Le guide pour survivre à l’Euro 2016

Un mois de foot non stop, 51 matchs, plus de 500 joueurs, des centaines de milliers de litres de bière … À moins de vivre au Mordor ou dans une grotte, vous avez entendu ce doux refrain « l’Euro 2016 en France » depuis quelques semaines. Ici point de volonté de vous apprendre l’histoire du 4-4-2 ou les 24 équipes par coeur. Juste un guide léger pour vous permettre de se la raconter devant vos copains avec l’inévitable trio pizza-chips-bière. En voiture Simone.

Le Bingo de l’Euro

 

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Les Bleus, bas les masques les polémiques

« Ce 10 juin, je l’attends depuis deux ans » cette phrase simple de Didier Deschamps dans l’Équipe résume l’état d’esprit de notre sélectionneur. La gagne par tous les moyens. Compétiteur dans l’âme, Deschamps a dû néanmoins faire face à de nombreux pépins ces derniers temps. Il a perdu plusieurs joueurs sur blessure (Varane, Diarra, Mathieu) mais surtout l’affaire Benzema-Valbuena est venu le rattraper.

Dans Marca (premier quotidien sportif espagnol en terme de tirage, ndlr), l’attaquant du Real avait proclamé son amour pour les Bleus tout en estimant qu’une partie de la France, dite raciste, avait fait pression sur Deschamps, qui l’avait au préalable écarté. Ses propos ont mis le feu au poudre, et Jamel Debbouze, Eric Cantona et bien d’autres se sont engouffrés dans la brèche. Oui le mythe black-blanc-beur de 98 était une utopie et la mission principale d’un footballeur n’est pas d’unifier un pays, mais avant tout de lui donner du plaisir.

Côté terrain, les Bleus sont un peu le ying et le yang. Une attaque de feu, avec plusieurs canonniers habilités : Payet, Martial, Griezmann, Coman, Giroud, Pogba mais une défense très instable. Derrière, Sagna-Rami-Koscielny-Evra offrent peu de gage de solidité. En gros les Bleus risquent de gagner leurs rencontres sur des scores peu orthodoxes : 3-2, 4-3, 5-2 ce qui promet pour le spectacle.

Patrice Evra, vétéran de la défense à 35 piges. @CreativeCommons

Cette équipe-là ne possède sans doute pas l’équilibre et la structure défensive des Bleus victorieux de 1984 ou 2000. Et pourtant, une sorte de folie créatrice réside dans ce groupe, l’impression que ça peut venir de n’importe où et que chacun peut, à un moment donné, obtenir son quart d’heure américain de gloire. Griezmann sera à coup sûr le plus surveillé d’entre eux. Le natif de Mâcon va tenter de reprendre le flambeau de ses aînés, Platini et Zidane. Un exercice périlleux qui n’effraye pas celui qui avait ému le public français après ses larmes en 2014, suite à l’élimination du mondial face à l’Allemagne.

Le tenant du titre : l’Espagne reconstruit son armada

Mecredi 18 juin 2014. La Roja est battue 2-0 par le Chili et sort dès la phase de groupe du mondial brésilien. Un événement retentissant pour cette sélection qui a tout gagné depuis 2008 (deux championnats d’Europe et une coupe du monde). Le temps de la régénération est venue, les anciens ont tiré leur révérence (Xavi, David Villa, Xabi Alonso) et des petits nouveaux se sont incrustés : Bellerin, Morata, Nolito, Thiago Alcantara et Lucas Vazquez.

Pourtant cette équipe apparait toujours aussi séduisante, avec de fins techniciens qui nous impressionnent à chaque prise de balle. Andres Iniesta, 32 ans, en est le meilleur exemple. Oui sur le papier l’Espagne présente encore l’équipe la plus complète et la plus dangereuse. Mais cet échec de 2014 semble toujours présent et pourrait profiter aux Bleus ou aux Allemands. Preuve en est la défaite 1-0 contre la très modeste Géorgie, pour leur dernière sortie en match de préparation.

Andres Iniesta va encore nous régaler techniquement. @CreativeCommons
Andres Iniesta va encore nous régaler techniquement. @CreativeCommons

La France et l’Espagne semblent de nouveau avoir rendez-vous, au coeur d’une rivalité qui s’est renforcée. Pau Gasol a atomisé la bande à Parker lors du dernier Euro de basket, Roselyne Bachelot et Rafael Nadal se sont invectivés à propos du dopage et les Gipsy Kings vont de nouveau envahir nos campings cet été. Le duel fratricide des Pyrénées va connaître un nouvel épisode dantesque avec cet Euro 2016. On a hâte.

Allemagne : le doute est permis

Ils vont débarquer en masse dans nos bars et terrasses avec leur implacable duo sandales-chaussettes blanches. Sûrs d’eux après leur couronne mondiale décrochée en 2014, les Allemands arrivent naturellement avec un statut de favori en France. Pourtant tout n’est pas rose pour les hommes de l’élégant Joachim Löw. Ils ont perdu sur blessure deux cadres, Gündogan et Reus, tout en ne parvenant pas à retrouver leur équilibre défensif.

