Coupe du monde de rugby 2015 : on fait le bilan.

Avec 20 équipes en lice, 46 rencontres et quelques 3 millions de litres de bière versés dans les pubs, pendant un mois et demi, les amoureux du ballon ovale ont pu apprécier en long et en large cette compétition et "ce DIABLE de Mike Brown", hommage à Christian Jean-Pierre, notre guide spirituel. Retour sur 45 jours de compétition.

Les sous-vêtements et les chasubles d’échauffements

Les « petites nations » sont ces petits pays que l’on doit respecter, que l’on a du mal à placer sur une carte et à qui on doit passer au minimum quarante points pour s’affirmer. Le Japon a su bousculer la hiérarchie en venant à bout de l’Afrique du Sud, et ainsi égayer cette coupe du monde. Pour preuve les Nippons ont été accueillis comme des héros pour leur retour, de bonne augure avant le mondial 2019 qui aura lieu dans l’empire du soleil levant.

Pour les autres pays, pas d’immense surprise ni de réelle progression. Dans l’ensemble les gros ont dominé les petits, et David n’a jamais su renverser Goliath. On retiendra cependant un chiffre : 3, comme le nombre de victoires des Bleus. Il faut bien appliquer la Méthode Coué pour se satisfaire d’un tel mondial sous notre béret de chauvin, n’est-ce-pas ?

Les cancres de la classe, derniers de leur poule

Uruguay (A) : évidemment dans la poule de la mort les uruguayens, plus petite équipe de la compétition, n’ont pu avoir aucune prétention de victoire. Malgré une bonne mêlée et un montois, le demi de mêlée Sébastien Ormachea, les soldats du président Mujica n’ont jamais pu lutter à armes égales.

U.S.A (B) : Dans une poule ouverte, avec des prétentions à la qualification, les américains se sont bien vautrés. Quatre défaites en quatre matchs. De la vitesse en attaque mais un replacement défensif hasardeux, les américains ont eu les pires difficultés à endiguer les attaques adverses. La défense américaine sera le grand chantier pour la coupe du monde au Japon. Sauf si Donald Trump décide de s’en mêler et d’investir 500 millions dans l’équipe de l’oncle Sam, avec le risque d’avoir une frontière au milieu du terrain.

La créativité des supporters américains, toujours au top.
La créativité des supporters américains, toujours au top.

 

Namibie (C) : Si Chirac et Villeret nous manquent, un autre Jacques nous a fait plaisir lors de ce mondial. Jacques Burger a été monstrueux. Plaquage, grattage et protocole commotion ont représenté le triptyque de l’africain. Beaucoup plus entreprenants qu’en 2011, les Namibiens ont eu la simple envie de jouer, et de confier les tâches obscures à ce bon vieux Jacques. Jacques n’a rien eu à dire. Mais Jacques entendit le doux son des côtes qui se brisèrent comme un ressac atlantiste sur les côtes sauvages du sud de l’Afrique, et ça, ça l’apaise Jacques.

Canada (D) : Comme les Américains, sauf qu’eux laissèrent entrevoir de belles prestations capillaires, et surtout l’un des moments les plus cocasses de ce mondial. Jamie Cudmore, le deuxième ligne de Clermont a profité de ses nombreuses années en Auvergne pour écouter les consignes tactiques des Bleus en plein match. Dégagé par Slimani, Cudmore nous a enfin prouvé qu’un Canadien pouvait être plus drôle que Terence & Philip dans South Park.

Peut mieux faire, les quatrièmes

Fidji (A) – Samoa (B) – Tonga (C) : il semble ridicule de mettre ces trois pays aux styles et joueurs différents dans le même résumé. Pourtant si les Fidjiens ont par leur magie encore éclairé cette coupe du monde, les Samoans et les Tongiens ont clairement déçu, avec une certaine régression par rapport aux précédents mondiaux. Afin de mieux comprendre cet échec global des îles du Pacifique, une citation criante de vérité de l’ancien international samoan Eliota Fuimaono-Sapolu : « Nous arrivions à la compétition en ayant battu assez facilement l’Australie chez elle. Mais jouer deux matchs en trois jours, puis deux matchs en quatre jours, contre de bonnes équipes bien reposées, c’était trop. ».

Ces petites nations sont le plus grand vivier de joueurs physiques et techniques de la planète rugby, mais sans le droit à la parole. En 2015, c’est la même musique, un blues du pacifique, les meilleurs deviennent des internationaux français (Nakaitaci, dont personne ne se souvient qu’il était déjà au mondial), anglais, néo-zélandais ou australiens… Un petit pillage pour un petit sport, rendez-vous en 2019 pour le même constat.

