[EDITO] L’Arabie saoudite est un défouloir facile

Presque deux semaines après les attentats du 13 novembre, on cherche les raisons de la colère. Les analyses fleurissent et l'Arabie saoudite, monarchie sunnite prônant un Islam rigoriste, est pointée du doigt. Un peu facilement parfois.

L’Arabie saoudite serait « un Daesh qui a réussi ». Kamel Daoud, journaliste et écrivain algérien attaque le pays monarchique sans détour dans une tribune parue en français et en anglais sur le site du New York Times.

De nombreuses fois partagée, cette tribune est représentative du vent de panique qui souffle sur les relations diplomatiques — si rondement menées au cours du quinquennat — entre la France et l’Arabie saoudite. On entend ici que l’Arabie saoudite a financé l’organisation terroriste Etat Islamique. Là, que ç’en est le porte parole international, le pourvoyeur de l’idéologie wahhabite, une branche radicale et politisée de l’Islam. Ou encore que le pays bafoue trop souvent les droits de l’homme pour que ce soit ignoré. La Suède a d’ailleurs fait le choix de stopper sa coopération militaire avec la monarchie.

Au milieu de ces cris d’alarme, que comprendre ? Copains ou pas copains ?

Pour l’exécutif, le doute n’est pas, les pays du golfe doivent être des alliés. Ils ont plein d’argent. On a du talent et des armes à leur vendre. « Le pouvoir en Arabie saoudite et au Qatar lutte contre le terrorisme », affirme Manuel Valls sur France Inter.

Les critiques sont pourtant souvent fondées. Là où la bulle s’emballe, c’est sur la question des flux financiers. Un récent rapport du Centre d’analyse du terrorisme met en avant une information essentielle : Daesh n’est financé par les dons qu’à hauteur de 2% de son budget annuel. Leur provenance n’a rien de certain. Ce qui l’est en revanche, c’est le faible impact que peut avoir ce mécénat sur l’organisation. La puissante assise des terroristes sur un territoire de la taille du Royaume-Uni leur assure des rentes suffisantes. Trafic d’être humain, taxes, ressources naturelles, agriculture… 2,6 milliards d’euros entrent chaque année dans les caisses du groupe à la bannière noire.

Daesh n’a donc besoin de personne sur son terrain. Terrain acquis, s’il faut le rappeler, en ravivant les braises abandonnées par les Etats-Unis lors de leur retrait d’Irak et en tirant profit du chaos syrien. À l’international cependant, sans jouer un rôle direct pour Daesh, la politique d’expansion du wahhabisme défendue par l’Arabie saoudite semble poser un terreau fertile au développement d’un islamisme radical loin des frontières des pays sunnites. Le quotidien français La Croix en faisait état il y a quelques jours sur son site : la monarchie a déboursé, depuis 1979, plus de 65 milliards d’euros dans la diffusion de la pensée wahhabite à travers le monde, par le biais de créations de mosquées, de centres religieux ou d’ONG religieuses.

Qu’est-ce qui donne alors cette aura à l’organisation Etat Islamique ? Un trop grand attentisme occidental ? Une politique de « wahhabisation » saoudienne ? À l’aune des événements récents, un pays laïque et — on le dit encore — droit de l’hommiste comme la France va devoir se poser une question : « Que vaut l’argent au regard des valeurs que je défends ? »

Nous, de notre côté, on pourra continuer à se demander si ces valeurs ont encore un sens.

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