[ITW] Blitzr, plateforme musicale plurielle et intelligente

Fondée en octobre dernier, cette plateforme musicale bordelaise nous propose l’ensemble des données et services musicaux en une seule et unique interface gratuite et fonctionnant sans publicité. Rencontre.

Fondée en octobre dernier par Pierre Anouilh, Bertrand Sébenne et Johan Sébenne, tous trois issus du groupe bordelais Year of No Light, cette plateforme musicale bordelaise entend révolutionner nos modes de consommation musicale en ligne. Actuellement disponible en version bêta, Blitzr nous propose l’ensemble des données et services musicaux du web en une seule et unique interface gratuite et garantie sans publicité.

« La musique, aujourd’hui, c’est plus que le son, c’est une pratique sociale historiquement située »

Blitzr, c’est quoi ?

B.S – C’est un projet sur lequel on a commencé à travailler il y a maintenant trois ans, même s’il murissait dans nos têtes depuis de nombreuses années, après avoir constaté que de nouveaux services de musique se créaient en permanence, mais sans jamais adopter un point de vue global. On a décidé de franchir officiellement le pas en octobre 2013.

P.A – La musique, aujourd’hui, c’est plus que le son, c’est une pratique sociale historiquement située. On propose une expérience digitale consacrée à la musique avec une vision panoramique.

J.S – Sur Youtube, par exemple, tu trouves du son et de la vidéo, mais pour la bio tu vas aller ailleurs, pour les dates de concert aussi, de même pour acheter un C.D ou un vinyle. L’idée était de prendre le meilleur de chaque ressource et de l’offrir de manière claire sur un même support.

B.S – Et contrairement à Deezer ou Spotify, dont les recommandations ne sont pas toujours pertinentes, Blitzr pioche intelligemment des éléments divers pour inviter l’auditeur à la découverte selon ses affinités.

Vous avez obtenu divers soutiens financiers pour vous lancer, par quels biais ?

B.S – On a été lauréats du concours national de création d’entreprise de technologie innovante organisé par BPI France, qui nous a octroyé une subvention. Nous avons également bénéficié d’un fond nommé Aquitaine Amorçage, une subvention du conseil régional et une subvention d’EADS développement. Avec ces quatre organismes au total, on arrive à un financement, pour la première année, de 412 000 euros. Nous sommes financés jusqu’à la fin de l’année. On organisera ensuite une levée de fonds qui visera le million d’euros. Tout cela nous permet de continuer notre important développement et de viser l’international, notamment une exportation aux Etats-Unis. Nous avons déjà embauché deux développeurs, mais nous souhaitons continuer à étoffer nos équipes techniques et commerciales.

« (…) dans la mesure où nous ne passons aucun accord avec les ayants droit, on a la possibilité de proposer un catalogue infini. »

Concernant l’écoute, vous ne diffusez pas de streaming à proprement parler en réalité. Vous vous faîtes relai des ressources fournies par Youtube ?

J.S – On s’est rendu compte qu’en allant seulement sur Youtube, on peut quasiment tout trouver de manière légale. Le problème est que la recherche depuis leur interface est brouillonne. Notre but est de simplifier tout cela pour l’utilisateur au travers de notre plate-forme.

L’atout de Youtube, c’est que toute vidéo postée est légale, dans la mesure où l’ayant droit doit se manifester auprès de Google et Youtube pour récupérer ses droits, ou faire supprimer la vidéo. En clair, ils ont rendu légal quelque-chose qui ne l’était pas, et dans la mesure où nous ne passons aucun accord avec les ayants droit, on a la possibilité de proposer un catalogue infini.

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L’équipe de Blitzr : Pierre Anouilh (CCO), Betrand Sébenne (CEO), Johan Sébenne (CSO) – Crédit @Slapzine.fr

Comment se passe la rémunération des artistes chez Blitzr ? 

