On ressort les VHS de ta grand-mère : Garde à vue, Claude Miller, 1981

Envie de redécouvrir les films qui ont bercé ton enfance? Avec la rubrique ciné Les VHS de ta grand-mère, Slapzine propose de dépoussiérer les vieilles cassettes qui pourraient traîner dans ton grenier familial. Chaque semaine, nos critiques se pencheront sur une pépite, avec deux contraintes. Primo, le film doit être sorti avant le 31 décembre 1999, date symbolique du début du génocide des VHS par le Digital Versatile Disc. Secundo, Chaque critique doit être liée à la précédente par le réalisateur, l'un des acteurs ou la thématique.

Après avoir vu ce que pouvait donner Douze hommes en colère dans un huis clos, on s’est dit qu’on allait tenter l’expérience à trois. Le résultat, c’est Garde à vue de Claude Miller sortie en 1981, ou l’histoire d’un affrontement de haut vol à coups de punchlines Audiardesques et de contestations d’alibi. Assieds-toi, prends un café et n’appelle pas encore ton avocat.

Le pitch 

L’histoire se déroule aux alentours de Cherbourg, dans un commissariat pendant la nuit de la Saint Sylvestre. Il est 21h tapante, quand un policier suivi d’un homme en costume de soirée pénètre dans une salle froide et grisâtre. 

Jérôme Martinaud (Michel Serrault) ou Maitre Martinaud pour les non-intimes, est notaire. Et si on l’a dérangé en plein réveillon, c’est pour l’entendre sur une affaire sordide. Deux petites filles violées et assassinées à seulement deux semaines d’intervalle. Et il se trouve que Martinaud était dans les parages à chaque fois. Tiens d’ailleurs, c’est même lui qui a trouvé le corps de la dernière fillette. Toute bonne personne ayant vu un ou deux Columbo s’accordera pour dire que c’est plutôt suspect.
Et c’est effectivement la pensée du deuxième homme qui vient de pénétrer dans la salle à l’instant même. Cet homme, c’est Antoine Gallien (prononcé GalliHEIN), inspecteur incarné par Lino Ventura. Lui et son adjoint, Marcel Belmont (Guy Marchand) vont devoir tirer les vers du nez d’un Martinaud aussi coriace que provocateur. 

Et vous vous doutez bien qu’en vue du titre du film, le simple « On a besoin de quelques éclaircissements » va vite se transformer en …

Capture d’écran 2016-01-26 à 15.20.13
« «-Comment ça je ne pars pas ? Ah oui mais alors là attention mes beaux amis parce que vous n’avez plus tellement de possibilités. Ou c’est la relaxe pure et simple, ou la garde à vue ou bien vous me déferez au parquet. -Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’aimerais assez la garde à vue »

Et là, les choses se compliquent pour Martinaud. Gallien « rembobine le film des évènements » et met le doigt là où ça fait mal. Incohérences, maladresses et mensonges s’enchainent rapidement. Et l’intervention de Madame Martinaud (Romy Schneider), qui aurait pu mettre à l’époque sa relation Facebook sur « c’est compliqué », ne va pas arranger les choses.

Bien sûr, vous délivrez la conclusion de cette soirée relèverait d’un crime passible d’une garde à vue réglementaire. Mais si vous vous donnez la peine de vous procurer une copie de ce film, on vous promet un twist final aussi inattendu que glaçant. 

Un face à face en huis clos

Inspiré d’un roman de John Wainwright intitulé À table ! (ou Brainwash), le scénario de Garde à Vue est à la fois simple -et pourrait ressembler à n’importe quel épisode de Julie Lescaut en fait- mais d’une efficacité sans faille. 

Et pourtant, croyez-le ou non, l’intrigue et son dénouement, on s’en bat les steaks. Garde à vue est avant tout une lutte, une joute verbale cuisinée aux petits oignons entre deux hommes incarnés par deux monstres du cinéma français.