Roumanie (D) : ils se sont appuyés sur un gros pack, et une défense assez bien organisée. Le problème fut que la Roumanie y disputait ses premières rencontres face à des équipes du top 10 depuis quatre ans, trop peu pour grandir. Aucun mauvais jeu de mot pour conclure cette analyse de l’équipe des Carpates, n’en déplaise à Dominique Grimaud.

Après la défaite 44-10 contre l’Irlande, Florin Surugiu en a profité pour demander en mariage sa copine. Un moment fort de ce mondial. Crédit : Youtube.

Éliminés avant le plat de résistance, les troisièmes

Angleterre (A) : AHAH. Après ce rire sarcastique typiquement français (qui peut se partager avec le reste des nations des îles britanniques), place au jeu. Cette Angleterre nous a fait rêver par son jeu. Des espaces en attaque, des contre-attaques menées sans la recherche de l’habituel défi physique et des avants propres, trop propres. La jeunesse fut le bonheur de cette équipe, il a manqué des cadres pour la guider.

Chris Robshaw, capitaine déchu
Chris Robshaw, capitaine déchu

Il faut espérer que les instances anglaises n’auront pas la bêtise de tout changer, car depuis deux ans, c’est bien la seule équipe d’Europe qui provoque un léger priapisme. La perfide Albion a essayé de se rattraper en se moquant ouvertement des Bleus après le massacre de Cardiff. Napoléon peut se rassurer, le seul coup de Trafalgar lors de ce mondial, ce sont bien les rosbifs qui ne sont pas parvenus à sortir de la poule.

Japon (B) : Samedi 19 septembre à Brighton, 34-32. C’est le score de ce qui restera comme le plus grand événement de la coupe du monde 2015. Les Japonais possèdent un championnat professionnel, ce qui n’est certainement pas étranger à leurs résultats. Pourtant la différence physique entre l’équipe la plus solide du groupe, les Sud-Africains, et les Nippons semblait représenter un obstacle insurmontable. L’envie démesurée et l’organisation déployée ce jour-là étaient d’une qualité rarement atteinte par une équipe hors du top 10 mondial.

La victoire des Nippons sur l’Afrique du Sud, peut-être l’un des plus grands exploits de ce sport. Crédit : Icon Sport.

On a envie de citer l’arrière Goromaru, qui par son application, ses placements en réception du jeu au pied adverse et ses buts, nous a régalé. Mais c’est bien par le mouvement perpétuel, telle une chorégraphie de Kamel Ouali sous acide, que les Japonais ont obtenu leurs victoires, leurs 3 victoires. Pourtant ils n’ont pas pu se qualifier, la faute à un calendrier, symbole du mauvais sort des petites équipes. Vivement 2019 pour changer tout ça, changer le monde, avec des bouquets de fleurs et un tampon de Pascal Papé (s’il n’a pas raccroché les crampons).

Géorgie (C) : Dans une poule avec l’Argentine et la Nouvelle-Zélande, les Géorgiens eux n’ont pas la faiblesse de prendre 60 points. Seulement 40. S’appuyant habituellement sur un énorme pack, peut-être le plus dense de la coupe du monde, les géorgiens nous ont surpris avec une défense très bien organisée, sauf contre les Pumas argentins. Inversée, contrôlée, rush défense, tous les moyens pour détruire le jeu adverse furent appliqués de façon chirurgicale.

Tbilissi a cru à une qualification pour les phases finales, mais non, les os adversaires brisés ne comptent toujours pas comme point de bonus, injustice pour les caucasiens et les passeurs d’organes, mais World Rugby a des règles strictes dans les contrées industrialisées. Bref, tant que la Géorgie quintuple vainqueur du tournoi B ne montera pas en 6 nations, le rugby géorgien sera une ProD2 parallèle.

Italie (D) : Ils ont pleuré comme les Argentins, ils ont explosé en plein vol comme les Français et n’ont jamais su mettre de grain de folie comme les Écossais. À noter que le meilleur joueur du monde était dans cette équipe, le vaillant Sergio Parisse. Napoléon revient, Eugène de Beauharnais était incompétent (malgré toutes ces références, non nous ne sommes pas des Bonapartistes et nous ne voulons pas de troisième empire en 2017).

