Soyons sérieux, ce n’est qu’un jeu #3

Politique et jeux video. Aaaah voila une équation à problème.

Vous en avez entendu parler :

Ou peut être pas. Mais pour les Dimanche 22 mars et le 29 mars, les Français (sauf les Parisiens et les Lyonnais) sont appelés aux urnes pour les élections départementales. 4018 conseillers sont à élire dans 2054 cantons. Je dis bien peut-être pas, car cette élection peine à intéresser les Français (on attend un taux d’abstention record, aux alentours de 57 %), dû notamment au fait que les compétences de ces conseillers ne sont toujours pas définies.

Pourtant ces départementales (ex-cantonales) sont des élections importantes dans la vie politique française. Elles inaugurent un nouveau type d’élection puisque celles-ci seront totalement paritaire (on élit un binôme homme et femme) et c’est une première dans l’histoire de France.

Mais ce sont aussi des élections avec des enjeux non négligeables : les départements sont responsables notamment des aides sociales et de solidarité (comme le RSA), de la gestion des collèges, de l’équipement rural et de la voirie, de la gestion de l’eau, etc.


Comprendre le scrutin des départementales en 5… par lemondefr

Les sondages d’opinion, et intentions de vote inondent donc notre flux d’information depuis quelques jours, mais une donnée semble concentrer l’attention de tous les médias : cette élection va-t-elle confirmer la montée du Front National après leur succès aux Européennes ? Et surtout s’il y a succès, assiste-t-on à la grande répétition avant 2017 ?

 

Maintenant, jouons !

Politique et jeux video. Aaaah voila une équation à problème.

La premier ne sait que faire de l’autre. Il l’utilise à la fois comme outil de communication (rappelez-vous les QG de campagne dans Second Life et les appels du pied style Konami Code sur le site de campagne de François Bayrou), mais aussi n’hésite pas à l’utiliser comme bouc émissaire dés que la situation s’y prête. Le monde du jeu vidéo cependant le tourne sans cesse en dérision. Les images des politiciens véreux dans GTA en sont surement le meilleur exemple. Certains jeux n’hésitent pas non plus à passer des messages et idéologies très politisées dans leur contenu (les exemples sont légions : Metal Gear Solid contre le nucléaire, Deus Ex contre les modifications génétiques, Bioshock Infinite qui pousse à l’extrême l’idée d’un pouvoir conservateur et xénophobe…)

Donc dans le contenu oui, mais qu’en est il au niveau du gameplay ? Les jeux vidéos qui font de la politique ça existe ? Eh bien oui néanmoins c’est un genre vraiment à part dans le paysage vidéoludique, que ce soit par la multiplicité des supports ou par les thématiques abordées.

Les « jeux de simulation gouvernementale » (puisque que c’est la catégorie exacte) sont très liés aux jeux de simulation géopolitique, donc passons un rapide coup d’oeil dessus voulez vous.

Démarré avec Balance of Power (1985), ce genre acquiert vite ses lettres de noblesse avec le fameux Civilization de Sid Meier (on y reviendra). Il en existe aujourd’hui pour toutes les époques et tous les territoires.

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Balance of Power

Certains développeurs se sont même spécialisés sur ce créneau. C’est le cas de Paradox Interactive (avec les Europea Universalis, Hearts of Iron, Crusader Kings, Sengoku) couvrant ainsi la gestion de l’Europe du Moyen-Age jusqu’à la fin de la guerre froide en passant par le Japon médiéval.

Mais comme dit précédemment ce sont des simulations géopolitiques et non politiques. Que reste-t-il dans ce petit créneau ? Eh bien quelques jeux pas très élaborés en fait. Notamment ceux émanant du studio Eversim pour ses « Geo-political Simulator » dérivés à tous les pays (en France on a eu droit à « Mission President : Geopolitical Simulator» et «Elections 2012 – en route pour l’Élysée »).

