Yesonme expose au NODE à Bordeaux. Rencontre.

Travaillant en noir et blanc, ses créations rassemblent tout un univers underground allant de la simple typographie à des personnages complètement barrés. Le coup de crayon est agile et fringant. Un talent prometteur à l'imagination débordante.

11 heures du mat’, rue des remparts à Bordeaux. L’illustrateur Clément Arnaud aka Yesonme me reçoit chez son frère et sa copine où il squatte en attendant le vernissage de son exposition. Toutes les oeuvres sont prêtes, numérotées, bien emballées, et n’attendent plus qu’à se faire reluquer.

Travaillant en noir et blanc, ses créations rassemblent tout un univers underground allant de la simple typographie à des personnages complètement barrés. Le coup de crayon est agile et fringant. Un talent prometteur à l’imagination débordante.

Rencontre.

Crédit photo: T.A.D
Crédit photo: T.A.D

 

Veuillez décliner votre identité s’il vous plait.

Je m’appelle Clément, j’ai bientôt 22 ans (dans une semaine), je suis illustrateur indépendant. J’ai fait un lycée en art appliqué, puis je suis monté à Paris pour faire un BTS en communication visuelle. Ensuite j’ai bossé en tant que graphiste à l’école du Louvre. J’étais en agence de communication, mais ce n’était pas du tout ce qui me plaisait. Je voulais vraiment travailler avec le client, donc j’ai arrêté tout ça pour me mettre en indé.

Tes premiers coups de stylo ?

Je dessine depuis que j’ai deux ans. J’ai toujours pris le crayon, gribouillé, mais je n’ai jamais pris de cours de dessin. J’ai fait ce que j’avais envie de faire. C’est comme ça que j’ai réussi à trouver mon propre style.

Justement, comment définirais-tu ton style ?

Au niveau de l’illustration, j’ai toujours été impressionné par les dessins très techniques que l’on peut voir chez des peintres comme De Vinci, avec un trait de crayon très précis. Et en même temps j’aime beaucoup tout l’univers de la bande dessinée underground américaine des années 70, comme Daniel Clows, Robert Crumb, qui m’ont énormément influencé dans mon travail. C’est aussi pourquoi je travaille uniquement en noir et blanc. Mon style mixe à la fois ces classiques et également tout l’univers du tatouage, du graff, parce que je fais aussi de la typographie. Tout ce qui se rapproche de la rue en réalité.

Crédit photo: T.A.D
Crédit photo: T.A.D

Pourquoi te cantonner au noir et blanc ?

J’ai beaucoup bossé en couleur quand j’essayais de trouver le style que je voulais faire. Mais je préfère travailler le noir et blanc, parce que l’idée que je veux donner dans mon dessin est plus facilement transmissible par le noir. Je trouve que la couleur apporte trop d’informations, on n’arrive pas à se faire une idée propre au dessin, qui, lui, est juste là pour apporter un concept, une idée. En fait, la couleur est juste une ornementation, même si je trouve ça très beau sur certains dessins. Crumb en a déjà utilisé par exemple. Mais le noir sur du papier blanc est pour moi ce qu’il y a de plus clair et de plus simple à lire. Le dessin doit parler de lui-même. Comme disait Soles : « Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte ».

As tu exploré d’autres techniques ?

Oui bien sûr. J’ai fait ce que j’avais envie de faire sur le moment. Je suis passé par le pochoir, la photo, par différentes matières, techniques, différents matériaux… Mais ce sont des délires éphémères, genre deux semaines. Je vois un truc, j’essaye la technique, ça me plait, ça me plait pas… Mais c’est comme ça que j’ai réussi à déterminer ce qui me plaisait vraiment. Et moi, c’est un stylo noir et du papier, simplement. Et je fais aussi des tatouages.

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Ta playlist idéale pour dessiner ?

J’écoute beaucoup de musique quand je dessine parce que ça me permet de me concentrer sur autre chose que sur mon dessin. En fait je réfléchis rarement quand je dessine, j’ai mon idée et ça coule quasiment de source. Donc j’écoute pas mal de hip-hop pour m’évader: des grands classiques comme du nouveau.

Tu as déjà collaboré avec des marques comme Element ou Wesc. Comment s’est fait la rencontre ?

Je connaissais un  mec qui bossait à Wesc. Il m’avait vu dessiner et m’a proposé de faire une soirée dans une de leur boutique, dans le 10ème à Paris, pour exposer mes dessins. Le vernissage a eu lieu en mai dernier. Et pour Element, j’ai rencontré un skateur qui était sponsorisé par la marque, il  m’a proposé de personnaliser ses grips. C’était juste une collab’ avec ce mec.

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Est-ce que tu peux nous parler des personnages complètement barrés visibles sur ton site ?

En fait, je les ai créés pour l’exposition de Bordeaux. C’est ce que j’appelle des mascarons, comme le nom des têtes que l’on retrouve au dessus des portes dans l’architecture bordelaise. Ce sont des têtes satiriques qui ont été sculptées pour essayer de casser l’architecture classique de Bordeaux. Je les ai observées longuement dans tout Bordeaux et j’ai repris le concept avec mon style. J’ai donc créé 36 têtes 50×50 cm sur des plaques en bois, pour pouvoir faire un petit clin d’oeil à la ville.

Première grosse expo à Bordeaux, comment le sens-tu ?

Plutôt bien. C’est hyper détente comme boulot. J’ai rencontré les gars du NODE en juin grâce à mon frère qui a fait son stage là bas. Je leur ai présenté mon travail et on a décidé de faire cette exposition. Ce qui est cool, c’est qu’ils m’ont laissé une totale liberté sur l’organisation de l’événement. Je bosse sur l’expo depuis juillet. J’ai sélectionné des dessins que j’avais fait pour Wesc et j’ai créé des pièces spécialement pour Bordeaux, comme les mascarons, d’autres illustrations réalisées sur des planches, un livre édité à 100 exemplaires où l’on retrouve une grande partie de mes créations… En tout il y a aura une trentaine d’oeuvres, plus deux vidéos en supplément. C’est plaisant pour moi, il n’y a pas forcément de stress. Juste pour les derniers petits trucs à régler mais rien de très chiant.

info

Tes oeuvres seront exposées pendant deux mois au NODE, et ensuite ?

Ensuite ? Je pars à Londres en février pour quatre mois. Je vais travailler en tant qu’indépendant là bas. Pour l’instant je prends tout ce qui passe, j’essaye de kiffer le plus possible ce que je fais. Avec ce métier je gagne pas des mille et des cents, ça ne me permet pas de vivre tous les jours, donc je fais des petits taffs à côté. Mais à partir du moment où j’ai le temps de faire ce qu’il me plait, ça me va très bien.

 

Exposition visible du 10/01/2014 au 28/02/2014 au NODE à Bordeaux, 12 rue des Faussets, quartier Saint-Pierre. 

Entrée gratuite.

Vernissage le vendredi 10 janvier de 19h à 23h.

L’ensemble des oeuvres sera en vente lors de l’exposition.

[ UPDATE ]

La vidéo de la soirée :

 

 

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