L’échec de l’Europe, les quarts de finalistes

La France (une minute de silence svp) : Nous sommes déçus en tant que supporters, mais soulagés avec notre casquette d’amateur de rugby. Oui la France avait un plan de jeu, oui Philipe Saint-André est un homme intelligent et compétent. Oui la France a des joueurs de haut niveau, de très haut niveau même. Nous ne serons jamais une nation de l’hémisphère sud, et nos clubs seront toujours la fierté principale et régionaliste des amateurs de rugby. Et après, on envoie le stade aurillacois et l’USAP à la Coupe du monde ? Évidemment non. La France se doit de réformer sans pour autant tout changer, nous n’avons pas la bonne recette, espérons que quelqu’un la possède.

Battre les All-blacks aurait été un vice du dieu rugby, torturant les athéniens du grand siècle de Périclès au profit d’un chef gaulois venu d’Arverne bien avant Vercingétorix, chacun son heure de gloire. Dan Platon Carter dirige et Richie Socrate McCaw se sacrifie en avalant une petite goutte de cigüe dans la violence des rucks du rugby moderne. Nous, nous hurlons en brandissant nos lourdes épées et puis … le vide.

 

Philippe Saint-André, principal responsable du sabordage des Bleus
Philippe Saint-André, principal responsable du sabordage des Bleus

En mêlée pour compenser la légèreté de Ben Arous, PSA était obligé d’aligner deux joueurs de seconde ligne, puissants et combattants. La mêlée stabilisée avec un bon Rabah Slimani, cette partie de la conquête était quasiment assurée. Quasiment, oui. La mêlée n’est pas une donnée mathématique, mais la somme des techniques et des concentrations des joueurs du pack. Un seul manque, vous êtes perdu à haut-niveau. Il est donc nécessaire d’avoir de la confiance … Pour la touche un troisième ligne dynamique et spécialiste était une obligation dans le pack français. Papé et Maestri, deux combattants mais pas très bons sauteurs, même profil pour Dusautoir et Picamoles.

Il ne reste plus qu’une seule place, Chouly. Voilà l’utilité du clermontois, stabiliser cette conquête. Un unique spécialiste contrairement à deux pour chaque équipe, assez facile à défendre pour l’adversaire. Nyanga n’aurait certainement pas fait mieux en touche, d’ailleurs personne en France n’a le niveau de Chouly dans ce domaine. Mais même le meilleur ne peut rien contre deux hommes forts en face. Le sortir du XV, contre l’Irlande, ce sont six ballons perdus, huit contre la Nouvelle-Zélande. Chaque détail compte, mais la vindicte populaire n’en a que faire.

Humiliés 62-13 par les All Blacks, la cicatrice mettra beaucoup de temps à se refermer chez certains. Crédit : Icon Sport.

Les 3/4, étaient eux, des hommes seuls. Le changement c’est maintenant, mais en rugby la charnière doit être un refuge du conservatisme. PSA a utilisé 7 demis de mêlée et 5 ouvreurs. En quatre ans. Les arrières ont besoin de précision, ce sont des orfèvres, le brut est là, mais chacun cisaille à son gré. Le jade de Birmanie est devenu de la pâte à sel. Michalak n’est pas un mauvais choix, cible facile en défense pour les adversaires, il a peu nourri ses partenaires en bons ballons. Manque d’alternance et lenteur flagrante sont les premiers pas vers une perte de balle assurée. Pour compenser on envoie Bastareaud dans une course droite ou légèrement rentrante fixer les défenseurs. Avancée : 1 m. Après 9-10 sur Fofana, et débrouille toi mon gars ou sur Huget. Plus de Huget, t’es tout seul Blade. Spedding a son pied et puis son amour de la France.

Les adversaires pendant ce temps ne défendent que d’une seule manière contre nous depuis 4 ans :  en montant rapidement sur les porteurs de balles. Que des défenses inversées. En rugby vous jouez comme ça quand vous êtes sûr de votre force ou que vous avez une peur bleue que les mecs d’en face vous explosent avec l’élan accumulé. Personne n’avait peur.

La France possède des joueurs de qualité, mais il est nécessaire de se connaître et de se comprendre pour avoir de nouveau une équipe compétitive. Une osmose qui doit se créer autour d’un leader, rôle pour lequel seul Para semble avoir les épaules. Mais c’est pourtant Maestri qui est pressenti au capitanat. Et une équipe sans leader … God save Guy Novès.

