[EDITO] Pas de communication, pas de culture ?

Documentaire percutant et leçon de rap américain : le groupe éphémère D.Lights, venu de Détroit, a offert vendredi une soirée d’une qualité rare dans la métropole bordelaise. Ils ont pourtant fait face à un public mince. Retour sur une communication culturelle qui glorifie parfois, et néglige souvent.

Cette semaine, nous explorons les méandres culturels. Place aux isolés, aux oubliés. Une brise matinale qui te caresse la joue face à la tornade communicationnelle. On vous voit, encenseurs d’hipsters, normcores et autres yuccies, déjà aux aguets. Ne jubilez pas trop vite, la suite n’est pas si rose. Parce-que oui, farfouiller dans les recoins de ta ville pour trouver des pépites peut te faire frémir les moustaches, voire éveiller un excès de fierté lors de ta prochaine conversation au Starbucks du coin. Telle n’est pas la question. Là on parle grosso merdo d’une com sans laquelle tout événement culturel est une croix dans un agenda que personne ne consulte.

Exemple type le vendredi 30 octobre. L’IBOAT accueillait la projection du documentaire Resilience sur Détroit, avec concert de D.Lights, groupe éphémère rassemblant les protagonistes du documentaire. Vos moustaches ont de quoi se dresser de plus belle. Tout était réuni pour entrer dans la branchitude actuelle. Mais si, Détroit c’est hype. Berceau de la techno apposé à la biographie d’Eminem. Nouveau paradis des hipsters où poussent jardins bio et concept stores. Royaume de l’urbex et effervescence culturelle où Motown devient musée.

Resilience trailer from arno bitschy on Vimeo.

Perdu, défrise ta moustache. Le film a réuni à peine une vingtaine de curieux. Pourtant, la qualité était là. L’œuvre donnait la parole à une population menacée d’expulsion, bien loin de l’image glamourisée de Motor City que l’on reçoit par chez nous. Mais devine quoi ? Malgré onze dates en France, le projet manque cruellement de couverture médiatique. Le grand chef d’orchestre caché derrière le terme fourre-tout de « communication » lui fait défaut. Celui-là même qui réunit les foules au QG de Novart et les amène à piter les bières bio des soirées darwiniennes, revendiquant une passion pour l’atypique. Être en marge, par milliers. Loin de remettre en cause ces initiatives, le fossé de fréquentation interroge.

Mais attention, rien à voir avec une pseudo nostalgie du minitel de mamie. Les moyens communicationnels actuels offrent une accessibilité amplifiée à la vie culturelle. C’est indéniable. Seulement en y regardant de plus près, il y a bien un serpent dans l’gazon. La communication culturelle façonne le nom. Elle porte trop souvent un rapport social au détriment de l’artistique. Derrière, les oubliés de la com passent à la trappe sans étonnement. Et tu continues à balader ton arrière train dans les mêmes clubs, guinguettes, ou autres galeries tous les weekends. Pour leurs noms.