[ITW] Riky Kiwy expose ses trainwriters à Bordeaux

Un train. Un graffeur. Et Riky Kiwy en retrait avec son appareil photo. Pellicule argentique. Le photographe italien s'est spécialisé dans la photographie de ceux que l'on appelle les "trainwriters". Depuis 2005, son nom tient le haut de l'affiche dans ce domaine. Il présente son livre "un train peut en cacher un autre" à partir de ce soir à l'Envers. Rencontre.

« C’était dans la banlieue de Milan, un simple « back jump », le train arrive en gare, les types savent qu’il repart dans 10 minutes. Donc ils se dépêchent pour le graffer. C’était marrant parce que quelqu’un était présent sur le quai. Il nous regardait tranquillement puis a appelé un mec de la sécurité. Mais il n’a rien pu faire parce qu’on était six ou sept. Il nous demandait de partir, mais nous n’avons pas bougé. Tout était contrôlé : le poste de police était à 3km, donc on avait largement le temps de finir avant qu’ils arrivent. À ce moment-là, tu es super excité, c’est ça qui est bien dans le trainwriting. »

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Un aperçu de l’exposition.

Des histoires comme celle-ci, Riky Kiwy, 32 ans, en a à propos de chaque photo exposée sur les murs de la galerie. Pour en savoir plus sur l’univers des graffeurs de trains en Europe et cette relation particulière entre graffiti et photo, nous avons rencontré ce passionné des deux disciplines à la veille de l’ouverture de son exposition Un train peut en cacher un autre, titre éponyme de son premier livre, au 19 rue Leyteire.

Peux-tu nous parler de ta passion pour la photographie des trainwriters qui t’as amené à faire ce livre ?

J’ai commencé sérieusement la photographie argentique en 2005. Au début, je suivais simplement mes potes qui graffaient sur les trains, pour s’amuser. Et puis c’est devenu une passion. Suivre les tagueurs à travers l’Europe durant leurs virées a vraiment quelque chose d’excitant. Grâce à ça, j’ai pu voyager énormément : en Allemagne, aux Pays-Bas, en France, en Autriche, au Maroc, en Belgique… Et puis beaucoup d’autres pays. Mais vu que je n’ai pas pu en tirer de belles photos, c’est comme si je n’y étais pas allé pour moi (rires). Ce livre raconte mon histoire, leur histoire. Il est étalé sur une dizaine d’années de clichés, et j’ai mis aussi quelques anecdotes drôles que j’ai vécues avec les trainwriters pour plonger les lecteurs dans la réalité du milieu.

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Martha Cooper et Henry Chalfant sont les pionniers en matière de photographie de train bombing. Leur ouvrage (Subway Art) est considéré comme la « Bible » dans ce milieu. Tu t’es inspiré de leur travail pour faire ton métier ?

Bien sûr. La première fois que j’ai lu ces livres, je me suis dit « whao, c’est incroyable ». Tu n’arrives même pas à imaginer que c’était début 80 à New-York, tu les vois comme des espèces de génies… Après, même aujourd’hui il y a plein de photographes talentueux dans ce milieu, c’est plus le même style qu’à New-York, car eux prenaient vraiment les graffs en photo. Maintenant ce genre de photos est devenu un peu « saoulant », dans le sens que c’est redondant, même si j’adore ce travail ! Mais pour moi, c’est mieux de savoir ce qui se passe avant que le graff soit terminé. Des mecs comme Nils Mueler, par exemple, font du bon travail.

Pourquoi cette obsession des trains pour les graffeurs, et pour toi qui les suis ?

J’adore les trains, les métros… surtout le fait que chaque pays ait son propre style. Même si aujourd’hui, je trouve qu’ils sont plus tristes. Les modèles avant étaient en métal, en inox… ça avait de la gueule ! Maintenant c’est du plastique. C’est moche. Mais tant pis, il faut faire avec. Ce qui m’intéresse en photographiant cette forme de graffiti, c’est de montrer le ressenti des gars : la montée d’adrénaline lorsqu’ils s’approchent du train, la peur et l’excitation lorsqu’ils peignent, la satisfaction lorsqu’ils ont fini une oeuvre et la joie lorsqu’ils ont tout terminé. Un  « trainwriting » a la réputation d’être ce qu’il y a de plus difficile à réaliser dans le milieu du graff.
Pour en revenir aux trains, c’est dingue cette passion qu’ont les gens pour eux. Il y a les graffeurs bien sûr, mais il y a aussi les vieux qui achètent les magazines traditionnels dans les bureaux de tabacs, et puis même quand tu vois les gamins dans les gares, ils sont tous impressionnés quand il y en a un qui arrive en gare ! On dirait que l’homme a un rapport spécial avec le train, c’est drôle.

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Riky Kiwy face à ses trainwriters.

Il y a des différences entre les pays d’Europe pour le trainwriting ?

Tout ce qui est sud de l’Europe (Italie, Espagne, France), les types sont vraiment fous. Au Nord, ils sont plus carrés, tout en étant fous aussi, mais là-bas, c’est plus difficile pour eux. Il leur faut une sérieuse préparation, une réalisation rapide et parfaitement orchestrée dans des conditions météorologiques pas faciles.

Toi qui suis ces gars depuis longtemps, est-ce que tu ressens une évolution dans l’attitude des autorités face au trainwriters, due peut-être à l’actualité ?

En 2002 déjà j’étais étonné, il y a eu une énorme enquête en Italie près de chez moi. On en revenait pas que les flics recherchent vraiment des gars qui graffaient, simplement. Ils ont choppé nos idoles de l’époque, pour le coup on était vraiment tristes… Après, il y a eu le procès de Versailles en 2005, une espèce de razzia dans tout le grand Paris qui a beaucoup affecté le milieu du graff. Maintenant, les flics se sont encore plus aguerris, et puis avec Internet où on met des photos, des vidéos, ils connaissent encore mieux le milieu. Donc ouais il faut faire gaffe, surtout pour un mec qui tape des trains 3 fois par semaine… Après ça dépend aussi des pays : en France, ils ne rigolent pas. Mais en Suède, Norvège ou Allemagne c’est encore pire. Je travaille le plus souvent avec des gars qui ne font qu’embellir les trains, avec leur blaze ou quoi… Ca n’a rien de criminel selon moi. Je ne suis pas trop ceux qui posent des messages politiques (comme ceux de Dortmund, ndlr). Mais en tout cas j’aime beaucoup certaines de leurs actions, comme ceux qui ont tagué les trains en Allemagne pour dire « bienvenue » aux réfugiés, ça c’était vraiment cool.

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Graffiti à Dortmund (Allemagne) qui dit « REFUGIES BIENVENUE ! droit de rester pour tous… et partout! » , 21 octobre 2013. Photographe inconnu.

 

L'exposition "Un train peut en cacher un autre" de Riky Kiwy 
est visible à L'Envers, 19 rue Leyteire à Bordeaux,
du 4 au 27 novembre 2015. 

http://rikykiwy.tumblr.com/
http://lenvers.org/

 

 

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