Récemment, un autre type de simulation a vu le jour, ce sont les jeux par navigateur. Ces free-to-play jouables directement sur leurs sites présentent un avantage considérable, c’est de pouvoir mettre en compétition et en commun des milliers de joueurs à travers le monde, au lieu d’un seul contre son ordinateur. Cette communauté nourrit continuellement le jeu qui ne s’arrête jamais. On y trouve au choix des simulations d’élections (comme le pas très sérieux, mais sympathique Votez pour moi) à celle de gestion d’un pays dans un monde fictif en constante évolution comme eRepublik (en ce moment c’est la Serbie qui domine le monde pour vous donner une idée) ou Nation States. L’expérience de jeu est enrichie par des partis politiques fictifs, des journaux idéologiques, des batailles qui durent des mois et une carte géopolitique complètement chamboulée. Tout cela font de ces softs des valeurs sures pour les amateurs

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La vie politique eRepublik

Point de mensonges entre nous, des jeux vidéos sur les départementales, ça n’existe pas (on a cherché hein !). Mais on ne va quand même pas se foutre de votre gueule, puisqu’on va vous parler de Democracy 3.

 

Le Jeu :

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Fiche technique : Democracy 3

Développé par Positech GamesExiste : sur PC, Mac, Linux
Note : 70/100 sur Metacritic
Prix : 22,99 € sur Steam , 4,99€ par DLC

 

 

Synopsis : N’avez-vous jamais voulu être président ? Ou premier ministre ? Etes-vous convaincu que votre pays irait mieux si vous étiez au pouvoir ? Soyez-y confronté, vous pourrez difficilement faire pire que nos dirigeants actuels. Le crime, le chômage, la dette nationale, le terrorisme, le changement climatique… Avez-vous des réponses aux problèmes auxquels sont confrontés les nations modernes ? Voici votre chance de le découvrir.

 

 

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Après quelques réglages (choix du pays, des partis, des mandats, etc.), le joueur commence son « aventure » juste après son élection. Il doit dorénavant gérer son pays pendant x tours (suivant la durée de son mandat défini au préalable) et assurer sa réélection.

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Tant de bulles et si peu de temps…

Chaque bulle visible à l’écran représente un point de la politique que ce soit des lois, des situations ou des questions politiques (ex : criminalité, subventions de l’art, contrôle de la pollution, etc.). Au milieu de l’écran se trouvent les barres des électeurs. Ceux-ci sont divisés en 21 groupes (libéraux, immigrés, syndicalistes, conservateurs, patriotes, jeunes, etc.. ). Évidemment chaque groupe a ses priorités et ses inquiétudes. En toute logique si l’on change ou réforme les aides sociales par exemple, cela va ravir les riches et conservateurs et ennuyer les pauvres, immigrés et libéraux. Cela va s’inverser si l’on touche aux taxes sur la fortune, etc. Chaque choix est donc stratégique.

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On passera sur la caricature du « patriote »

On peut agir de différentes manières, soit modifier des lois et des mesures déjà existantes directement en cliquant sur les bulles (augmenter/baisser les taxes par exemple, sans passer par la case assemblée, elle n’est pas belle la vie ?). Ou bien en instaurant de nouvelles réformes. Chaque action coûte des points de « capital politique » qui se régénère à chaque tour.

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Contrôle des frontières & Scans rétiniens.

Ce capital politique est déterminé par les ministres du gouvernement. Son degré de capital est déterminé par sa fidélité et son adhésion aux idées du joueur. Il faut donc réussir à contenter tous les ministres sous peine de les voir démissionner. Ce qui est plutôt corsé vu que chaque ministre a bien sûr ses affinités avec une partie de la population, qui sont parfois en désaccord avec les réformes. Il faut aussi savoir équilibrer un budget en constante variation, en gérant déficit et excédent.

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Le gouvernement…pour quelques temps.

Le but du jeu est bien sur la réélection. Le travail du joueur est donc évalué constamment par des sondages et à chaque rapport trimestriel. C’est aussi durant ce « rapport » que se posent des situations aléatoires. Une prise de décision sur le droit de la chasse au renard ou sur le mariage homosexuel (oui, notez l’importance de la question qui se pose parfois), une alerte face à une catastrophe (ouragan, attentats…) ou bien le constat d’une crise financière qui impacte la croissance et le budget. Tout peut arriver. Libre au joueur d’instaurer une dictature communiste, une république entièrement verte ou une démocratie utopique sans religion.

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La question.

Faisons donc une petite partie ! Et quel camp politique allons-nous choisir ? Eh bien, c’est bien un jeu de simulation non ? Prenons donc la tête du Front National, nouvellement élu en 2017.

NDLR : Afin d’être encore plus dans la réalité, nous avons activé le DLC « Extremism » qui rajoute des réformes et des situations adaptées aux partis d’extrême gauche comme de droite. Aussi avons nous essayé au maximum d’appliquer le réel programme du FN sans non plus céder à la caricature.

