Identitaires

Lire pour y voir plus clair sur les problèmes identitaires. Un roman danois et un essai d’un écrivain libanais : Les complémentaires (Jens Christian Grøndahl) et Les Identités meurtrières (Amin Maalouf).

En ces temps troublés où l’on renvoie les hommes à leur couleur de peau (la banane de Taubira), leur attirance sexuelle (la manif’ pour tous) ou leur appartenance religieuse (l’islamophobie), il est grand temps de faire un point sur ce qui nous définit et nous différencie les uns les autres.

QU’EST-CE QUE L’IDENTITÉ ?

N’oublions pas que l’identité n’est jamais donnée, n’est pas essentielle à l’homme. Elle s’acquiert, on apprend à devenir soi. Sans rentrer dans des considérations philosophico-chiantes, Amin Maalouf nous dit tout simplement que :

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Chacun d’entre nous doit se frayer un chemin entre les voies où on le pousse, et celles qu’on lui interdit ou qu’on sème d’embûches sous ses pieds ; il n’est pas d’emblée lui-même, il ne se contente pas de « conscience » de ce qu’il est, il devient ce qu’il est ; il ne se contente pas de « prendre conscience » de son identité, il l’acquiert pas à pas.

Selon l’auteur libanais qui écrit en français, l’identité a été (et est toujours) à la source de nombreux conflits qui semblent interminables et surtout irrésolubles. Placé à l’intersection de plusieurs cultures, il est idéalement placé pour parler des dégâts causés par les différends religieux ou nationaux. Pourquoi l’homme a-t-il besoin d’exprimer son appartenance au détriment des autres ? Pourquoi l’affirmation de sa propre identité doit-elle se faire nécessairement aux dépens de l’autre ? Là est tout le problème.

 

SE DÉFINIR CONTRE/AVEC

Si les identités sont « meurtrières » dans l’essai de Maalouf, c’est qu’elles se proclament contre celles des adversaires. L’histoire du XXe siècle est l’illustration parfaite de la thèse de l’auteur qui s’en sert pour mieux appuyer ses propos, dans un style accessible à tous.

Ne pourrait-on pas se définir ensemble, retrouver une communauté d’appartenance ? Plutôt que de se définir contre, rêvons de nous définir avec. L’écrivain libanais ébauche des tentatives de solution pour apaiser les tensions identitaires. Il suggère de revenir à l’identité de base (au sens arithmétique) : tous les hommes sont identiques. Penser à l’humain, c’est aussi ce que fait le romancier danois Jens Christian Grøndahl. Dans son roman Les complémentaires, il montre à travers le couple formé par David et Emma que l’on ne se définit pas en fonction de l’endroit d’où l’on vient mais du lieu où l’on va.

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LE POIDS DE L’HERITAGE

Juif refoulé, David a coupé les ponts avec ses origines. Vécue comme un fléau, son appartenance religieuse a constitué un poids pour lui toute son existence. C’est n’est qu’au contact de sa femme Emma, housewife qui fait de la peinture aux tendances bovaryques, et de leur fille Zoé, qu’il se sent lui-même. Peu importe d’où l’on vient, où l’on est, l’important est d’être bien avec qui l’on se trouve.

Alors qu’ils sont en pleine crise de la quarantaine, David (danois) et Emma (anglaise) font le point sur leur vie, leurs choix et leur passé. Et l’on s’aperçoit que les problèmes identitaires sont trans-générationnels. Des grands-parents juifs au nouveau boyfriend de Zoé qui est pakistanais, le roman est traversé par des problématiques liées à l’identité. Sans pour autant éviter certaines confusions et des flashbacks assez lourdingues, l’écrivain danois nous donne à voir la mixité sociale présente dans son pays.

CONCLUS, BORDEL !

Présentation très sérieuse d’un sujet très sérieux. Parce qu’identité et religion sont un couple insécable, ils sont à l’origine de nombreux merdiers sur toute la planète. Je laisse à Amin Maalouf le soin de régler le problème :

En somme, chacun d’entre nous est dépositaire de deux héritages : l’un « vertical », lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple, de sa communauté religieuse ; l’autre « horizontal », lui vient de son époque, de ses contemporains. (p. 119)

La solution serait ainsi de composer entre ces deux héritages. Pour l’auteur danois, c’est la position horizontale – dans un lit mais pas seulement – qui prime. Essayons ensemble de faire en sorte que les identités soient complémentaires plutôt que meurtrières.

 

Les références / L’avis de G.M

Jens Christian Grøndahl, Les complémentaires, Paris, Gallimard, 2013.

Bon roman sans plus. Juste parce que le Danemark, c’est hipster en ce moment.

Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, Paris, Le Livre de Poche, 1998.

Très bon essai, court et dense. Achetez-le en poche.

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