Les membres de l’historique 7-1 infligé au Brésil sont toujours là. Kroos, Müller, Neuer, Khedira, Özil & cie font trembler le continent, surtout les Bleus, qui devraient les retrouver probablement en demi-finale de la compétition. L’ossature de cette Nationalmannschaft est impressionnante sur le papier, mais leurs dernières sorties posent des questions. Deux défaites en amical contre l’Angleterre et la Slovaquie, où plusieurs failles défensives grossières sont apparues aux yeux du grand public.

Le très remuant Thomas Müller.
Le très remuant Thomas Müller. @CreativeCommons

On risque pourtant d’entendre encore à de nombreuses reprises cette litanie de Gary Lineker, ancien attaquant anglais « un match de foot se joue à 11 contre 11 et à la fin c’est toujours l’Allemagne qui gagne ». Sous-estimer les Teutons serait une grave erreur, de peur que l’histoire ne se répète. Pas de point godwin ici même si on assure que Hugo Lloris sera plus solide que la Ligne Maginot.

Belgique, Angleterre, Italie : les Outsiders

Derrière le trio de favoris France-Espagne-Allemagne, trois équipes sortent du lot pour venir décrocher le trophée « Henri Delaunay » (et hop une anecdote de plus pour se la jouer en soirée). Les Belges n’ont jamais autant ressemblé à leurs chers voisins français. Si devant, leur attaque est très séduisante avec Hazard, De Bruyne, Mertens, Ferreira-Carrasco et Lukaku, derrière c’est très incertain. L’arrière-garde belge offre peu de garanties après la blessure de son capitaine Kompany. Les enfants de Tintin sont une grosse inconnue de cette compétition, une fois qu’ils devront faire face à la pression.

Les Anglais peuvent nourrir de beaux espoirs. Pour la première fois depuis de nombreuses années nos meilleurs ennemis arrivent dans une compétition sans l’étiquette de favoris. Si leurs supporters sont toujours prêts à s’enfiler les pintes de John Bull, cette foi-ci ils ne devront peut-être pas noyer leur tristesse dans l’alcool. La perfide Albion arrive en France avec une équipe homogène, composée de nouveaux talents : Kane, Alli, Vardy, Rose et des anciens capables de transmettre, comme Rooney, Milner, Cahill et Hart. Ce savoureux mélange pourrait bien être la surprise de cet Euro 2016.

Finaliste en 2012, les Italiens devront cravacher pour rééditer cette performance. Leur équipe a vieilli et les jeunes pousses peinent à se montrer et leur avantage. Pire, ils sont handicapés au milieu par deux forfaits majeurs : Marchisio et Verratti. Il faut toujours se méfier d’une bête blessée et cela s’applique parfaitement à nos amis transalpins. Ils peuvent se reposer sur Antonio Conte, un des meilleurs tacticiens au monde, pour faire taire les plus sceptiques. À surveiller : Gianluigi Buffon, Benjamin Button italien et gardien légendaire, qui saura encore faire des miracles à 38 ans.

Comment survivre aux petites rencontres

Ukraine – Irlande du Nord, Albanie – Roumanie, Islande – Hongrie, Pays de Galles – Slovaquie … Autant d’affiches improbables qui vous évoquent seulement des couples Erasmus d’un soir. Pourtant cet Euro 2016 nous les impose, avec le passage de 16 à 24 équipes. Les fans de foot sont de leur côté ravis, puisqu’on passe de 31 à 51 rencontres.

Pour la Plèbe qui n’est pas passionnée outre mesure par le ballon rond ces matchs offrent peu d’intérêt. Détrompez-vous, c’est une excellente occasion de découvrir d’autres footballs, des supporters fanatiques et des joueurs méconnus dans l’ombre des stars planétaires. Steven Davis le Nord-Irlandais, Yevhen Konoplyanka l’Ukrainien, Elseid Hysaj l’Albanais ou encore Marek Hamsik le Slovaque vont vous surprendre si vous prenez le temps de s’intéresser à eux et leurs équipes.

De toute façon, 2016 est un cru sportif exceptionnel. Si vous pensez échapper à ces rencontres atypiques, préparez-vous aux siestes devant le Tour de France puis au tir à l’arc, à l’haltérophilie et au ball-trap aux jeux olympiques de Rio de Janeiro.

Ronaldo-Ibrahimovic : le duel des melons

Ce sont assurément les deux superstars de ce Championnat d’Europe. Le premier a gagné la ligue des champions avec le Real Madrid et le second vient de réaliser un deuxième quadruplé consécutif avec le PSG. Son désormais célèbre « je suis venu comme un roi, je repars comme une légende » va avoir du mal à s’appliquer pour cet Euro. Zlatan ne bénéficie pas des mêmes coéquipiers en sélection et devra s’employer pour sortir la Suède d’un groupe très compliqué (avec l’Italie, la Belgique et l’Irlande).