Irlande : un gros sentiment d’inachevé pour nos amis verts. Malgré un XV très compétitif et de belles promesses dans le jeu, les Irlandais se sont fait tout simplement bouffer par les Pumas argentins. Après une victoire logique 24-9 contre la France, nos amis rouquins se sont effondrés dans un quart de finale qui paraissait à leur portée. Au-delà d’un Sexton retrouvé et d’un O’Brien qui avait envie de se faire du Papé (le coup de poing adressé à la deuxième minute de France-Irlande par le troisième ligne), l’Irlande nous a déçu.

Malgré ses deux victoires consécutives en tournoi des six nations, les joueurs du trèfle se sont reposés sur leurs lauriers et n’ont pas su passer le cap symbolique des quarts de finale, une constante dans leur histoire (six échecs en six tentatives). Après le départ de ses deux monstres historiques, O’Driscoll et O’Gara, les Irlandais ont pris appui sur leur vétéran et capitaine Paul O’Connell. Il s’est malheureusement blessé contre la France. Sans véritable leader sur le terrain, les protégés du Connemara ont explosé face à l’Argentine.

Ecosse : 79e minute contre une Australie menée 34 à 32, une dernière pénalité controversée est offerte aux Wallabies, et Foley ne se gêne pas pour envoyer les siens en demi. William Wallace est en pleurs. Ses soldats écossais n’ont pas pu créer l’exploit après l’avoir effleuré de si près. Les récentes poussées nationalistes ont sans doute donné des ailes à ces Écossais, plus vaillants que jamais dans ce mondial. Confortables deuxièmes dans le groupe de l’Afrique Du Sud, le XV du Chardon a su annihiler la menace Japon pour se présenter avec un gros capital confiance contre l’Australie.

Souvent présentée comme une équipe sur le déclin au XXIe siècle, l’Écosse a su élever son niveau de jeu et démontrer qu’elle pouvait rivaliser avec les plus grands pendant 80 minutes. À l’avant, on a pu apprécier la deuxième ligne aux 50 nuances de Gray, avec les deux frères, Richie et Jonny. Le métronome Greig Laidlaw a répondu présent avec de nombreux gestes de grande classe. Derrière lui, Eric Seymour et Bennett ont constamment apporté le danger. Malgré de vieux briscards dont le passage de témoin parait compliqué, l’Écosse peut être fière de son parcours … et détester autant Craig Joubert que Margareth Thatcher.

Pays de Galles : dans la poule de la mort avec l’Australie et l’Angleterre, le XV du poireau a réussi à s’en sortir, avec notamment l’humiliation infligée aux rosbifs (victoire 25-28). Les non-initiés ont pu apprécier la technique très particulière de l’ouvreur Dan Biggar avant de taper ses pénalités, avec un mélange entre les tics de Nadal et la Macarena.

Dan Biggar et sa technique particulière avant de taper. Crédit : Icon Sport.

Trêve de plaisanterie, ces Gallois ont démontré qu’ils étaient bien la nation européenne la plus régulière depuis quatre ans avec une mêlée compacte et des arrières capables de renverser n’importe quel bloc. Malheureusement une cascade de blessures pendant le tournoi, qui s’est rajoutée à une infirmerie déjà pleine (Halfpenny, J. Davies, Walker, Allen et Webb), le Pays de Galles a manqué de ressource pour venir à bout de l’Afrique du Sud. Avec un renouvellement d’une génération de qualité symbolisée par Anscombe, Cuthbert, Morgan (seulement 20 ans), North, Faletau et Lee, ils peuvent nourrir de gros espoirs pour la prochaine édition au Japon, avec une équipe à maturité.

Si près et si loin à la fois : les demi-finalistes

Afrique du Sud : au fond du gouffre après leur défaite rocambolesque contre le Japon, les Springboks se sont immédiatement remis en question afin de rebondir. La bande à Handre Pollard (meilleur marqueur de pénalité du tournoi) a su revenir aux fondamentaux et se concentrer sur sa puissance physique. Avec des monstres devant comme Malherbe, De Jager ou Burger, la machine Sud-Africaine a écrasé les USA et les Samoa. La victoire contre l’Ecosse (34-16) a démontré que l’orgueil légendaire des protégés de Mandela était intact.

Si en quart les Boks ont eu toutes les difficultés du monde à se défaire de valeureux Gallois, le double lauréat en 1995 et 2007 a livré une bataille de tous les instants contre les Blacks. Un duel physique et tactique qui s’est joué sur une meilleure maitrise des Néo-Zélandais dans les temps forts. Il serait pourtant injuste de résumer les Sud-Africains à une bande de bourrins, Bryan Habana a profité par exemple de ce mondial pour égaler le record du nombre d’essai du légendaire Jonah Lomu (15 chacun).

