrait vous mettre l’eau à la bouche.

 

Bon ok, Samuel L. Jackson apparaît très brièvement. Que les groupies du physique de Brad Pitt passent aussi leur chemin: déguisé en Truman (l’animateur québécois de Nos jours heureux) il incarne le coloc de Clarence et passe le plus clair de son temps à se couler des douiller sur son canapé.

 

Le pitch du film, sans spoiler

True Romance, comme son nom l’indique, c’est une histoire d’amour. Elle commence dans une salle de cinéma de Détroit, par la rencontre de Clarence (Christian Slater), vendeur de comics fan d’Elvis et de films de kung-fu, avec une call girl espiègle nommée Alabama (Patricia Arquette). Ce qui devait être une histoire d’un soir devient finalement une relation fusionnelle.

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Oups, Alabama a fait tomber son pop-corn sur Clarence. Attention, technique de drague infaillible.

 

Lorsqu’il apprend que sa copine a été maltraitée par son ancien mac, Drexl, Clarence décide de faire le bonhomme et d’aller toquer chez ce dernier pour qu’il laisse tomber son ancienne employée. Drexl est incarné par un Gary Oldman taré, dont le style « rasta blanc » lui a été inspiré par un technicien présent sur son film précédent, Romeo is Bleeding.

 

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Gary Oldman campe Drexl, un petit escroc à la gâchette facile et au vocabulaire fleuri.

 

Pas de chance pour les deux tourtereaux: Drexl a beau être brutal et hideux, il n’est cependant pas l’homme le plus dangereux du film. Car Clarence va s’attirer les foudres de la mafia sicilienne de Détroit en dérobant à Drexl, sans le savoir, une valise remplie à ras bord de cocaïne.

Christopher Walken prête ses traits glaçants au chef de la pègre locale, Vincenzo Cocotti. Il est accompagné par son homme de main Virgil, campé par l’imposant James Gandolfini, toujours à l’aise dans un costume de gangster. Incrédules mais conscients du danger, Clarence et Alabama partent vers la Californie pour se débarrasser de la dope et ainsi fuir le pays. Ils sont aidés par Clifford, le papa flic bienveillant de Clarence, joué par Dennis Hopper.

 

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Comme Willem Dafoe ou Alan Rickman, les rôles de mecs sympas sont rares sur le CV de Dennis Hopper.

L’ombre de Tarantino

Vous l’aurez peut-être compris, True Romance n’est pas vraiment du cinéma à l’eau de rose. Réalisé par Tony Scott, frère de Ridley et déjà connu pour avoir signé Top Gun en 1986, le film avait choqué le public lors de sa sortie. La faute à de nombreuses scènes de confrontations, faisant voler les gouttes de sang, les éclats de verre et les plumes d’oreillés perforés. C’est parce que l’ombre de Quentin Tarantino plane sur le scénario.

Roger Avary, son collaborateur et coloc’ de l’époque, avait développé dans les années 80 une histoire de road movie autour d’un couple. Une partie de son scénario sera ensuite repris par Oliver Stone pour Natural Born Killers, autre film ultra-violent narrant la cavale d’un couple de tueurs, incarnés par Woody Harrelson et Juliette Lewis. Impliqué dans un autre projet, Avary laisse à Tarantino le soin de prélever l’essentiel de son histoire, afin de sortir True Romance. Tony Scott se basera sur la partition de Tarantino, mais tournera une toute autre fin… Que nous éviterons de développer pour ne rien spoiler.

La scène culte

 

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La scène des Siciliens, ponctuée par le rire jaune de Christopher Walken.

 

Le film transpire de style tarantinesque: en dehors des effusions de sang, on y trouve aussi ces fameuses conversations qui partent d’une anecdote. Si Pulp Fiction a eu en 1996 son débat sur le « Quarter Pounder- Royal Cheese« , True Romance a sa « scène des Siciliens ».

Cette séquence réunit face à face Christopher Walken et Dennis Hopper dans une ambiance électrique. Le premier cherche sa valise de poudreuse alors que le second fait tout pour protéger son fils. Le père de Clarence va alors défier les mafieux en leur répétant qu’à cause des invasions mauresques, tous les Siciliens ont du sang noir dans leurs veines. Le parrain s’esclaffe, mais dans le fond il est super vexé. Cette scène mémorable est magnifiée par le Duo des fleurs, célèbre air d’opéra qu’on a pu entendre plus récemment dans Bronson de Nicholas Winding Refn.

Une des bonnes idées du film, c’est aussi de matérialiser la conscience de Clarence. Ce véritable coach mental apparaît dans le dos du personnage principal dès que celui-ci manque de confiance. Si le visage du mentor n’est jamais dévoilé, on devine à sa voix et à sa veste scintillante qu’il s’agit d’Elvis Presley, l’idole de Clarence.

I like you Clarence. Always have, always will

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« Allez Clarence, montre-leur que t’es un winner! »

L’indice

Ce personnage du mentor sera notre lien vers notre chronique de la semaine prochaine. L’acteur vêtu de cette veste pailletée est, comme Christian Slater, un acteur des années 90 qu’Hollywood a enterré trop tôt. Avec True Romance, il signe sa deuxième collaboration avec Tony Scott après Top Gun. Il est donc au casting de notre prochaine VHS dépoussiérée, qui se penchera sur les événements d’O.K. Corral.

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