Au Suivant ! Vengeance et manipulation au tribunal

Tribunal de grande instance de Bordeaux, 5ème chambre correctionnelle : les affaires se suivent et se ressemblent quand deux hommes sont appelés à la barre. Des faits de violence entre anciens colocataires qui sortent de l’ordinaire des comparutions immédiates

Grand costaud bardé de tatouages, Stéphane[1] a le crâne rasé et l’œil hagard. Mais c’est l’autre, Yoan, petit au visage doux et à l’air juvénile qui comparait pour des faits de violence et d’usage d’arme. Ces deux-là étaient amis, se sont connus en foyer il y a six ans, « des parcours fracassés pour des faits un peu particuliers », prévient la présidente.

Parce qu’il « mélangeait [leurs] vies », Yoan s’est rendu dans la nuit du 7 au 8 mai derniers chez son ancien colocataire. L’idée ? Lui faire peur. L’arme ? Un pistolet à gaz qu’il vient de gagner à une fête foraine. La porte n’est pas fermée quand il débarque vers 2 heures du matin: « Tu sais pourquoi je suis là ». L’arme est fausse mais les menaces bien réelles. Il suffit aujourd’hui de jeter un oeil au bras cassé de Stéphane.

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Vengeance sur fond de drogue et d’alcool

«Yoan reprochait à Stéphane de lui avoir gâché sa vie », indique Sabrina, une amie présente le soir des faits. Pendant leurs années de cohabitation, la victime aurait invité la cocaïne et l’alcool à partager leur quotidien. Sur ces accusations, pas beaucoup de détails. Surtout que les anciens copains sont loin d’être bavards et que la présidente a l’air plutôt pressée d’en finir.

Interrogé sur ses actes, le prévenu marmonne, répond à côté, parle d’une « histoire de coup de tête », de soucis qui l’ont amené à « péter les plombs ». C’est aussi l’avis du psychiatre qui l’a rencontré. D’après son rapport, pas de troubles graves de la personnalité chez le jeune homme mais « une exaspération lentement accumulée qui l’a conduit à un dérapage, sous l’emprise de l’alcool.» Et l’idée d’un vague « seuil abaissé de tolérance ». Comprenne qui pourra.

Vient le réquisitoire. Pour un procureur pas très en verve, les faits sont « extrêmement graves ». À la violence s’ajoute la poursuite pour violation de domicile. Stéphane est décrit comme longtemps en état de choc post traumatique. Pour « comprendre », il a tenu à être présent lors du procès. Mais des deux hommes, nul n’arrive à deviner celui qui, comme la drogue, a le plus d’emprise sur l’autre. La gêne est palpable dans la salle d’audience où Stéphane en impose. Sauf qu’aujourd’hui ce sont les actes qui sont jugés. Pour ceux-là, Yoan écope de 6 mois d’emprisonnement avec sursis et devra verser 1000 euros de dommages et intérêts à Stéphane.

Il est déjà parti et emporte avec lui sa rancœur et ses secrets.

« Au suivant ! »

[1]Les prénoms ont été changés

Dessin de Valentin Pasquier

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