Henri Cartier-Bresson s’expose à Paris

"Photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur" disait Henri Cartier-Bresson, l'un des plus grands photographes du XXème siècle, disparu il y a maintenant dix ans. Pour lui rendre hommage, le centre George Pompidou lui consacre une rétrospective, la première en Europe depuis sa mort. Revisitant plus de 500 clichés et une impressionnante collection de documents, films, archives de presse et dessins, cette exposition permet de mieux comprendre l’œuvre du père du photo-journalisme.

 

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Né en 1908 à Chanteloup en Brie, il étudie la peinture à l’académie d’André Lhote qui lui prodiguera les règles de base de la composition, avant de se consacrer à la photographie. En 1930, il part pour l’Afrique. A son retour, il entreprend un voyage en Europe de l’Est, puis, avec son premier Leica, part en Italie. Ses premiers reportages de presse sont réalisés en 1933 dans plusieurs villes espagnoles. La suite est plus connue. En  1947, il fonde l’agence Magnum Photos avec Robert Capa, George Rodger, David Seymour et William Vandivert. Ses reportages paraissent dans Life, Holiday, Illustrated, Paris Match…

En 1948, il rencontre Gandhi, juste avant son assassinat. Ses photos des funérailles feront le tour du monde. Six ans plus tard, il se rend à Moscou, et devient ainsi le premier reporter occidental en URSS depuis 1947 (début de la Guerre Froide).

Dès 1974, il abandonne progressivement le reportage au profit de portrait et du paysage photographique. Il se remet également au dessin.

A 95 ans, il décide de créer  la Fondation Henri Cartier-Bresson pour assurer la conservation de son oeuvre mais aussi pour présenter et soutenir des photographes de même sensibilité. Un an plus tard, en 2004, il s’éteint dans les Alpes de Haute Provence.

Trois grandes périodes sont mises en avant, retraçant chronologiquement son parcours, avec l’ambition de montrer qu’il n’y eut pas un, mais plusieurs Cartier-Bresson. La première, de 1926 à 1935, pendant laquelle HCB fait ses débuts en photographie en fréquentant les surréalistes et en entreprenant ses premiers grands voyages. La deuxième, de 1936 à 1946, est celle de son engagement politique et notamment de son travail pour la presse communiste, ainsi que son expérience cinématographique: on le découvre assistant sur des tournages de films de Jean Renoir. Enfin, la troisième, de 1947 à 1970, se penche sur la création de l’agence Magnum Photos à l’arrêt du photo-reportage.

Les angles inédits qu’il choisit pour ses prises de vues illustrent son originalité et son anticonformisme pour couvrir les événements. Son génie de la composition et sa capacité à capturer le mouvement marquent le refus de toute mise en scène avec pour règle immuable la réalité prise sur le vif.  Il définit en 1952 sa philosophie de prise de vue comme la recherche permanente de « l’instant décisif« . S’il est une image dans l’oeuvre d’HCB qui illustre parfaitement cette notion d’instant décisif, c’est bien celle réalisée à Paris derrière la gare Saint Lazare en 1932:

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Derrière la gare Saint-Lazare, Paris, 1932.

HCB a su allier l’ information, les prises de vues sur le vif et la photographie d’art. Quel que soit le thème de ses reportages : la guerre d’Espagne, les premiers congés payés en France, la « ruée vers l’or » des Chinois, une scène de rue, la vie quotidienne des peuples… Chacune est un chef d’oeuvre de la composition, une image au graphisme dynamique, un exemple parfait de maîtrise des ombres et des lumières. Cartier-Bresson, dans une interview en 1994, souligne que « ce qui compte dans une photo, c’est sa plénitude et sa simplicité ». Ces photographies illustrent un moment précis, précieux et précaire.

Paris, Rue de Vaugirard, mai 1968
Paris, Rue de Vaugirard, mai 1968

L’exposition à découvrir en vidéo:


Henri Cartier-Bresson par centrepompidou

Info: Henri Cartier-Bresson jusqu’au 9 juin 2014
Centre Pompidou, 19 Rue Beaubourg, 75004 Paris
11h - 21h tous les jours, sauf le mardi. 
Nocturnes jusqu’à 23h, tous les jours sauf mardi.

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