On ressort les VHS de ta grand-mère : Waterworld, Kevin Reynolds, 1995.

Les VHS de ta grand-mère reprennent: après la Jetée de Chris Marker, place à Waterworld, une autre vision de l'apocalypse au cinéma.

Les VHS de ta grand-mère est la seule chronique ciné de tous les internets où on pourra passer sans scrupule de Chris Marker à Kevin Costner. Deux règles nous serviront de fil rouge désormais :

  • Chaque critique devra être liée à la précédente par le réalisateur, l’un des acteurs ou la thématique.
  • Le film doit être sorti avant le 31 décembre 2000, date symbolique du début du génocide des VHS par le Digital Versatile Disc.

Après La Jetée, c’est au tour de Waterworld, autre film « post-apocalyptique », réalisé par Kevin Reynolds en 1995 avec un autre Kevin dans le rôle principal, le même qui a incarné dans sa filmographie un prince des voleurs, un garde du corps, un garde-côte, et un postier. Ce film a souvent été comparé à Mad Max, et hormis le désert de sable qui succède à l’océan, les deux films partagent effectivement le même ADN.

La première scène

Voix off : Le futur…Les glaces des pôles ont fondu et la Terre repose sous une masse d’eau. Ceux qui ont survécu se sont adaptés à un monde nouveau.

Sur cette prophétie apocalyptique, l’océan s’étend à perte de vue. On ne distingue qu’une petite forme minuscule glissant sur la mer infinie. Un trimaran tout rouillé se dessine sur ce paysage, aussi paisible qu’impitoyable. Ce n’est pourtant pas le Vendée Globe. À son bord, un homme seul, de dos, scrute l’horizon. Il est pris d’une soudaine envie de pisser. Plutôt que de mêler ses fluides à l’océan, il recueille le précieux liquide dans une machine rafistolée qui recycle aussitôt la pisse et la transforme en eau potable. Le corps humain à circuit fermé. Mais où en est arrivée l’humanité pour recycler ses propres excréments ?

Après l'apocalypse, les survivants passent leur journée à uriner face à l'horizon, comme pour défier la nature en disant "On est toujours là" (en haut Waterworld, en bas Mad Max: Fury Road
Après l’apocalypse, les survivants passent leur journée à uriner face à l’horizon, comme un ultime affront à la nature (en haut Waterworld, en bas Mad Max: Fury Road)

 

Ce que l’on comprend

Waterworld nous montre un monde où la COP21 a échoué et où l’apocalypse aquatique a déferlé sur les continents, obligeant les survivants à se réfugier sur des atolls artificiels et sur des rafiots construits en boîtes de conserve. Le personnage principal, dont on n’apprendra pas grand chose – hormis qu’il possède des pieds palmés et des branchies – est un marin peu loquace qui survit en pêchant en eaux (très) profondes et arrache aux fonds marins des vestiges de l’ancien monde, l’archéologie aquatique et les concours d’apnée avec lui-même étant les seules distractions qui lui restent.

A force de faire des films aussi peu respectueux de l'environnement, les hommes vont effectivement réussir à faire fondre la banquise
A force de faire des films aussi peu respectueux de l’environnement, les hommes vont effectivement réussir à faire fondre la banquise

La suite du film en avance rapide

Après avoir évité une embuscade des « smokers », les barbares à jet-ski, notre loup de mer accoste un atoll artificiel occupé par une communauté de pêcheurs et de commerçants inoffensifs. Enfin pas si inoffensifs, puisque, découvrant que Kevin Costner est 50% homme 50% poiscaille, ces ignares vont l’enfermer dans une cage et le condamner à mort.

Mais l’atoll est attaqué peu après par les smokers, commandés par l’impitoyable Diacre. Les combats créent une diversion qui permet à Kevin de s’échapper en compagnie d’une mère et de sa fille, petite peste au demeurant. Le marin découvre un tatouage sur le dos de la gamine qui semble indiquer une route maritime.  On comprend alors que ce dessin indique la position de Dryland, un Eden mythique qui abriterait les derniers vestiges de la civilisation ET une terre nourricière. Mais cette carte intéresse aussi les Smokers, qui vont tout faire pour mettre la main sur cette fillette.

kevin
Kevin Costner incarne un marin solitaire et peu loquace

 

We need to talk about Kevin

Un mot sur Kevin Costner. Il incarne l’archétype du héros post-apocalyptique, taiseux à la Max Rockatansky, badass à la Snake Plissken. L’étranger dont on ignore le nom et le passé va d’abord susciter la méfiance auprès des hommes qu’il rencontre, puis va finalement se rendre indispensable. Comme Max dans les films de George Miller, Kevin Costner passe au cours du film de la figure de l’étranger menaçant à celle du sauveur, lui conférant une dimension quasi-messianique.

Dennis Hopper incarne le bad guy du film
Dennis Hopper incarne le bad guy du film

 

L’atout du film

Face à un Kevin Costner aussi peu loquace, il ne fallait pas moins qu’un Dennis Hopper en roue libre. Après avoir troqué sa moto d’Easy Rider contre une épave flottante, Dennis offre le rôle le plus cabotin de sa longue carrière. Et ç’en est presque tragique puisqu’il s’agit là du dernier rôle notable de l’un des plus grands acteurs du Nouvel Hollywood. Capable de sublimer la folie comme le photo-reporter égaré dans Apocalypse Now ou le voyou tourmenté dans Blue Velvet, Dennis Hopper incarne ici le Diacre, le bad guy de l’histoire qui a toujours une bouteille de Jack Daniels à la main. Ce personnage, aussi mégalo que chauve, va mettre des bâtons dans les hélices de Kevin Costner tout au long du film.

 

La postérité

20 ans après sa sortie, Waterworld est retombé dans les abysses. Considéré comme une série B tout juste digne d’un dimanche après-midi sur RTL9, ce film a pourtant suscité beaucoup d’espoir avant sa sortie, le réalisateur ayant promis un « Mad Max aquatique ». Mais si George Miller est revenu du désert en cette année 2015 avec son reboot épileptique, Kevin Reynolds a sombré avec son équipage après ce film. Depuis les années 2000, il n’a plus rien produit de convaincant… caractéristique qu’il partage avec Kevin Costner. En même temps, Kevin n’était pas un prénom destiné à durer au-delà des années 90.

Trop blockbuster pour être un nanar, trop sympathique pour être un pur navet, ce film vaut le coup d’être vu, rien que pour les décors naturels mêlant carton, taule et métal rouillé. Et pour entendre Dennis Hopper sortir cette réplique:

Si vous avez la gentillesse de remarquer la façon dont le sang pisse de mon crâne, vous serez d’accord pour dire qu’on a tous eu une journée dégueulasse !

Un spectacle au parc Universal Studios en Californie a d’ailleurs été créé après la sortie du film, sorte de mélange entre Le Puy-du-fou et Aquapark, où des comédiens paradent un jet-ski dans une arène et se foutent sur la gueule pendant une heure à grand renforts d’effets pyrotechniques. Mad Max, lui, n’ a eu le droit qu’à un musée minable dans le désert australien.

 

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