Le Bitcoin a chaud

Cris de sirènes pour la valeur boursière du bitcoin qui ne cesse de chuter. L’un des sites les plus importants qui faisait office de plateforme de change, MtGox, n’est plus depuis 2 jours. Déjà victime de nombreux bugs informatiques, le site ne permettait plus déjà d’effectuer de transactions depuis le 7 février. Maintenant les utilisateurs du bitcoin ne peuvent même plus les retirer contre de l’argent réel. Résultat ? 750000 bitcoins dans la nature, Soit environ «350 millions de dollars (environ 254 millions d’euros) sur la base des dernières cotations» selon Le Monde. L’unité vaut aujourd’hui 135 dollars chez MtGox, quand en janvier dernier, le bitcoin dépassait les 1000 dollars. Un peu décevant pour cette monnaie qui se veut alternative. Actuellement, il vaut 417 euros sur les places boursières européennes.

Evolution du mois de février du Bitcoin. Bourse Kraken(EUR). Source : bitcoin.fr
Evolution du mois de février du Bitcoin. Bourse Kraken(EUR). Source : bitcoin.fr

Conçu en 2009 par un supposé développeur japonais répondant au pseudonyme de Satoshi Nakamoto, le Bitcoin est indépendant des banques, universel, et permet par transaction directe (peer-to-peer, sans intermédiaire) de se procurer biens matériels et virtuels. C’est à la fois une devise monétaire et un moyen de paiement, à la simple différence qu’il est digitalisé. Il ne peut être faussé car il est cryptographié.

Le Bitcoin est réservé à une élite :

Son mode de fonctionnement est extrêmement complexe et requiert, pour le manipuler, un minimum de connaissances informatiques. Concrètement, et sans rendre tout ceci chiant et compliqué, une transaction s’effectue en 3 étapes. Il faut avant toute chose considérer une transaction comme une base de données à part entière, constituée des clés publiques (identifiants anonymes) des deux acteurs en transaction, du montant de l’échange et des références (sorte d’historique) aux précédents échanges de chaque acteur.

La première étape est la connexion d’un ordinateur à d’autres ordinateurs, qui seront clés pour la suite du travail. Une fois connecté, l’ordinateur se sert de la base de données des précédentes transactions pour estimer combien de Bitcoins chaque acteur possède dans son porte-monnaie virtuel. En partant de 0 à chaque nouvelle transaction, l’ordinateur recalcule à chaque fois ce montant virtuel en se servant des transactions précédemment validées. Pour qu’une transaction soit enregistrée, elle doit être validée et «signée» de manière cryptographique par d’autres ordinateurs, et c’est là que la troisième et dernière étape, la plus importante, commence. Les autres ordinateurs intègrent alors la transaction dans un «bloc de transaction» qui attend d’être validé par ce qui est appelé une «preuve de travail». Ce calcul, forme de concertation entre plusieurs ordinateurs, prend environ 10 minutes. Une fois le bloc validé, il est signé pour être traçable et la transaction est enregistrée. Son originalité est aussi son point fort, parce qu’il permet d’éviter la fraude dite du double paiement : payer 2 fois pour la même transaction, comme cela peut se produire sur ebay via la plateforme Paypal.

En validant ces «blocs de transaction», les utilisateurs des ordinateurs qui effectuent ces calculs sont récompensés par l’attribution de nouveaux Bitcoins, fraichement créés par ces calculs, en plus des frais de transaction qu’ils viennent de confirmer. Ce premier moyen de se procurer des Bitcoins est appelé «minage» dans le jargon. En voyant combien peut rapporter un Bitcoin, vous vous serez dit comme moi que ça vaut le coup de miner. Je me suis renseigné. N’essayez même pas, il faut à la fois du temps, de l’argent pour investir dans des ordinateurs dignes du laboratoire de Dexter, et des connaissances en informatiques qui feraient rougir Bill Gates. En gros, c’est pas de la tarte mes cochons. La preuve dans cet excellent témoignage.

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Un entrepot de minage à Hong-Kong. Crédit photo : le Journal du Net

Bref, des nouveaux Bitcoins sont alors générés, mais leur rythme de production est décroissant avec le temps, de façon à ce que leur nombre atteigne et ne dépasse pas les 21 millions aux alentours de 2140. Ce protocole a été instauré pour deux raisons : ne pas être victime de l’inflation en ne permettant pas le fonctionnement de la «planche à billets» comme le font à tours de bras depuis 100 ans nos amis les USA ; et faire se comporter le Bitcoin comme une matière-première telle que l’or, qui lui aussi est une ressource limitée. Cependant, la Banque de France émet de sérieuses réserves quant à ce mode de fonctionnement, jugeant que «les concepteurs ont ‘organisé’ la pénurie de cette monnaie virtuelle et lui ont ainsi conféré son caractère hautement spéculatif». Pour information, quand la BDF a émis ses réserves vis à vis de cette monnaie, en même temps que la Banque populaire de Chine, sa valeur a chuté de 35% en moins de 24 heures, illustrant à merveille les dires de la première.

Le deuxième moyen de se procurer des Bitcoins reste le plus simple, en échanger contre de la vraie monnaie sur des plateformes telles que Bitstamp, BTC China et Coinbase. Il suffit juste de télécharger ensuite le logiciel faisant office de porte-monnaie et de plateforme d’échange puis de sécuriser le tout pour éviter la perte et le vol. Vous l’aurez compris, il faut savoir se débrouiller un tantinet en informatique pour gérer tout ceci.

Un modèle qui ne fait pas l’unanimité :

Le Bitcoin déchaine les passions. Nombreux sont ses avantages comme ses inconvénients : il est anonyme, accessible et utilisable dès qu’il y a Internet, les comptes Bitcoins sont intouchables, ni les banques ni les états ne pourront les fermer. Mais si problème il y a (fraude, perte d’indentifiants), personne ne peut venir vous aider. On peut ici noter l’idéalisation de l’individualisme où toute forme d’entraide et responsabilité sont rejetés, notamment à cause de l’anonymat.  La monnaie est soumise à de trop forts changements, peu de gens lui font confiance (une liste française des commerces qui les acceptent vient de sortir), et elle est utilisée par tout un marché noir présent sur le Deep-Web, où l’on ira peut-être faire une sortie si l’on a le courage et la présence d’esprit de ne pas se faire embrigader sur des sites pédophiles, de trafic d’arme, d’humains ou de mutilations génitales (oui oui ça existe). Cette utilisation n’embellit pas forcément son image.

En tout cas, l’expérience et l’idée de créer une monnaie virtuelle dans l’espoir de contrecarrer les grandes institutions financières et leur main mise sur les devises est louable et ne peut que servir de modèle quand à ce qui sera utilisé dans le futur. Peut être ce rôle nous incombera-t-il à nous, notre génération, de modifier la donne par un nouveau système de Bitcoin perfectionné, moins volatile et un peu plus solidaire, plus humain et moins technocratique, qui sait ?

NB : fun fact, MtGox était auparavant une plateforme d’échange de carte Magic, MtGox étant l’acronyme de Magic The Gathering Online eXchange