Des chèvres auvergnates en grève

Les mouvements sociaux se suivent mais ne se ressemblent pas. Après les bonnets rouges bretons, c’est au tour des chèvres de Clermont-Ferrand de faire entendre leurs voix. De quoi devenir cloche.

Un éleveur abasourdi

A St Pal en Chalençon, un hameau reculé d’Auvergne, Jean-Yves P. est sous le choc. Ce producteur de fromage de chèvre à l’air patibulaire et coiffé d’une queue de cheval ne peut plus travailler depuis une semaine car ses chèvres ne se présentent plus à la traite. « Je ne comprends pas, a-t-il déclaré au Monde, en vingt-cinq ans de métier c’est la première fois que je vois ça ». Démuni, l’éleveur a lancé un appel à l’aide lundi 17 février dans La Montagne, le journal local. Cette histoire atypique a rapidement fait écho et une manifestation de soutien s’est tenue devant la préfecture auvergnate. Lors d’une conférence de presse, le préfet s’est dit « touché » par l’histoire de Jean-Yves. Il a annoncé la venue d’une commission d’experts afin de trouver l’origine du malaise animal. De quoi raviver la flamme de l’espoir chez l’éleveur.

 

Des températures trop basses

Arrivés vendredi 21 février, les experts ont passé quatre heures sur l’exploitation, auscultant les bêtes et observant chaque détail. « J’ai été impressionné par leur professionnalisme, note un Jean-Yves anxieux des résultats de l’enquête ». Ce matin, le rapport nous livre les conclusions des experts : l’air serait trop frais. Les chèvres « ont les pis sensibles au froid » selon le rapport, qui préconise la mise en place d’un sas chauffé qui permettrait aux grévistes de se présenter à la traite dans un plus grand confort. Les experts soulignent que « si la traite est effectuée dans de telles conditions, elle peut être un passage agréable pour les animaux » et ne voient pas de raisons à « un éventuel prolongement de la grève de la part des chèvres ».

 

Un investissement lourd

Ouvert au changement, Jean-Yves a pris en compte les conseils du rapport d’expertise et recherche déjà un moyen d’installer un sas chauffé à moindre coût. Malin, l’éleveur compte également s’appuyer sur sa popularité nouvelle en lançant un appel aux dons sur internet sur le concept du crowdfunding, promettant un fromage à chaque donateur. En attendant les travaux, il envisage de créer un circuit pour les chèvres dans son propre salon car ayant peu d’économies, se serrer la ceinture ne lui suffira pas longtemps. Cependant, Jean-Yves reste optimiste : « j’ai laissé ma carte de visite à tous ces messieurs de la ville, peut-être viendront-ils m’acheter du fromage » lance-t-il taquin.

 

Alors, Info ou Intox ?