Pour le candidat FN, après quelques réformes adaptées à son programme (hausse des taxes de douane, augmentation des contrôles aux frontières, réformes en faveur de « l’amour de la patrie ») il se retrouve vite avec un excédent budgétaire très confortable. Bien évidemment il perd peu à peu le vote immigré et libéral, mais bizarrement pas ceux des socialistes et des écologistes (malgré l’autorisation de forage de pétrole dans une zone protégée et de l’exploitation du gaz de schiste). Il doit néanmoins faire face à de nombreuses démissions de ministres. En fait, quasiment la totalité de son cabinet est renouvelée au fur et à mesure que les mois avancent.

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Le genre de réformes qu’apporte le DLC « Extremism ». Celles en dessous ne sont pas mal non plus

Au terme de 5 ans vient le temps des élections. Et c’est un triomphe, que dis-je, un sacre avec une élection à 80 % face au candidat PS. Un 5 mai 2002 inversé.

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80%. Champagne Marine !

Le président réélu décide alors de mettre les bouchées doubles : avec des réformes plus « extrêmes ». Et là, c’est le drame. Après que les Renseignements informent le chef de l’état d’un possible complot libertaire, il a à peine le temps de réduire la liberté de presse qui vient de le critiquer ouvertement, qu’il se fait tuer par une explosion lors d’une conférence de presse par « La ligue de la Liberté ». Quel ironie. L’aventure s’arrête ici. Game over.

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Sous cet air juvénile se cache un dangereux terroriste…

D’accord, mais qu’est ce qu’on a appris ?

Certains jeux de stratégie sont connus pour leur valeur de simulation. Comme le précise un ancien conseiller à la sécurité nationale dans un article du NY Times Magazine, le jeu Balance of Power « est la simulation stratégique la plus sophistiquée existant en Amérique en dehors des wargames du Pentagone ».

Ainsi on peut évidemment se questionner sur la portée de prédiction que peuvent avoir ces simulations. Notamment lorsqu’on s’intéresse à quelques exemples comme la plus grande bataille de tous les temps qui a été avorté ou l’histoire de Lycerius. Ce joueur a continué sa partie de Civilization II pendant dix ans soit jusqu’à l’année 3991 dans le jeu. Et le constat est amer : Calottes glaciaires fondues et réchauffement climatique, nombreuses guerres nucléaires, terres impraticables sauf dans les régions montagneuses, plus que 3 civilisations théocratiques et communistes survivantes soit près de 90% de la population mondiale qui a péri et une guerre incessante pendant 1700 ans. Serait-ce une belle prédiction de notre futur?

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La partie de Lycerius ne prévoit rien de bon…

Néamoins ce n’est pas le cas des simulations politiques.

Que ce soient les simulations Eversim, Democracy 3 ou les jeux par navigateur, même si le réalisme se veut poussé au maximum (ayant même jusqu’à réutiliser les visages et les noms des candidats dans les jeux Eversim). Les jeux n’ont pas encore réussi à pleinement retranscrire la réalité de la gestion d’un pays et des envies de sa population. Retranscrire des réactions militaires logiques attaque/défense est simple, mais retranscrire le pluralisme et les opinions d’une population à l’échelle d’un pays semble impossible. En tout cas, les développeurs n’ont pas encore trouvé la solution.

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Vraiment ? Une Utopie verte avec gaz de schiste et forages de pétrole ?

Néanmoins, dans notre cas, Democracy 3 reste une très bonne simulation politique. Il faut quand même lui reconnaitre le côté pédagogique (des enseignants peuvent même se procurer des versions spéciales pour leurs élèves), son esthétisme soigné et la richesse de son contenu, même s’il ne prend pas vraiment en compte les relations internationales. Et puis au moins il présente l’avantage de laisser vraiment un choix libre au niveau du régime politique et de ses envies (avant d’être assassiné, vous me direz). De plus les DLC et mods de la communauté sont aussi là pour alimenter la durée de vie et diversifier les parties.

L’apport des communautés est d’ailleurs à noter dans les jeux par navigateur où le RP (Role play, jeu de rôle) est très important. Les joueurs s’investissent vraiment dans la tenue du pays et certains forums méritent le détour.

Donc non, nous ne pourrons malheureusement pas simuler les élections de dimanche ni une éventuelle victoire du FN en 2017. Mais au moins, on a permis le retour de la chasse au renard. Et n’oublie pas…

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