Le point JPP : Sévices Publics

"Le Mouv’ est mort, vive Mouv’ "

4556306_7_9647_le-nouveau-logo-du-mouv-dont-la-nouvelle_d2eb5907ce58717b37730766da93e26c

Nous sommes le 2 février 2015 et la station du groupe Radio France « le Mouv’ » opère sa mue pour devenir « Mouv’ ». Créée en 1997, cette station reconnue à ses débuts comme une fréquence indé et en pointe sur les nouvelles tendances musicales change radicalement de ton. Finies les soirées rock alternatif et la nouvelle scène pop française : place au hip-hop et à la variété commerciale. Le changement est brutal. Après des audiences en baisse continue depuis quelques années, Radio France se devait de réagir. Pour beaucoup d’auditeurs c’est le ras-le-bol : depuis déjà quelques mois certains d’entre-eux avaient eu « l’agréable » surprise d’entendre le dernier morceau de Maître Gims entre les Strokes et Bloc Party. De quoi frôler la syncope qu’on vous dit.

Désormais Black M et Soprano auront toute latitude pour faire leur promo sur la station avec de belles playlists en perspective. On attend d’ailleurs avec impatience le prochain showcase privé de Tal en direct de la FNAC de Limoges retransmis sur Mouv’. Quelques minutes de la grille quotidienne sauvent tout de même ce naufrage musical. On salue le « Top Mouv’ indé » diffusé tous les jours à 13h30, où l’on peut retrouver du Chill Bump (voir notre interview) ou les bonnes grosses basses de Vanderkush. Seul hic, ce top 10 quotidien se renouvelle très peu. Une façon détournée de commercialiser le rap indépendant ? Tout prête à y croire. On apprécie également les émissions nocturnes : la sélection d’Akhenaton le mardi, la sélection rap d’Oliver Cachin le jeudi ou encore celle Pedro Winter (Busy P) pour entamer le week-end. Vous l’aurez compris, les bons produits sont introuvables avant 23h00. Est-on condamné à vivre la nuit pour écouter une sélection musicale correcte sur les ondes ?

Plus globalement c’est la question de la mission de service public qui se pose ici (oui oui c’est un article sérieux les gars). La radio publique doit-elle favoriser la découverte et ouvrir l’esprit ou bien doit-elle aller à la rencontre du public en faisant la promotion d’une culture populaire ?

De l’avis d’un ancien présentateur de feu Le Mouv’ dans une interview accordée début février aux Inrocks, « il y a déjà beaucoup d’offres privées alors que la vocation du service public c’est normalement d’aller là où les autres ne vont pas. »

 

Mais il semble que le réel problème ne soit pas là, ce sont plutôt les exigences de rentabilité qui gouvernent ces changements plus qu’une idée que l’on se fait du service public. Mouv’ n’est plus un canal rentable, et Mathieu Gallet, patron de Radio France, d’envisager peut être une suppression pure et simple de la station si la mayonnaise ne prenait pas. Radical.

 

Et du côté de la p’tite lucarne ?

Du côté de France Télévisions même topo, avec des chaînes en déshérence comme France Ô – oui cette chaîne existe sur ta télécommande – et France 4, qui connaissent les mêmes maux que Mouv’, entre perte d’identité et de téléspectateurs.

Il y a un an on nous présentait la nouvelle grille des programmes de France 4. Cœur de cible : la jeunesse, et surtout les jeunes adultes. A coup de séries « djeun’s », de partenariats avec Vice et de programmes d’un genre nouveau à l’image de « Tokyo Reverse » et son concept de slow-tv, ce devait être un nouveau tournant. Mais un problème de taille fait face. Malgré ses programmes novateurs et parfois exigeants comme «L’autre JT» avec des jeunes journalistes parfois amateurs qui réalisent leur propre magazine d’infos, ou encore la nouvelle émission « On n’a pas fait le tour » diffusée tous les mardis, l’audience n’est pas au rendez-vous. Sur les 19 chaînes de la TNT, France 4 se classait en avant dernière position mardi dernier.

