[EDITO] La France en guerre : Hollande sur les pas de Bush ?

Quelques jours après le funeste « anniversaire » des tueries de Charlie Hebdo et après deux mois d'état d'urgence, il est amer de constater que les velléités guerrières de nos représentants politiques sont aussi aiguisées que celles de leurs homologues américains. À quoi bon ?

Après l’horreur suscitée par les attentats du 13 novembre et au cours d’une allocution solennelle à tous les concitoyens, François Hollande annonce l’entrée en guerre de la France face à l’autoproclamé État Islamique. Comme si une telle décision ne suffisait pas, notre état de guerre s’accompagne d’un état d’urgence de trois mois. Un arsenal pour le moins ambigu, dont certains d’entre nous on déjà pu appréhender l’entière utilité.

Déjà, suite aux tueries de Charlie Hebdo, des lois portées sur la surveillance des citoyens français étaient venues compléter l’omnipotence de nos services de renseignement. Dans l’indifférence générale, tout un chacun est désormais terroriste en puissance. Tout un chacun peut donc être surveillé. Difficile dès lors de ne pas se sentir pris au piège d’une mécanique solidement huilée qui nous achemine chaque jour un peu plus vers un État policier.

Difficile également de ne pas dresser de parallèle avec les décisions unilatérales prises par l’appareil d’État américain dans la foulée du tristement célèbre 11 septembre 2001. Non pas qu’il soit constructif de comparer l’horreur – c’est l’élégant travail quotidien de nos médias mainstream – mais parce qu’à l’image d’un Georges W. Bush promettant de « détruire les terroristes ainsi que les États les ayant soutenus » alors même que le halo de poussière émanant des tours écroulées embrumait encore New York, notre président a déclaré la guerre à ce groupuscule terroriste quelques minutes à peine après la fin de la prise d’otages du Bataclan.

Figée par la détermination sans faille de kamikazes fanatisés, une telle décision est alors apparue à la majorité des français comme une solution si simple, une réponse si judicieuse face à l’horreur méticuleuse. La guerre, qui véhicule systématiquement mort et destruction, serait donc la réponse la plus adaptée à… la mort et la destruction ?! C’est à ne plus rien comprendre. Comme si renoncer à la loi du Talion était inconcevable, nous voici une fois encore entraînés dans son cercle vicieux.

Car au fond, quels sont les résultats de la war on terror ? Tel un éclair foudroyant, l’armée américaine disait vouloir exporter sa démocratie au Moyen-Orient, par la guerre s’il le fallait. Quinze ans plus tard le constat est terrible, la guerre chirurgicale a opéré sur toute la population. Vécues comme des ingérences, les interventions armées successives (Afghanistan en 2001, Irak en 2003, Libye en 2011, Syrie, Yémen…) ont profondément déstabilisé équilibres et modes de vie des pays « libérés » de « l’axe du mal ».

C’est du reste dans un contexte d’instabilité et d’occupation militaire que Daesh est né puis s’est structuré. En Irak, ses membres fondateurs ont pour la majorité goûté aux joies des geôles de Bucca. En Libye et en Syrie, ils ont longtemps – trop longtemps – été assimilés aux rebelles désireux de mettre fin à la dictature… en temps de guerre la fin justifie les moyens.

En bref, l’issue de la politique va t’en guerre de Washington – et de l’OTAN dans son sillage – est tout simplement désastreuse. De plus, bien trop souvent les actes et paroles de nos dirigeants sont magnifiés face à l’ennemi. Comment en effet justifier les propos, en 2012, de M. Fabius, ministre des Affaires étrangères : « Le régime syrien doit être abattu et rapidement (…) Bachar al-Assad ne mériterait pas d’être sur la Terre » . Peu importe le contexte, cette déclaration n’est pas digne d’un homme d’État. Elle n’a pourtant pas suscité la moindre polémique. Constat désolant d’un conditionnement gênant.

Est-ce là l’objectif de M. Hollande ? La guerre à tout prix ? La destruction de l’ennemi désigné ? Malgré le tourbillon médiatique justifiant nos immédiats bombardements, nous sommes en droit de penser que notre intervention débouchera sur le chaos plutôt que sur la paix. Sur l’aggravation d’une situation électrique plutôt que sur une recherche de solution pérenne.

Allons même plus loin et osons le dire : jamais la guerre ne saurait être une réponse, quand bien même devrions-nous affronter le diable en personne. Elle est le piège tendu dans lequel nous plongeons systématiquement sous le coup d’une émotion certaine. Que cela cesse !

Décréter la guerre c’est la perpétuer. Une fois prononcée la mort de certains, nous ne pouvons plus nous offusquer qu’ils prononcent la notre. Il n’y a aucune hiérarchie dans l’horreur, seul un conditionnement sociétal ordonne une telle hiérarchie. La mort donnée reste la mort donnée.

Alors s’il vous plaît cher lecteurs, cher concitoyens, cher terriens, maintenant plus que jamais : faisons l’amour, pas la guerre.

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