Garde à vue screen 2
« Alors pour toi, il est coupable ou il est pas coupable ? – Quand j’ai vu le dossier, oui, et puis quand je suis devant lui, bah, je suis moins sûr. Voilà. »

Pas de stéréotypes ici du bon et du méchant flic, de la vitre sans teint ou de coups de bottin téléphonique. Non, seulement 3 hommes qui conversent autour d’une affaire sordide et tente de reconstituer sans ménagement le déroulé d’un acte monstrueux tout en déroulant un portrait au vitriol d’un mal-être de la société et surtout des personnages torturés.

Si le premier nom qui retient l’attention lors du choix de ce film fut sans conteste Lino « Badass » Ventura (qui a marqué les esprits, le mien y compris, comme étant le mec qui joue du akimbo silencieux dans Les Barbouzes, et distribue des bourre-pifs à la chaine dans Les Tontons Flingueurs), il est ici un peu en retrait face à la prestation de Michel Serrault. Si on avait plutôt l’habitude de voir ce dernier dans des rôles comiques voir potaches (Oui, La Cage aux Folles, on sait). Il prend ici tout le monde de court en effectuant un virage à 180°C  dans sa carrière et inaugure ses futures interprétations dramatiques. À la fois provocateur, cruel, et calculateur, tout en étant honnête et tourmenté, Serrault est sans conteste l’homme de ce film. Michel Audiard qui a d’ailleurs écrit le rôle pour lui, dira même après sa prestation : « Il est le plus grand acteur du monde ». Rien que ça. C’est donc en toute logique qu’il recevra d’ailleurs pour ce rôle son second césar du meilleur acteur. Amplement mérité.

Capture d’écran 2016-01-26 à 16.38.37

En parlant d’Audiard, si on sent bien sa patte si irrévérencieuse pour les dialogues, ces derniers sont moins… »percutants » qu’a l’accoutumé, mais néanmoins beaucoup plus incisifs. Le dialoguiste s’est davantage concentré sur le caractère et l’image que nous renvoient les personnages, et cela se ressent par leurs paroles. Et si on était tenté de faire un top 10 des punchlines de Garde à vue, on se contentera de celle-ci qui résume au final assez bien le personnage de Martinaud : 

 » Vous permettez que j’aille m’ouvrir les veines aux toilettes ? »

Les seconds rôles et leurs interprétations à la fois par une Romy Schneider glaciale qui signe ici son avant-dernier rôle et un Guy Marchand salaud, récompensé pour l’occasion sont aussi à souligner.

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Sur les 1h23 que dure le film -ce qui est relativement court- on n’a pas vraiment le temps de souffler et on en oublierait même de respirer, car bon dieu, l’ambiance est étouffante. Le huis clos est parfaitement exploité dans cette salle de garde à vue (malgré quelques libertés). La moindre parole est consignée, la moindre maladresse de Martinaud aura pour résultat une saillie d’un Lino Ventura en inspecteur implacable. Enrober le tout avec une esthétique glauque comprenant le combo néon qui tressaute, cliquetis de la machine à écrire, et ambiance morose et grisâtre d’un réveillon pluvieux…Votre écran sentirait presque le café bon marché et le tabac froid (on a compté d’ailleurs 14 clopes grillés en 1h23 et on ne peut s’empêcher de faire un petit coucou à loi Evin).

Garde à vue screen 5
Bon, okay il y a bien UN stéréotype dans ce film. Le poster « Femme à poil » dans le fond.

Bref, Garde à vue n’impressionnera pas autant que Douze homme en colère dans sa maitrise du huis clos, mais il reste par ses dialogues et ses acteurs, un must-see du cinéma français.
Ah oui et pour finir, il y a eu un remake américain nommé Suspicion (2000) de Stephen Hopkins avec Gene Hackman, Morgan Freeman et Monica Bellucci. Aucune idée de ce qu’il vaut cependant. 

L’indice

Si Garde à Vue est aussi efficace, c’est sans conteste grâce au talent de dialoguiste de Michel Audiard. Et rassurez vous on en a pas fini avec lui puisque nous exhumerons dans la prochaine chronique une autre perle de sa filmographie.

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