La paire Pollard-Du Preez a démontré qu’un mélange d’expérience et de jeunesse fougueuse pouvait être une sacrée réussite. Il a manqué un grain de folie face aux All Blacks pour pouvoir prétendre à mieux dans ce tournoi. Point positif : aucun supporter n’a apporté de vuvuzela en Angleterre, nos oreilles les remercient.

Argentine : Les amoureux du ballon rond ne sont pas passés à côté de ces images fortes. Diego Armando Maradona qui a suivi de près l’aventure des Argentins en Angleterre. Que ce soit dans les tribunes ou dans le vestiaire, El Pibe de Oro a symbolisé la fougue des Pumas lors de ce mondial. Insouciants et joueurs, les Sud-Américains nous ont régalé tout au long de la compétition. Les premières séquences du quart contre l’Irlande représentent tout ce que l’on aime dans le rugby : de la folie, des dédoublements, de la justesse dans les impacts et les renversements, et surtout El Mago, Juan Martin Hernandez. Joueur sublime à regarder jouer, tel un jeune lycéen qui passe des heures à regarder les accords de Wonderwall d’Oasis, on a envie de passer nos prochaines semaines à voir des compilations de JMH sur Youtube.

Maradona, supporter numéro 1 des Pumas durant la compétition. Crédit : Youtube.
Maradona, supporter numéro 1 des Pumas durant la compétition. Crédit : Youtube.

Si l’écart semble encore trop haut face aux autres équipes de l’hémisphère sud (trois défaites dans ce mondial contre les Blacks, les Springboks et les Wallabies), l’Argentine semble dépasser aujourd’hui dans l’intensité et la disposition tactique les équipes européennes. Avec l’émergence d’une franchise argentine dans le championnat du Super 15, l’Albiceleste voit l’avenir en rose. Une nouvelle génération talentueuse devrait éclore d’ici 2019 au Japon. Des sushis au lomo avec un verre de maté, nous, on a hâte de voir ça.

Des wallabies en mode spartiate : le finaliste australien

Habitués aux quolibets sur leur image de surfeurs bien bronzés, les Australiens ont su faire taire les clichés. Guerriers jusqu’aux ultimes secondes de leur finale perdue face aux Blacks. L’image de David Pocock, régulièrement en sang avec un oeil au beurre noir, digne d’un personnage tourmenté d’Ernest Hemingway, a démontré la vaillance et le courage de ses Wallabies, qui n’ont jamais renoncé.

David Pocock, symbole de l'esprit de sacrifice des Wallabies. Crédit : Icon Sport.
David Pocock, symbole de l’esprit de sacrifice des Wallabies. Crédit : Icon Sport.

Résumer l’Australie version 2015 à un amas de muscles serait une erreur. Leur ligne arrière, composée des Toulonnais Mitchell et Giteau, du futur joueur de l’UBB Ashley-Cooper (auteur d’un triplé en demi contre l’Argentine) et le prometteur Kuridrani, nous a régalé tout au long de la compétition. Derrière eux, Israel Folau a également tenu la baraque même si sa finale a été décevante. Mais les Wallabies restent les Wallabies. Sans pitié pour sortir l’Angleterre de son mondial et irréprochable contre les Gallois en poule, l’Australie a eu toutes les peines du monde à se défaire de l’Ecosse 35-34 en quart. Un véritable ouf de soulagement dont le salut est dû à l’extrême clémence de l’arbitre Craig Joubert, et cette pénalité accordée à la dernière minute. Cette victoire à la Pyrrhus n’a pas eu d’influence sur la demi-finale remportée avec aisance contre l’Argentine.

La belle rébellion entrevue face aux Blacks, de la 50e à la 63e minute (deux essais de Pocock et Kuridrani) a suscité un espoir de courte durée. Dépassés une nouvelle fois dans la conquête avec des mêlées et des touches, en leur faveur, perdues ; les Wallabies ont pourtant plus résisté qu’en 2011. Mais une nouvelle fois, en face, il y avait des monstres. Une génération immensément talentueuse qui aura eu le seul défaut de tomber dans la mauvaise période. Reste à savoir si Doc et Marty peuvent emmener ces Wallabies quelques années plus tard afin qu’ils puissent dominer le monde du rugby sans concurrence notoire.