Dans #ONPFT, un binôme de deux jeunes partis à travers le monde rencontre les acteurs qui veulent créer un monde meilleur. A chaque épisode une nouvelle destination. Un peu copié sur « Les nouveaux explorateurs », mais vraiment salutaire et bien foutu : on reconnaît que c’est quand même bien plus ambitieux – et intéressant –  qu’une émission « Rap et Putes » avec Kaaris comme invité sur Mouv’.

Si le service public fait défaut, pourquoi ne pas suivre les traces du privé ? Radio Nova est un bel exemple de ce genre : une programmation musicale pointue et des défis économiques à relever, l’équation fonctionne et les audiences progressent. Pourtant là aussi l’inquiétude est grande, car le groupe Radio Nova est aujourd’hui en quête d’investisseurs. Dans cette entreprise à la culture familiale très forte, l’annonce est vécue comme un “choc même si elle était dans tuyaux depuis pas mal de temps”, confie un salarié. Peut-être bientôt la fin d’une liberté de ton unique ? On serre les fesses dans la rédac de radio Nova.

Serait-on en train d’assister alors à la fin des médias de niches pour ne voir que des médias de masse se créer ?

Probablement, mais il s’agit surtout d’une fin annoncée de la subversion et de l’audace dans les médias. La télé comme la radio semblent condamnées à être des vecteurs de programmes populaire certes (et c’est loin d’être un gros mot) mais aussi lisses car sans réelle différence avec ce qui se fait ailleurs.

Un vrai média populaire ne serait pas celui qui fait plaisir aux gens pour que cela lui rapporte de l’argent, mais qui fédère autour de thématiques fortes, nouvelles, et qui incite à la découverte. Un peu comme le JT de notre JPP qui ne manque pas de nous faire voyager chaque midi.

Nous aussi on veut voyager bordel !

A lire aussi

BA à la moulinette : Les Merveilles

Les merveilles raconte l’histoire d’une famille d’apiculteurs qui a choisi de vivre en marge de la société, hors du temps, dans cette magnifique campagne italienne.

Lire l'article

On y était : Thomas Dybdahl au Théâtre Les Etoiles

Mercredi 25 Novembre, Slapzine était au théâtre Les Etoiles, à Paris, pour se prendre une vague de douceur en pleine figure avec Thomas Dybdahl. Même pas mal.

Lire l'article

Week’s Words #35 : semaine du 31 janvier au 6 février

Comme chaque vendredi désormais, Week’s Words revient sur cinq actualités light qui ont marquées la semaine. Pour débuter ce mois de février, on a sélectionné des nouvelles venues d’Arabie saoudite, de Tokyo, d’Iran, des teufeurs français et du jeu Monopoly.

Lire l'article

Cuvée Sonore #60 – POLICE

Garde-à-vous ! J’espère messieurs que nous ferons du bon travail ensemble. Écoutez-moi bien : vous savez que le gendarme est à la nation, ce que le chien de berger est au troupeau : il faut souvent aboyer, parfois mordre mais toujours se faire craindre. Vous êtes les branches, je suis le tronc et une seule […]

Lire l'article

Temps de lecture similaire

Cuvée Sonore #38 – Chinese Goat

Une cuvée sonore en bouteille pasteurisée, pour célébrer la chèvre et la nouvelle année chinoise.

Lire l'article

ABCDR DE L’ACTU : SEMAINE DU 2 AU 8 MARS

Semaine chargée, week-end au ski ou à Arcachon… Comme disait un vieux sage, il n’est jamais trop tard pour rattraper l’actu de la semaine passée. ABCDR.

Lire l'article

Du même auteur

Cuvée Sonore #30 – De l’espace

« Les martiens ont détruit le coffee-shop! Tu te fous de moi ?! Je vais chercher grand mère ? Ah, oublie-là. De toute façon, ça fait un bail qu’elle navigue dans l’espace ! En tout cas ils auront pas la sono »

Lire l'article

Cuvée Sonore #52 – Vendanges

Une pensée pour ces grappes de raisin que l’on trouve encore après la récolte et qui ont échappé à la diligence du vendangeur.

Lire l'article