J.S – Le nombre de vues Youtube produites par Blitzr est comptabilisé et permet de financer l’artiste. Nous n’intervenons pas directement dans ce processus, nous créons juste du trafic. Les majors sont forcément satisfaites puisqu’on leur permet de vendre, soit un produit physique soit des droits générés par Youtube. C’est une manière de réorganiser la chaîne d’intermédiation du fournisseur au consommateur. Aujourd’hui, la chaîne s’effectue de manière classique avec le label ou la maison de disque qui passe par son distributeur etc. Nous, on reconfigure cela.

Et qu’en pensent les Majors ? 

J.S – On n’a pas cherché à les rencontrer particulièrement, mais elles sont venues vers nous et ont apprécié ce projet, à l’image des mecs d’Universal U.K par exemple. Pourquoi ? Parce-qu’elles ont du mal à exploiter leur bas de catalogue et qu’elles gardent en travers le fait d’avoir raté le virage numérique. Pour remédier à cela, elles ont créé des services qui sont dédiés à la veille digitale et qui tentent de saisir les opportunités.

En tant que start-up française, pourquoi ne pas être allé vers Dailymotion ?

J.S – On y a pensé pendant un temps… Après ce n’est pas une priorité. Il y a dix ans, ça m’aurait paru évident de s’associer à eux, mais depuis, le web a bien évolué. On privilégie l’intégration de BandCamp et SoundCloud, deux lecteurs qui cartonnent en ce moment. Dans l’absolu on aimerait intégrer tout service qui propose de la musique, mais pour l’instant on opère des choix stratégiques dans les étapes de notre développement.

Vous avez un objet qui contient de la musique non matérielle, puisqu’axé sur le streaming, mais vous avez souhaité garder le support audio comme objet de vente, pourquoi ?

P.A – Pour nous, la musique est un produit d’appel pour un disque. J’aime pas ce parallèle, mais contrairement à une voiture que tu peux toucher et tester, un artiste, si t’as pas le temps de rentrer dans son univers, d’écouter, tu seras jamais amené à le supporter derrière.

J.S – Même si la personne n’achète pas le disque physique ou numérique, il se peut qu’elle achète une place de concert ou du merchandising. Dans le marché de la musique actuel, on voit que tout l’écosystème se transforme et l’argent résultant des live et des produits dérivés est supérieur aux ventes de C.D.

N’entre-t-on pas dans une ère tournée vers une musique immatérielle ?

J.S – On voit des jeunes qui sont nés avec la musique numérique gratuite et ne voient pas l’intérêt du support physique. Depuis que les sites de streaming ont pris le dessus, cela a considérablement fait chuter le marché du numérique. Cela veut dire qu’à long terme, ça ne devrait pas repartir à la hausse. Ceci-dit, il y a, heureusement, encore des fans qui achètent régulièrement. Il faut aussi considérer qu’aujourd’hui l’écosystème évolue, et que le fan se rapproche beaucoup plus de son artiste favori grâce aux BandCamp, SoundCloud et autres. En gros on n’a plus besoin d’intermédiaires comme les gros disquaires. Il faut simplement fournir le bon choix aux consommateurs.

P.A – La vente de disque a bon dos en fait, parce-que, malgré sa chute, elle constitue 70% des achats de musique en France. De plus, 50% des ventes musicales sont réalisées par 5% ou 10% des clients. Après, il s’agit d’une question d’éducation. Si on dit aux gens qu’ils ont accès à 6 milliards de chansons gratuitement, vont-ils aller faire la démarche d’acheter ? Nous on ne prend pas les gens pour des cons, et peut-être qu’on se trompe, mais on considère que si on leur donne les moyens de se cultiver et d’accéder à de la vraie ressource, il n’y a pas de raison qu’ils ne fassent pas la démarche d’acheter.

B.S – En gros, le postulat disant que la musique va être anonyme et monopolisée par le numérique n’est pas notre philosophie.

Quelle est votre source de revenus ?