Le vainqueur néo-zélandais : l’échiquier en nuances de noires.

On écrit que cette équipe All-blacks est la meilleure de tous les temps. Effectivement dans l’ère professionnelle c’est la meilleure. Je ne m’amuserai pas à comparer les gallois des années 70’ aux écossais des années 20’ avec ces Blacks là. Quant un homme du XXe siècle pesait plus de 100kg, c’était une bête, un monstre. Aujourd’hui un rugbyman de moins de 100 kg est une proie.

Julian Savea, véritable bulldozer, auteur d'un triplé contre la France. Crédit : Twitter.
Julian Savea, véritable bulldozer, auteur d’un triplé contre la France. Crédit : Twitter.

Qu’est qui fait des All-blacks la meilleure équipe ? La question à 1 million de sesterces. C’est d’abord fondamentalement un mélange de technique et de confiance. Les leaders techniques qui au rugby sont : le talonneur (2) Coles, le troisième ligne centre (8) Read, le demi de mêlée (9) Aaron Smith, le demi d’ouverture (10) Carter et l’arrière (15) Ben Smith ; ces leaders-là sont parmi les meilleurs mondiaux et ils portent la confiance en eux.

En conquête, les Blacks forment des duos ou des trios, jamais seuls dans les instants de jeu, de combat nécessaire au rugby. En mêlée, Woodcock et Francks ont su acquérir une résistance à l’impact durant ces 4 ans de préparation, mais c’est l’ensemble des piliers qui a progressé à l’image du super XV où les provinces néo-zélandaises ne subissent plus dans ce secteur. Dan Coles semble une bonne clé de voute entre les deuxièmes et les piliers, cependant la lenteur de talonnage peut apparaitre un défaut et Read reçoit souvent un ballon talonné à grande vitesse, donc sous contrainte. C’est un détail mais c’est dans le détail que l’on comprend les Blacks.

Des orgies de simplicité au niveau des intentions. Dire que tous les Blacks participent au jeu c’est vrai, mais ils ont des rôles parfois même assez stricts. Le cinq de devant hormis Retallick se restreint à un jeu entre les 15 m (zone qui délimite la fin de la touche) et participe à la bataille des rucks. Retallick joue le rôle d’un deuxième numéro 8, avec Read il alterne jeu debout et recherche du défi physique. McCaw et Kaino sont des plaqueurs et soutiens aux 3/4. Kaino, plus dense que son capitaine, a cherché à détruire les joueurs clés adverses. En demi-finale, Vermeulen et De Allende furent ses cibles favorites.

Aaron Smith n’a pas la possibilité d’exprimer son génie comme avec les highlanders mais avec les blacks, il apporte vitesse et précision. Il sert le Génie, Aladin Carter. Rarement à pleine vitesse, il profite de la vitesse de son demi de mêlée pour analyser la défense adverse : pied, passe aux avants proches de lui, à Nonu ou sautée pour Conrad Smith. C’est lui qui décide du jeu, de la vitesse et des zones à attaquer. Il est en duo avec Conrad Smith pour décider de la profondeur d’attaque, une symphonie sur plantes grasses.

Triste vérité, le meilleur joueur du monde ressemble à un représentant de Century 21.
Triste vérité, le meilleur joueur du monde ressemble à un représentant de Century 21.

Une chose intrigue les amateurs : comment les néo-zélandais trouvent-ils leurs soutiens ? Il existe quasiment toujours un soutien pour le porteur de balle, comment ? Peut-être à notre humble avis par un renforcement du système issu du Lourdes des années 50, le diamant.

Sans être les plus forts ou les plus rapides, les Blacks possèdent l’intelligence tactique la plus complète et une technique irréprochable, si on rajoute une force comme Sony Bill Williams en deuxième mi-temps et la vitesse des deux ailiers, alors vous êtes champion du monde, c’est simple le rugby non.

Notre XV du tournoi

15 Ben Smith (N-Z)

14 Drew Mitchell (Aus) 13 Conrad smith (N-Z) 12 JM Hernandez (Arg) 11 Julian Savea (N-Z)

10 Dan carter (N-Z) 9 Aaron Smith(N-Z)

8 David Pocock (Aus) 7 Richie McCaw (N-Z) 6 Michael Hooper (Aus)

5 Brodrik Rettalik (N-Z) 4 Lood De Jager (Afs)

3 Frans Malherbe (Afs) 2 Dan Coles (N-Z) 1 Marcos Ayerza (Arg)

Avec le collaboration de Axel Maugendre

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