[EDITO] « Dans mes médias, j’ai le final cut. » Sacré Vincent

C’était le feuilleton de l’été. Les intrusions criantes et répétées de Vincent Bolloré dans la programmation de Canal +. L’homme d’affaire, surnommé « le Petit prince du cash-flow » , est bien décidé à transformer la chaîne cryptée en un empire médiatique à son goût.

Bolloré, fin stratège des médias, ça donne quoi ? S’il est plutôt doué pour s’immiscer dans les capitaux des entreprises et s’imposer à leur tête (il vient de devenir actionnaire majoritaire de l’éditeur français de jeu vidéo Ubisoft en une semaine douche comprise), il est moins efficace  quand il s’agit d’une chaîne de télé.

Comme le révèle Le Parisien – ce qui lui a valu une plainte pour « diffusion d’informations trompeuses »-, la chute du cours de l’action Canal + continue, et même s’accélère. Perte sèche d’abonnés et audiences en berne malgré les nouveaux formats des émissions en clair. Même le programme phare de la chaîne, LGJ, a vu son audience chuter de moitié. Des programmes, jusque là en bonne santé en terme d’audience, comme le Canal Football Club, Le Petit Journal ou les séries made in Canal +, sont aussi affectés. Les Revenants n’en reviennent pas d’avoir fait un bide pour leur saison 2. La saison 3 remontera-t-elle la pente ?

Bon, les audiences passons. D’un côté, Bolloré veut réduire les coûts des émissions de la chaîne. Qu’à cela ne tienne. Mais de l’autre, il met 250 millions sur la table pour garder Cyril Hanouna sur D8.
Il a le sens des priorités me direz-vous. C’est à n’y rien comprendre. Vincent se creuse les méninges et a une illumination.

Canal va reprendre son cryptage ancien, vous savez avec le criccrrccicro — Vincent Bolloré sur RTL le 8 octobre au micro d’Yves Calvi

Bravo Vincent, en plus de ta superbe imitation de ce grésillement mythique, tu es surtout raccord avec tes idées, puisque cela te coûtera encore plus cher depuis qu’on est passé à la TNT.  PARDON ?

On a bien cru, à un moment, voir le vent tourner pour l’homme d’affaire breton.
Mais quand il a osé s’attaquer aux sacro-saints 
Guignols de l’info, les « meilleurs éditorialistes de France »  selon un certain Pierre Bourdieu, en menaçant de les déprogrammer, il a reçu une volée de bois vert. Pétition réunissant plus de 115 000 signatures, personnalités politiques déclarant leur amour de ceux qui les caricaturent quotidiennement, photos de couvertures Facebook à leur effigie remplaçant les « Je suis Charlie »… La France s’est levée pour les défendre. Mais la grogne s’est finalement calmée à la simple promesse de les conserver. Les Guignols seront de retour le 9 novembre, deux mois après  leur « rentrée » habituelle.

De retour… Cryptés, sans ses auteurs historiques, remerciés, et avec une ligne directrice (oui ça fait mal de dire « éditoriale ») moins irrévérencieuse, parce que Vincent, il aime pas ça l’irrévérence. Elle sera plus axée sur l’actu people que la politique, avec des guignols, au sens propre comme figuré, tels que Justin Bieber, Donald Trump ou Kim Kardashian. Comment on dit déjà ? Ça sent le sapin cette histoire. Un comble pour les marionnettes de silicone. Petite consolation, l’émission sera disponible gratuitement sur Dailymotion, la plateforme de vidéos détenue par…. BOLLORÉ HIMSELF. Pas con le gars. 

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Les Guignols n’ont pas hésité à le railler sur sa vision de l’humour. 

Ce n’est pas tout. Si on soulève le tapis, on découvre des cadavres. Des enquêtes de l’émission Spécial Investigation sur le Crédit Mutuel (finalement diffusée sur France 3) et la BNP PARIBAS ont aussi été censurées. Mais aussi des licenciements évités de justesse, des pressions sur le patron du Zapping  et sur certains chroniqueurs de la bande à Hanouna. Malgré une convocation du CSA, cela ne semble pas parti pour s’arranger. Ambiance.

« En tuant l’esprit Canal, Bolloré met la chaîne en danger », titrait l’édito de Libération du 19 octobre 2015Monsieur Bolloré n’a t-il pas encore compris que ce qui attire les abonnés ne sont peut-être pas des émissions à moindre coût, rentables, et bien menées, mais bien un certain esprit irrévérencieux qui caractérisait la chaîne ? Une chaîne « de contre-pouvoir », oseront même certains.
Ainsi, comme l’écrit David Carzon, directeur adjoint à Libération, « à force de jouer avec ce qui constitue un socle de confiance entre une chaîne et ses abonnés, ce n’est pas seulement l’esprit Canal qu’il est en train de tuer, il met aussi en péril sa crédibilité et son modèle économique. » Et les chiffres révélés par le Parisien, appuient pour l’instant cette analyse.
C’est comme si cet esprit, célébré l’année dernière à l’occasion des 30 ans de la chaîne, venait se fracasser contre un mur.

C’est dur. Dur comme le décès d’Alain De Greef, directeur des programmes de Canal + de 1986 à 2000, le 29 juin dernier. Ironie du sort, les Guignols l’avaient représenté dans un sketch expliquant l’humour devant les sages du CSA. Le lendemain, Puremedias révélait le sombre destin des marionnettes. Tout un symbole, la fin d’une époque.

Slapzine vous invite à emprunter la Delorean de Marty McFly, pour partir en 2002, quand une situation semblable se déroulait. Alors, les figures de la chaîne n’avaient pas hésité à « prendre les armes ». Et aussi à prendre le temps de s’attabler entre copains pour un Burger quiz d’anthologie.

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