B.A – Nous sommes les premiers à lancer un comparateur de prix lié à la musique. Ca peut paraître stupide à première vue. Mais il existe des comparateurs de prix pour les billets d’avion ou l’électroménager, mais aucun qui ne soit dédié à la musique. Nous disposons d’accords avec eBay, Amazon et iTunes. Pour les places de concert nous sommes associés à TicketMaster et à la FNAC en France. A chaque fois que l’on déclenche un acte d’achat depuis notre site, on redirige le client vers la plate-forme concernée et nous prenons une commission sur la transaction, de l’ordre de 5% à 10%, allant jusqu’à 15% pour les « musiques de niche ».

Aujourd’hui c’est important de bénéficier de ces musiciens, puisqu’ils représentent la plus grosse part du marché, mais il y a aussi tout un tas de sites indépendants qui sont spécialisés dans des styles musicaux précis. Ils disposent d’un catalogue très fourni sur un secteur ciblé et le partenariat est plus intéressant pour les deux partis.

Il n’y a aucun site comme le votre dans le monde ?

P.A – Alors justement ça commence à émerger depuis deux mois. Il y a des portugais qui sont à Londres, des finlandais et des californiens qui ont monté des projets un peu similaires et qui sont très bons. Le gros différenciateur est que nous reconstituons vraiment les albums, créons de vraies bases de données derrière, et sommes les seuls à disposer d’un comparateur de prix.

B.S – Notre démarche est d’être bien assis sur cette base de données que l’on a construite en interne. C’est l’énorme actif dont on dispose et que n’ont pas les concurrents émergents, qui sont dépendants de services de données extérieurs.

Rester en France pour se lancer, c’est un choix ?

J.S – On a été un peu naïfs au tout départ, en se disant qu’on ferait notre truc dans notre coin, pour produire un bon prototype et aller démarcher à droite et à gauche. Et non, ça ne marche pas comme ça.

P.A – Dans capital risk on retient surtout la notion de risque. Les types sont stressés, veulent un investissement pérenne, alors arriver en disant « j’ai une idée, donnez-moi les sous pour la concrétiser », c’est fini aujourd’hui.

B.S – De plus, des acteurs locaux et nationaux nous soutiennent et ont foi en notre projet donc on a absolument aucun intérêt à partir pour l’instant. Ceci-dit, l’envie, elle, est bien présente.

P.A – Les Etats-Unis sont clairement fixés comme un objectif pour nous. On sera bien obligés d’y partir un jour ou l’autre puisque tous les acteurs majeurs du secteur sont la-bas.

« Le but est de proposer d’ici 2 ou 3 ans la plus grosse base de données de musique au monde et d’avoir 5 millions de visiteurs. »

Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ?

J.S – L’application mobile est dans les tuyaux. D’ici la rentrée, on devrait avoir des supports iOS et Android. On réfléchit aussi à des solutions TV type ChromeCast, et à intégrer des applications Chrome.
D’autre part, la création de comptes utilisateurs et playlists, qui sont prêts en interne, devraient être disponibles vers la fin du mois si tout va bien, début juin maximum. Bien évidemment, tout est gratuit du point de vue de ces services, et sans pub.

B.S – … parce-qu’on est persuadés que l’on peut faire des choses pertinentes sans se soumettre à des encarts de pub dégueulasses.

P.A – Parallèlement, on développe des solutions Business to Business sur la gestion des métadonnées, qui est un aspect sur lequel on communique moins, mais c’est stratégique, puisque ça fait tourner notre site. De ce côté, on va lancer dans quelques semaines notre propre API (ndlr : Application Programming Interface), nous servant à récupérer des données sur différents sites pour pouvoir les utiliser sur le nôtre.

Et dans tout ça, pourquoi avoir choisi le nom Blitzr ?

P.A – A la base, c’est un clin d’oeil à la contre culture, et la culture populaire dans son ensemble, à l’image des Ramones ou certaines salles de concert comme le Blitzr club à Londres dans les années 70, dans lequel Bowie allait s’encanailler. En sous texte ça fait référence aux jeux vidéo ou encore au football américain, le tout regroupé sous cette idée de « flasher » tout de suite sur un truc.

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