[EDITO] Je choisis Charlie

Le temps, subir le temps, c’est dur.
SB/Rue89 Bordeaux
SB/Rue89 Bordeaux

Deux semaines. Deux semaines que j’assiste, hagard, au torrent de haine, raccourcis et dénonciations que m’offrent le peuple, mes semblables et, malheureusement, les journalistes. Le même torrent que dénonçaient de leur vivant Cabu, Charb, Honoré, Tignous ou Wolinski.

Je préfère être honnête : je ne les connaissais pas, je ne lisais que très peu Charlie Hebdo et comme beaucoup trop de gens, j’ai acheté mon premier numéro mercredi dernier. Mais j’éprouvais toujours autant de plaisir à me voir rappeler, au travers de dessins ou de mots, à quel point on pouvait être con, égoïste et paresseux. Ce que je constate malgré moi depuis plus de deux semaines maintenant.

Leur mort me touche. Elle me fait mal, forcément. Mais ce qui me dérange, c’est ce côté « soldat inconnu ». Un peu comme une vieille tante dont vous apprenez le décès lors d’un repas de famille alors que vous la connaissiez à peine. Aujourd’hui c’est pareil : votre oncle Charlie, qui se battait depuis plus de 40 ans pour que vous puissiez jouir ensemble de votre repas, rire de vous-même, est mort. Deux semaines qu’ils sont mort. C’est peu deux semaines finalement.

À Bordeaux, l’École nationale de la magistrature est soudainement devenue un lieu de cristallisation émotionnelle. Les futurs garants de la justice, de l’équité, de la liberté de chacun ont laissé la place à l’émotion, l’effroi ou la révolte. Hier, je n’y ai vu que les ravages du temps, la paresse et l’indignation sélective des gens. Tout le reste avait disparu.

Ces hommages, poèmes, bougies, dessins devaient-ils définitivement disparaître ? Aussi insignifiantes soient-elles, ces photos de profil sur les réseaux sociaux devaient-elle changer si rapidement ? Bien sûr, les évènements tragiques des 7 et 9 janvier dernier, resteront gravés dans l’Histoire et la mémoire collective (si tant est qu’elle existe). Mais il n’aura fallu que trop peu de temps pour voir dépérir les signes les plus visibles de ce collectif. Certains ont osé parler de sentiment « national ». Je n’y crois plus.

Alors maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

J’ai été peiné de voir dans plusieurs éditos, le choix d’un champ lexical de la guerre ou de l’affrontement pour témoigner aux lecteurs de leur peine et de leur indignation. D’autres ont bondi pour annoncer que l’on avait à faire à un « attentat contre la liberté de la presse ». Ce sont des choix et je les respecte. D’autant qu’il était difficile de ne pas se jeter à cor et à cri dans ces pensées. Mais je ne crois pas en ces choix.

Ce n’est pas un journal ou la famille des journalistes qui ont été attaqué. C’est Charlie Hebdo. Des mecs convaincus par leur métier, leurs idées, et qui ont osé sortir leurs couilles pour se moquer du monde malgré les menaces et la bêtise humaine. Je pense, peut-être à tort, que les autres n’ont pas à avoir peur tant qu’ils n’auront pas sorti eux-aussi leurs couilles pour défendre leur métier et, justement, leur conviction.

La vie c’est compliqué, c’est vrai. Et je ne suis pas là pour vous donner des leçons, à peine pour vous informer que d’autres ne pensent pas comme vous. Je le répète : tout est une histoire de choix. Vous avez le choix d’acheter un journal ou pas, de lire et de vous informer, de vivre ou de vous indigner. Ça vous regarde. Force est de constater que nous ne vivons que peu ensemble. Mais ne cloisonnez pas votre esprit. Ne soyez pas l’otage de vous-même. Faites vos propres choix.

Dur labeur ? Sans doute.

Au final, Cabu avait raison lorsqu’il écrivait que « c’est dur d’être aimé par des cons ». Les cons c’est nous, moi le premier. Alors vivez bande de cons parce qu’il est trop tard pour avoir peur.

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