Zlatan n'a pas encore de club pour l'an prochain. Si vous êtes intéressés. @CreativeCommons
Zlatan n’a pas encore de club pour l’an prochain. Si vous êtes intéressés. @CreativeCommons

Aucun doute sur sa motivation, il saura encore nous sortir des punchlines qui ne feront pas oublier son zéro pointé en Ligue des Champions. « Je peux rendre François Hollande populaire si je le veux » avait-il déclaré au journal Le Monde. Chiche de réussir à réunir la CGT, la SNCF, le gouvernement, Benzema, Valbuena et Sauron autour d’une même table ?

Pour Cristiano Ronaldo, le Portugal présente l’avantage de sortir une nouvelle génération talentueuse (Renato Sanches, Joao Mario, Danilo, Raphael Guerreiro) à cet Euro. Cependant l’enfant de Madère n’a encore rien gagné avec son pays et cela semble peser sur sa conscience. Point de dilemme freudien ici. « CR7 » vise également le ballon d’or 2016 et de bonnes prestations lors de cet Euro pourrait lui offrir ce Graal prisé des footballeurs. Individualiste dans un sport collectif, Emmanuel Macron doit cacher un maillot de Ronaldo dans sa penderie.

Cinq joueurs qui valent le coup d’oeil

Jamie Vardy, une histoire à la Ken Loach. En 2010, le petit Jamie jouait au FC Halifax, une équipe anglaise évoluant en … sixième division ! Ce fils d’ouvrier anti-Thatcher a grandi dans la précarité avant de voir son destin basculer en signant à Leicester. Il explose là-bas, marquant notamment 24 buts cette saison. La sélection nationale lui ouvre ses portes et il plante dès son premier match contre l’Allemagne. À ce rythme-là, Vardy va décrocher le prix Nobel de littérature en 2017. Il a prévu en effet de publier son autobiographie d’ici quelques mois. Si sa plume est aussi aiguisée que ses crochets, ça promet.

Jérôme Boateng, la fierté des Teutons. Le robuste Allemand (1,92 m et 90 kilos)  est assurément l’un des meilleurs défenseurs du monde, par la qualité de sa relance et ses capacités athlétiques. On aurait aimé s’arrêter aux critères sportifs mais l’extrême-droite germanique l’a pris pour cible. Le vice-président de l’AFD (parti de l’alternative pour l’Allemagne), Alexander Gauland, avait déclaré « les gens l’apprécient en tant que footballeur. Mais ils ne veulent pas avoir Boateng comme voisin. » Totalement à côté de la plaque pour ainsi dire. Un sondage a révélé que 94% des Allemands aimeraient avoir le joueur du Bayern comme défenseur. Une autre statistique : près de 9 attaquants européens sur 10 le craignent.

Boateng ne craint pas Ronaldo, alors un mec paumé d'extrême-droite... @CreativeCommons
Boateng ne craint pas Ronaldo, alors un mec paumé d’extrême-droite… @CreativeCommons

Gylfi Sigurdsson, l’homme venu du froid. Oui on ose ici, on va vous parler de l’Islande, terre lointaine de 300 000 habitants qui s’est qualifiée pour la première fois de son histoire à une compétition majeure. Un homme a mené la barque à bon port et ce fier matelot est un joueur très agréable à regarder jouer. Sigurdsson, milieu offensif de Swansea, est un excellent tireur de coup-franc, doublé d’une qualité de passe géniale. Décrit comme un joueur de « classe mondiale » par son sélectionneur, Sigurdsson pourrait bien être le Ragnar Lodbrok d’un mois, et mener cette bande de vikings à des sommets, tels les surprenants Danemark 1992 ou la Grèce 2004.

Alvaro Morata, décisif à tout prix. Il n’est pas l’attaquant le plus spectaculaire ou le plus monstrueux en statistique. Sa meilleure saison en championnat n’excède pas les 8 buts, que ce soit au Real et à la Juve. Et pourtant mesdames et messieurs vous avez devant vous un des plus grands talents du football mondial. Alvaro Morata est ce qu’on pourrait appeler en NBA un « clutch-player », celui dont chaque but, chaque passe décisive va peser lourd dans la balance. Très élégant sur le pré et doté d’un sixième sens pour se défaire des situations les plus compliquées, l’attaquant espagnol s’est ainsi débarrassé de la concurrence de Diego Costa, Fernando Torres, Alvaro Negredo et Paco Alcacer. Excusez du peu.

Marko Arnautovic, la folie ne suffit pas. La grande majorité d’entre vous ne le connaissent pas et pourtant cet attaquant autrichien pourrait bien vous surprendre. Ce joueur est une « tête brulée » à l’ancienne, comme on n’en fait plus. Héritier des Cantona, Roy Keane et Paul Gascoigne par son esprit irrationnel, Marko n’a pas su conjuguer les actes forts hors du vestiaire sur le terrain. En gros pour résumer : des insultes à des policiers, des entraînements à moitié éméché et le vol de la Bentley d’un de ses coéquipiers. Cependant, depuis deux ans il s’est assagi pour devenir un joueur essentiel, en club à Stoke (11 buts cette saison), et en sélection nationale, où il est indiscutable aujourd’hui. À 27 ans, le temps de la rédemption est venu pour Arnautovic, une sorte de mini-Ibrahimovic qui saura vous étonner durant la compétition.

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